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Elle se rappelle distinctement «le feu», «le bruit des balles», le temps «où les blancs se tenaient d’un côté, les noirs de l’autre», et ces émeutes qui, dans les années 60, embrasèrent son coin de l’Ohio, jusqu’à emporter son cousin, tué par une horde raciste. Pour rien au monde Denise Williams ne voudrait revivre cela. Mais la pesanteur de l’air ces jours-ci dans la ville de Springfield la renvoie à un climat familier de hantise et de violence latente : «Chaque jour, je crains que ça explose en massacre», se désole d’une voix éprouvée mais puissante la septuagénaire coiffée d’un élégant carré blanc, qui préside l’antenne locale de l’organisation antiraciste NAACP (l’«Association nationale pour la promotion des personnes de couleur», fondée en 1909). «Ce poison qui se répand dans notre ville est insensé, enrage-t-elle. Ces gens nous doivent des excuses.»
Ce «poison», c’est une rumeur méchante visant la communauté haïtienne et ses pratiques alimentaires fantasm