Et de cinq – ou plutôt quatre et demi. Jeudi 6 novembre, le Kazakhstan a annoncé qu’il rejoignait les accords d’Abraham, devenant ainsi le cinquième pays à adhérer officiellement à l’initiative américaine portée par Donald Trump au Proche-Orient. Un événement en réalité purement symbolique, car ces accords ont été pensés pour normaliser les rapports diplomatiques entre Israël et les pays qui ne reconnaissaient pas l’Etat hébreu. Or, le Kazakhstan a établi des liens diplomatiques avec Israël depuis 1992, année de son indépendance.
«Je viens d’organiser une excellente conversation entre le Premier ministre israélien et le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, s’est pourtant réjoui le président américain sur son réseau Truth Social. Le Kazakhstan est le premier pays de mon second mandat à rejoindre les accords d’Abraham, le premier d’une longue série.» Le gouvernement kazakh, pour sa part, a affirmé que «l’inclusion à venir dans les accords d’Abraham constitue une continuation naturelle et logique de la trajectoire de la politique étrangère du Kazakhstan». Jeudi, le président Tokaïev, ravi de marquer des points à bon compte auprès de Donald Trump, participait, avec ses homologues d’Ouzbékistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et du Kirghizistan, à un sommet à la Maison Blanche.
Exportations de blé et de pétrole
En 2020, sous l’impulsion du gendre de Donald Trump, Jared Kushner, l’administration américaine avait imaginé ce plan dit des «accords d’Abraham» pour ouvrir la voie à une normalisation des relations diplomatiques entre Israël et les pays arabes. Portant le nom du prophète auquel se rattachent les trois religions monothéistes, ces accords ont débuté par deux traités de paix, entre Israël et les Emirats arabes unis, et entre Israël et le Bahreïn, signés 15 septembre 2020. Ces pays sont ainsi devenus les premiers Etats arabes à reconnaître officiellement Israël, après l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994). Trois mois plus tard, le Maroc a rejoint à son tour le groupe, rétablissant ses relations officielles avec Israël après la rupture survenue vingt ans plus tôt, lors de la seconde intifada. Début 2021, le Soudan a également esquissé un rapprochement avec l’Etat hébreu.
Le Kazakhstan, de son côté, a en réalité des relations diplomatiques et commerciales avec Israël depuis son indépendance, après l’effondrement de l’Union soviétique. Aujourd’hui, l’Etat hébreu exporte surtout des technologies militaires et stratégiques vers le pays d’Asie centrale, tandis que ce dernier exporte essentiellement vers Israël des matières premières comme le blé et le pétrole. Astana est devenu l’un des partenaires les plus proches d’Israël en matière de sécurité dans le monde musulman.
Une nouvelle donne depuis la guerre à Gaza
Le président américain est aujourd’hui pressé de relancer ses accords d’Abraham, présentés comme l’un des grands succès diplomatiques de son premier mandat. Il vise notamment l’Arabie Saoudite, la Syrie, le Liban et la Libye, pays historiquement hostiles à Israël. Les accords signés jeudi avec le Kazakhstan, aussi superflus soient-ils, ont pour objectif de relancer la dynamique d’adhésion des pays arabes. «Beaucoup de monde est en train de rejoindre les accords d’Abraham et j’espère que nous aurons bientôt l’Arabie Saoudite», a commenté Trump mercredi.
Mais la guerre à Gaza a changé la donne. L’image d’Israël s’est terriblement dégradée dans la région et dans le monde. Riyad conditionne désormais toute normalisation des relations à la création d’un Etat palestinien souverain. «Le Liban pourrait se mobiliser et adhérer aux accords de paix d’Abraham, tout comme la Syrie», veut encore croire Steve Witkoff, l’envoyé spécial du président Trump au Moyen-Orient.
Le président syrien, Ahmed al-Charaa, est justement attendu ce lundi 10 novembre à Washington. Le locataire de la Maison Blanche exercera à coup sûr de nouvelles pressions pour obtenir de la Syrie une reconnaissance d’Israël. Depuis la chute du régime Assad, l’Etat hébreu occupe de nouvelles portions du sud syrien et multiplie les frappes et incursions sur son territoire. En septembre, Ahmed al-Charaa a annoncé que les négociations avec Washington visaient à conclure un accord de sécurité en vertu duquel Israël se retirerait des zones qu’il occupe. Sans jamais mentionner une reconnaissance.




