En résumé :
- Lors d’une opération d’ampleur menée hors de tout cadre légal par les Etats-Unis, le chef de l’Etat vénézuélien, Nicolás Maduro, et son épouse ont été «capturés» et exfiltrés du pays par l’armée américaine, samedi. Ils sont visés par un nouvel acte d’accusation pour «narcoterrorisme» et trafic de cocaïne.
- Depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, où il a tenu une conférence de presse samedi, Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis allaient «diriger le pays» jusqu’à ce qu’ils puissent opérer «une transition sûre, appropriée et judicieuse». Le locataire de la Maison Blanche a également précisé qu’il autoriserait les compagnies pétrolières américaines à se rendre au Venezuela pour exploiter ses réserves de brut.
- A Caracas, la Cour suprême a confié samedi l’intérim du pouvoir à la vice-présidente Delcy Rodriguez après avoir constaté «l’enlèvement du président constitutionnel» au cours d’une «agression militaire étrangère». Selon Trump, Rodriguez se serait dite prête à coopérer avec les Etats-Unis.
- Retrouvez notre live de samedi ici.
Le fils de Maduro appelle ses partisans à descendre dans la rue
Le fils député du président vénézuélien Nicolás Maduro a appelé dimanche ses partisans à se mobiliser et à descendre dans la rue, après sa capture par les Etats-Unis. «Vous nous verrez dans la rue, vous nous verrez aux côtés de ce peuple, vous nous verrez brandir les drapeaux de la dignité», a-t-il déclaré dans un message audio diffusé sur les réseaux sociaux. Son équipe a confirmé à l’AFP l’authenticité de cette déclaration. «Ils veulent nous voir faibles, ils ne nous verront pas faibles», a ajouté celui qui figure, comme son père et sa belle-mère, parmi les six personnes accusées de «narcoterrorisme» par la justice américaine.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen a exhorté dimanche les Etats-Unis à «cesser leurs menaces»
La Première ministre danoise Mette Frederiksen a exhorté dimanche les Etats-Unis à «cesser leurs menaces contre un allié historique» après de nouvelles déclarations de Donald Trump disant avoir «absolument besoin» du Groenland. «Je dois le dire très clairement aux États-Unis : il est tout à fait absurde de dire que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland», a dit la dirigeante danoise dans un communiqué, après que le président américain a répété vouloir mettre la main sur le territoire autonome danoise pour la défense des Etats-Unis.
Nicolás Maduro comparaîtra lundi à midi devant un juge de New York
Le président vénézuélien déchu Nicolás Maduro comparaîtra lundi à midi (18 heures à Paris) devant un juge de New York, a fait savoir dimanche le tribunal, où il se verra officiellement signifier les charges retenues contre lui. Inculpé par la justice américaine notamment pour «narcoterrorisme» et importation de cocaïne aux Etats-Unis, le chef d’Etat capturé samedi lors d’une opération de l’armée américaine sera présenté devant le tribunal fédéral du Southern District, à Manhattan.
L’Union européenne appelle à respecter la volonté du peuple vénézuélien, «seul moyen de résoudre la crise»
L’Union européenne a exigé dimanche le respect de la volonté du peuple vénézuélien, y voyant «le seul moyen de résoudre la crise», selon un communiqué. Précisant s’exprimer au nom de 26 pays (soit tous les pays membres sauf la Hongrie), la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, «appelle tous les acteurs à faire preuve de calme et de retenue, afin d’éviter une escalade et de garantir une solution pacifique à la crise». «Respecter la volonté du peuple vénézuélien reste le seul moyen pour le Venezuela de rétablir la démocratie et de résoudre la crise actuelle», est-il ajouté.
Les guérillas colombiennes prêtes à faire face à «l’impérialisme» américain
Les guérillas colombiennes qui opèrent à la frontière avec le Venezuela ont dit être prêtes à affronter «les plans impériaux» des Etats-Unis, selon des communiqués diffusés dimanche. La guérilla de l’ELN (Armée de libération nationale) a dit se joindre à «tous les patriotes, démocrates et révolutionnaires» pour «affronter les plans impériaux contre le Venezuela et les peuples du Sud», selon un communiqué envoyé via Telegram. Les dissidents des FARC (qui ont signé un accord de paix et de démobilisation en 2016), ont pour leur part averti qu’ils donneraient «jusqu’à la dernière goutte de sang en luttant contre l’empire» américain «si nécessaire». «Tôt ou tard, l’empire yankee tombera», ont-ils écrit sur X.
