La décision de la Cour suprême était très attendue. Elle est finalement tombée en milieu d’après-midi ce vendredi 20 février : la plus haute juridiction des Etats-Unis a jugé illégale une grande partie des droits de douane de Donald Trump.
Selon la décision rendue à une majorité de six juges contre trois, le président américain ne pouvait pas justifier ces droits de douane par la nécessité de l’urgence économique. Cette décision concerne les taxes présentées comme «réciproques» par Donald Trump, mais pas celles appliquées à des secteurs d’activité particuliers, comme l’automobile ou l’acier et l’aluminium.
«Une disgrâce pour notre Nation»
La réponse de la Maison blanche a été cinglante : la Cour suprême aurait selon lui cédé face à des «influences étrangères». «Les pays étrangers qui nous volent depuis des années sont super contents, ils dansent dans la rue. Mais ils ne vont pas danser pendant longtemps», a dénoncé le président des Etats-Unis d’un ton grave lors d’une conférence de presse ce vendredi soir, fustigeant «les démocrates de la Cour suprême», qui seraient «une disgrâce pour notre Nation».
Donald Trump a annoncé de nouvelles mesures à venir. «D’autres alternatives seront désormais utilisées pour remplacer celles que la Cour a rejetées à tort», a prévenu le chef d’Etat. Celles-ci seront «d’excellentes alternatives» qui pourront rapporter «davantage d’argent», a-t-il ajouté. Avant de promettre la signature dans la journée d’un «décret pour imposer un droit de douane mondial de 10% (...), qui va s’ajouter à nos droits de douane normaux déjà en vigueur».
Abus de pouvoir
Les droits de douane avaient été annoncés en avril 2025, avec la présentation d’un tableau représentant les différents taux appliqués selon l’origine des produits. Et visaient théoriquement les pays avec lesquels les Etats-Unis étaient confrontés à un déficit commercial. Le président américain les considéraient comme un outil pour les rééquilibrer, mais aussi pour rapporter des ressources supplémentaires à l’Etat fédéral, Donald Trump souhaitant alors abaisser les impôts dans le pays.
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Le milliardaire s’était appuyé sur l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi fédérale autorisant le Président à réglementer le commerce en cas d’urgence nationale. Donald Trump est ainsi devenu le premier président à utiliser l’IEEPA pour imposer des droits de douane, alors que la Constitution américaine réserve le pouvoir d’imposer des taxes aux pays étrangers au Congrès, et non à l’exécutif. Plusieurs Etats américains démocrates ainsi que des petites entreprises avaient par ailleurs estimé qu’il outrepassait ses pouvoirs, les droits de douane appliqués sur l’ensemble des biens ne répondant pas, selon eux, à un enjeu de sécurité nationale.
Si Donald Trump répétait jusqu’ici que ses mesures douanières se répercutaient principalement sur les pays étrangers, une étude de la Réserve fédérale de New York publiée le 12 février affirme en réalité que «près de 90% du fardeau économique de ces droits de douane a pesé sur les entreprises et les consommateurs américains» en 2025. Le rapport explique que les entreprises étrangères exportant leur marchandise aux Etats-Unis n’ont pas réduit leurs prix pour absorber la hausse des droits de douane, comme le prévoyait Donald Trump. Au contraire, la plupart d’entre elles ont conservé les mêmes, laissant aux clients la charge des nouvelles taxes.
Boom du CAC 40
L’Union européenne a réagi ce vendredi à la décision de la Cour suprême en affirmant l’«analyser attentivement». «Les entreprises des deux côtés de l’Atlantique dépendent de la stabilité et de la prévisibilité des relations commerciales. Nous continuons donc à plaider en faveur de droits de douane bas et à œuvrer pour leur réduction», a observé le porte-parole de l’UE.
En réaction, l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris a dépassé pour la première fois de son histoire les 8 500 points. Il prenait vers 16 h 20 1,26 %, et a atteint un nouveau sommet à 8 529 points, porté par «les valeurs ayant une part à l’exportation importante» vers les Etats-Unis, comme les poids lourds du luxe et des spiritueux, explique à l’AFP Alexandre Baradez, responsable de l’analyse des marchés à IG France. LVMH prenait ainsi 4,61 %, Hermès 3,68 % et Kering 1,60 %. Pernod Ricard bondissait lui de 4,102 %.
L’administration Trump n’a pas communiqué de données sur les droits de douane perçus depuis le 14 décembre. Cependant, les économistes du Penn-Wharton Budget Model ont estimé vendredi que leurs recettes s’élevaient à plus de 175 milliards de dollars. Un montant qui devrait vraisemblablement être remboursé, après la décision de la Cour suprême.




