Nouvelle riposte de l’administration Trump pour museler ses détracteurs. Le Pentagone a annoncé lundi 24 novembre qu’il enquêtait sur le sénateur démocrate Mark Kelly pour «graves allégations de mauvais conduite», moins d’une semaine après la participation de ce dernier à une vidéo appelant les militaires à désobéir aux «ordres illégaux» de la Maison Blanche. L’ex-pilote de la marine et astronaute à la retraite était apparu le 18 novembre dans une vidéo publiée sur X, aux côtés de cinq autres démocrates, pour alerter sur le fait que «les menaces contre notre Constitution ne viennent pas seulement de l’étranger, mais aussi d’ici, chez nous», et appeler à la désobéissance civile dans l’armée.
Après que le Président eut qualifié les auteurs de la vidéo de «traîtres» et évoqué la «peine de mort» à leur encontre sur son réseau Truth Social, l’administration Trump est passée lundi à la méthode forte en en appelant au Code de justice militaire. Dans son communiqué, le département de la Défense dit avoir reçu de «graves accusations» concernant la conduite du «capitaine de vaisseau Mark Kelly, retraité de l’US Navy». Conformément à la réglementation de la justice militaire en vigueur, ajoute le Pentagone, «un examen minutieux de ces accusations a été initié afin de déterminer quelles actions supplémentaires prendre». De telles actions peuvent inclure «un rappel au service actif pour une procédure de cour martiale ou des mesures administratives», est-il précisé.
Etoile montante du parti démocrate pour les élections de 2028
«J’ai trop donné à ce pays pour être réduit au silence par des petites brutes qui se soucient davantage de leur propre pouvoir que de protéger la Constitution», a régi le principal concerné dans un communiqué. Le sénateur de l’Arizona évoque par là ses années de service dans la marine américaine en tant que pilote de chasse ayant effectué «39 missions de combat» durant la première guerre du Golfe, puis comme astronaute et pilote de navette spatiale pour la Nasa. Celui qui est considéré comme l’une des étoiles montantes du Parti démocrate en vue de la présidentielle de 2028 est clair, si cette enquête lancée par l’administration Trump «a pour but de [l’]intimider et d’intimider d’autres membres du Congrès pour les empêcher de faire leur boulot et de faire rendre des comptes à cette administration, cela ne fonctionnera pas».
Parmi les «six séditieux» – comme les a qualifiés le secrétaire à la défense, Pete Hegseth, sur X –, seul Mark Kelly peut tomber sous la juridiction militaire. Mais après les accusations du locataire de la Maison Blanche, tous ont déclaré avoir reçu des menaces de mort. Selon le Guardian, «aux Etats Unis, les militaires en service actif [ce qui serait le cas de Kelly si le Pentagone le rappelait sous les drapeaux, ndlr] peuvent effectivement être condamnés à mort pour sédition.» Les civils, quant à eux, peuvent être condamnés à une amende et une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à vingt ans s’ils sont reconnus coupables de complots séditieux.
Les accusations portées par le milliardaire républicain inquiètent Mark Kelly pour la sécurité de sa famille. Sa femme Gabrielle Giffords, représentante du huitième district de l’Arizona à la Chambre des représentants de 2007 à 2012, avait échappé de justesse à une tentative d’assassinat en 2011 : lors d’une réunion politique, elle avait été la cible de tirs et grièvement blessée à la tête.
Envoi illégal des forces armées
Dans leur vidéo, les élus démocrates ne détaillent spécifiquement pas à quels ordres ils font référence, mais Donald Trump et Pete Hegseth sont critiqués pour leur utilisation des forces armées. Le président américain a en effet ordonné le déploiement de la Garde nationale dans plusieurs villes démocrates, dont Los Angeles et Washington, contre la volonté des autorités locales. Les Etats-Unis ont également mené ces dernières semaines une vingtaine de frappes dans les Caraïbes et le Pacifique contre des embarcations qu’ils accusent – sans présenter de preuves – de transporter de la drogue, faisant au moins 83 victimes.
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Charlie Swift, avocat et lieutenant commandant à la retraite de la marine américaine, a déclaré que les législateurs présents dans la vidéo avaient fait un «exposé fidèle du droit» lorsqu’ils ont affirmé que les troupes devaient refuser d’obéir à des ordres illégaux, explique le New York Times. Les déclarations de Mark Kelly sont probablement également protégées par la clause relative à la liberté d’expression et au débat qui protège les membres du Congrès contre les poursuites, observe l’avocat auprès du quotidien américain.
Mise à jour le 26 novembre 2025 à 13 h 00, en corrigeant le grade de Mark Kelly dans l’armée américaine.