Aux Etats-Unis, la capture de Maduro soulève moult questions juridiques
L’administration Trump la présente comme une «opération de police», mais l’arrestation du président vénézuélien soulève de nombreuses questions quant à sa légalité. Du côté de la Maison-Blanche, on argue qu’il s’agissait de «l’arrestation de deux fugitifs», pas d’une action militaire exigeant l’autorisation du Congrès. «Ce n’est pas une invasion, nous n’avons pas occupé un pays», a insisté le secrétaire d’Etat Marco Rubio. Une lecture des événements que contestent les élus démocrates. De même, «normalement, la procédure pour arrêter quelqu’un qui ne vit pas aux Etats-Unis est de passer par une demande d’extradition», a expliqué Barbara McQuade, ancienne procureure et professeure de droit. Au lieu de cela, nous assistons à une arrestation militaire clandestine» qui «viole la charte des Nations unies».
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Depuis plus d’une décennie, nombreux sont les Vénézuéliens qui, malgré la crise économique, les privations, l’extrême pauvreté provoquée par la gabegie du régime, gardaient au frais une bonne bouteille de rhum. A déboucher le jour où le dictateur tomberait. Et samedi 3 janvier, Nicolás Maduro est tombé. Mais le rhum n’a pas été débouché. Donald Trump en a décidé autrement. En capturant Nicolás Maduro et en prétendant «diriger» le Venezuela, les Etats-Unis imposent une nouvelle forme d’impérialisme vorace, dénué de tout cadre légal, qui façonne le nouveau désordre mondial.
Analyse
Donald Trump prévient que Delcy Rodriguez «paiera plus cher» si elle ne «fait pas ce qu’il faut»
Toujours plus de menaces. Dans une interview accordée au magazine The Atlantic, Donald Trump a affirmé que la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, «paiera plus cher» si la vice-présidente et ministre du pétrole «ne fait pas ce qu’il faut». Autrement dit, si le Venezuela ne prend pas la direction exigée par Washington. «Reconstruire le pays n’est pas une mauvaise chose», a continué le président américain, joint par téléphone. Le Venezuela est «en faillite. Ce pays est une catastrophe dans tous les domaines».
Pour l’historien Michel Goya, «ce qui est frappant, c’est l’extrême faiblesse de la protection de Maduro»
L’officier des troupes de marine et docteur en histoire contemporaine Michel Goya explore pour Libération le déroulé militaire de la capture de Nicolás Maduro par les Américains. Selon lui, la réussite de l’opération américaine s’explique probablement par «un relais très proche au plus haut sommet de l’Etat vénézuélien». Lire son interview.
Le ministre de la Défense appelle la population vénézuélienne à reprendre son quotidien
Ne pas «céder à la peur». Entouré de militaires en armes, le général Vladimir Padrino Lopez, ministre de la Défense du Venezuela, a appelé ses compatriotes à «reprendre leurs activités économiques, professionnelles et de toute nature» au lendemain de l’arrestation de leur président. «La patrie [doit] se remettre sur ses rails constitutionnels», a-t-il ajouté. Objectif : que la population ne cède pas «aux tentations de la guerre psychologique [...] qu’on veut nous imposer».
Delcy Rodriguez reconnue par l’armée comme présidente par intérim pour 90 jours
L’armée vénézuélienne reconnaît la nouvelle présidente par intérim, Delcy Rodriguez, a annoncé le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Loez. Lisant un communiqué, il a cité la décision de la Cour suprême ordonnant à la vice-présidente d’assumer le pouvoir pendant 90 jours. Il a également dénoncé l’assassinat de «sang froid» d’une partie de l’équipe de protection du président Maduro, et réclame sa libération.
En photos : la vie au Venezuela au lendemain de l'arrestation de Nicolas Maduro
Les Etats-Unis ne font même pas semblant de défendre autre chose que leurs propres intérêts
Ça a le mérite d’être clair. Lors d’une interview accordée à la chaîne NBC, Marco Rubio, le chef de la diplomatie des Etats-Unis, a reconnu que l’intervention de la veille n’avait pas pour autre but que de défendre les intérêts étasuniens : «Nous attachons de l’importance aux élections et à la démocratie […] Mais ce qui nous importe avant tout, c’est la sécurité, le bien-être et la prospérité des États-Unis.» Il a dans le même temps déclaré qu’il était «prématuré à ce stade» d’évoquer la possibilité de mettre en place des élections dans le pays.
