Il est mort comme il a vécu : dans la certitude glaciale d’avoir eu raison contre le monde entier. Dick Cheney est mort lundi 3 novembre, à 84 ans, des suites d’une pneumonie aggravée par une vie minée par des problèmes cardiaques. Son cœur greffé en 2012 a cessé de battre, mais les blessures qu’il a infligées à l’Amérique, elles, restent bien vivantes. Vice-président de George W. Bush de 2001 à 2009, stratège de l’invasion de l’Irak, promoteur du programme de torture et des détentions sans procès, Cheney fut l’architecte du basculement des Etats-Unis vers leur «côté obscur» après le 11 septembre 2001.
Né en 1941 dans le Nebraska puis élevé dans le Wyoming, ce fils d’un fonctionnaire au département de l’Agriculture ne semblait pourtant promis ni à une brillante carrière politique, ni à devenir le vice-président le plus influent – et le plus clivant – de l’histoire des Etats-Unis. Etudiant vif mais dissipé, il est renvoyé de Yale, où il confessera avoir passé trop de temps avec des camarades «qui partageaient ma conviction que la bière faisait partie des éléments essentiels de la vie».
De retour dans le Wyoming, il travaille sur des chantiers, est arrêté deux fois à 22 ans pour conduite en état d’ivresse, et fait tout pour échapper à la conscription durant la guerre du Vietnam. «Dans les années 60, j’avais d’autres priorités que de servir dans l’armée», dira-t-il des décennies plus tard. Après cinq reports obtenus pour raisons familiales et universitaires,




