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Droits de douane : après la décision de la Cour suprême, la communauté internationale pleine de prudence

Les dirigeants de plusieurs pays et des opposants au président des Etats-Unis ont réagi vendredi 20 février à la décision de la Cour suprême de rendre en grande partie illégales les taxes voulues par Donald Trump.

La Cour suprême américaine à Washington, le 20 janvier 2026. (Nathan Howard/Reuters)
Publié aujourd'hui à 21h55

Alors que la Californie, l’Etat américain démocrate le plus puissant du pays, s’est empressée de saluer la décision, les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis ont accueilli avec intérêt mais prudence le revers majeur infligé ce vendredi 20 février par la Cour suprême américaine à la politique agressive des droits de douane menée par Donald Trump, qu’elle a jugée en grande partie illégale. Le président américain de son côté s’est insurgé contre les «démocrates», promettant une contre-attaque avec un droit de douane «mondial» de 10 % à venir. Tour d’horizon.

Pour la France, les droits de douane n’étaient «pas la recette magique»

La décision de la Cour suprême prouve «que les fameux tarifs étaient pour le moins sujets à débat», a réagi le ministre de l’Economie Roland Lescure. «On a vu aussi que le déficit commercial américain […] était resté très important l’année dernière. Donc ça montre aussi que ce n’est peut-être pas la recette magique qu’on espérait. Maintenant, on va voir les conséquences que tout ça a dans l’avenir», a-t-il ajouté.

Quant à un éventuel remboursement des droits de douane perçus par les Etats-Unis, «ce sera à l’administration américaine et notamment à la justice de dire» comment cela doit se dérouler, a encore déclaré le ministre français, qui a estimé à 185 milliards de dollars les droits perçus par Washington depuis un an. «C’est beaucoup d’argent.»

L’Union européenne plaide pour «des droits de douane faibles»

«Nous prenons note de la décision, et nous l’analysons avec attention», a réagi Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne, disant attendre «des éclaircissements» de l’administration américaine «quant aux mesures qu’elle entend prendre en réponse à cette décision».

«Les entreprises des deux côtés de l’Atlantique dépendent de la stabilité et de la prévisibilité des relations commerciales. C’est pourquoi nous continuons de plaider en faveur de droits de douane faibles et d’œuvrer à leur réduction», a-t-il ajouté. Un accord commercial conclu l’été dernier entre l’UE et Washington a permis de limiter à 15 % les droits de douane appliqués par les Etats-Unis sur la plupart des produits européens.

«Etant donné qu’une grande partie des droits de douane réciproques repose sur un cadre juridique désormais contesté, ni le gouvernement américain ni l’Union européenne ne peuvent simplement reprendre leurs activités comme si de rien n’était», a souligné l’eurodéputé social-démocrate allemand Bernd Lange, influent chef d’une commission parlementaire qui va se réunir en urgence lundi pour discuter des conséquences de la décision.

Le Royaume-Uni veut maintenir sa place de privilégié

«Nous travaillerons avec l’administration américaine pour comprendre comment cette décision affectera les droits de douane pour le Royaume-Uni et le reste du monde», a sobrement indiqué un porte-parole du gouvernement britannique dans un communiqué, promettant de «soutenir les entreprises britanniques à mesure que de plus amples précisions seront annoncées».

«Le Royaume-Uni bénéficie des droits de douane réciproques les plus faibles au monde et, quel que soit le scénario, nous nous attendons à ce que notre position commerciale privilégiée avec les États-Unis se maintienne», a-t-il ajouté, un accord avec Washington permettant à Londres de bénéficier de taxes douanières limitées à 10 % sur la plupart des produits britanniques.

Le Canada s’en félicite mais craint une réaction américaine

La décision de la Cour suprême «renforce la position du Canada» selon laquelle ces droits de douane sont «injustifiés», a estimé ce vendredi Dominic LeBlanc, le ministre canadien chargé de la relation commerciale avec les Etats-Unis. Dans son message sur X, Dominic LeBlanc rappelle qu’Ottawa poursuit ses discussions avec Washington car des entreprises canadiennes continuent à être touchées par ces taxes douanières qui affectent des secteurs clés de l’économie.

En effet, les droits de douane dits «réciproques» ne concernent le Canada qu’à la marge en raison de l’accord de libre-échange existant entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada. Un accord que Washington entend revoir totalement dans les mois qui viennent.

La décision de la Cour suprême est uniquement «juridique, et non une réinitialisation de la politique commerciale américaine», a estimé Candace Laing, présidente et directrice générale de la Chambre de commerce du Canada. Selon elle, le Canada «devrait se préparer à l’utilisation de nouveaux mécanismes plus directs». Elle craint maintenant une réaction américaine qui aurait des «effets plus larges et plus perturbateurs».

La Californie demande «le remboursement», «avec intérêts»

Le gouverneur Gavin Newsom «demande désormais à Trump de rembourser immédiatement les Américains, avec intérêts», a-t-il exigé dans un communiqué ce vendredi. Le démocrate a appelé l’administration «à émettre immédiatement des chèques de remboursements». «Il est temps de payer la facture, Donald. Ces droits de douane n’étaient rien d’autre qu’une arnaque illégale visant à soutirer de l’argent aux familles travailleuses, afin de briser des alliances de longue date et de les extorquer», a-t-il dénoncé.

Selon l’élu, ces droits de douane illégaux auraient rapporté «plus de 130 milliards de dollars aux importateurs, coûts répercutés sur les consommateurs par la hausse des prix des produits de consommation courante». Citant un rapport de l’université de Yale, il souligne que la perte serait de 1 751 dollars par famille en moyenne l’an dernier.

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