Marco Rubio tempère les propos de Donald Trump sur un contrôle du Venezuela par les Etats-Unis
Comme souvent avec l’administration Trump, il y a d’abord la provocation par l’absurde du président des Etats-Unis, puis la désescalade. Ce dimanche, Marco Rubio a nettement tempéré les déclarations faites samedi par Donald Trump qui assurait que son pays allait «diriger» le Venezuela et n’hésiterait pas à déployer des troupes sur place «si besoin». Si Donald Trump ne peut pas écarter publiquement toutes les options et notamment celle d’un déploiement de troupes, a-t-il déclaré, «ce n’est pas ce que vous voyez actuellement. Ce que vous voyez actuellement, c’est un embargo pétrolier qui nous permet d’exercer une influence considérable sur la suite des événements». Les Etats-Unis ne comptent donc pas «diriger» le pays en envoyant des militaires sur place, ou du moins pas à court terme.
De Caracas à Maracaibo, pas d’effusion de joie face à toutes les incertitudes
«On a espéré ce moment depuis si longtemps, on n’ose pas y croire.» Au téléphone depuis Maracaibo, la deuxième ville du Venezuela située près de la frontière avec la Colombie, portée dans les années 50 par le boom pétrolier, Yasmin A. n’en revient toujours pas. Après presque treize années d’un pouvoir autocratique de plus en plus dur, Nicolás Maduro n’est plus à la tête du pays, enlevé et exfiltré par les forces spéciales américaines. «Ici on n’est au courant de rien, les seules informations dont on dispose c’est grâce aux réseaux sociaux, les Vénézuéliens de la diaspora qui nous informent», raconte Yasmin. Lire les témoignages des Vénézuéliens joints par Libération.
Le Conseil de l'Europe inquiet de la «fragilisation des fondations de la sécurité internationale»
«Le Conseil de l’Europe considère que tout recours à la force sur le territoire d’un autre État soulève de graves questions au regard du droit international, notamment des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies sur la souveraineté, l’intégrité territoriale et la non-ingérence», écrit ce dimanche le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, dans un communiqué. Après la capture du président vénézuélien, il y a selon lui un risque d’«aggravation de la polarisation au Venezuela, dans toute la région et à l’échelle mondiale, entre ceux qui condamnent une grave violation du droit international et ceux qui l’estiment justifiée. Ces fractures fragilisent les fondations de la sécurité internationale».
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Du Pakistan au Mexique, des manifestants dénoncent l'attaque des Etats-Unis
Le départ de Nicolas Maduro «est une bonne nouvelle», pour Jean-Noël Barrot
Invité au journal de 13 heures de France 2 ce dimanche, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est félicité de l’éviction du pouvoir de Nicolás Maduro : «Nicolás Maduro était un dictateur sans scrupule qui a confisqué leur liberté aux Vénézuéliens. C’est pourquoi son départ est une bonne nouvelle pour les Vénézuéliens.» Jean-Noël Barrot a néanmoins reconnu que la «méthode employée contrevenait aux principes du droit international» et a regretté un basculement progressif vers un monde où domine la «loi du plus fort».
Washington travaillera avec les responsables vénézuéliens «s'ils prennent de bonnes décisions»
Les menaces et ingérences continuent. Le chef de la diplomatie des Etats-Unis, Marco Rubio, a déclaré ce dimanche être prêt à travailler avec les dirigeants Vénézuéliens… à condition qu’ils gouvernent comme Washington l’entend. «S’ils ne prennent pas de bonnes décisions, les Etats-Unis conserveront de nombreux leviers d’influence pour garantir la protection de nos intérêts, notamment l’embargo pétrolier. Nous allons donc juger, à l’avenir, nous allons juger tout ce qu’ils font», a-t-il assuré lors d’une interview à la chaîne CBS.
Des milliers de manifestants à Madrid contre «l'agression impérialiste» des Etats-Unis
Plusieurs milliers de manifestants se sont retrouvés ce dimanche matin devant l’ambassade des Etats-Unis à Madrid pour dénoncer une «agression impérialiste» après l’enlèvement de Nicolás Maduro. Ils ont brandi de nombreuses pancartes montrant notamment Donald Trump avalant goulûment un bidon de pétrole aux couleurs du drapeau vénézuélien ou le qualifiant d’«agresseur». Plusieurs drapeaux de la formation d’extrême gauche espagnole Podemos ou du Parti communiste espagnol étaient visibles au milieu de drapeaux vénézuéliens. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dont le pays a accueilli le candidat en exil de l’opposition à la présidentielle vénézuélienne de 2024, Edmundo Gonzalez Urrutia, avait déjà condamné samedi «une intervention qui viole le droit international», jugeant que cette opération «pousse la région vers un horizon d’incertitude et de bellicisme».
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