En résumé :
- En colère après le déploiement de personnel militaire européen la semaine dernière au Groenland, le président américain a annoncé de nouveaux droits de douane dès le 1er février, pouvant aller jusqu’à 25 %, sur les produits d’une série de pays européens «jusqu’à la vente totale du Groenland»
- Le chantage a suscité une levée de boucliers chez les responsables européens, Emmanuel Macron proposant pour sa part d’activer l’instrument anti-coercition de l’Union européenne en réponse à Washington.
- Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés ce samedi au Danemark et au Groenland pour dénoncer les ambitions territoriales du président américain.
Un sommet de l'UE dans les jours qui viennent
L’heure de l’instument anti-coercition souhaité par Emmanuel Macron ? Ou de l’habituelle temporisation ? Les dirigeants des pays de l’UE se réuniront «dans les jours qui viennent» pour coordonner leur réponse sur le Groenland après les menaces de Donald Trump, a annoncé dimanche le président du Conseil européen Antonio Costa, qui envisage d’organiser le sommet à Bruxelles.
L’Europe face au racket de Trump
Qui aurait cru qu’une alliance vieille de soixante-dix-sept ans pourrait se briser sur un bout de terre gelée aux confins du monde ? Après les ultimes provocations de Donald Trump ce week-end, les Européens ne peuvent plus rester sans rien faire, dans l’espoir d’éviter des mesures de rétorsion supplémentaires, ou de sauvegarder à tout prix l’Otan. L’éditorial de Hamdam Mostafavi
Sur le Groenland, Donald Trump et la doctrine de la force brute
Il serait tentant de balayer les menaces de Donald Trump contre l’Europe et sa fixation sur le Groenland comme une nouvelle saillie grotesque, une énième provocation dans un inventaire déjà bien fourni. Ce serait pourtant une erreur d’analyse majeure. Car derrière le ton outrancier et les mots en majuscules, le message posté samedi sur son réseau social par le président américain, qui menace plusieurs pays européens de surtaxes douanières, expose de manière glaçantesa vision du monde: un univers régi par la force brute, le mépris des alliances et une doctrine impérialiste ressuscitée. L’article de Frédéric Autran
Le bazooka anti-coercition
En quoi consiste donc l’instrument «anti-coercition» voulu par Emmanuel Macron selon son entourage ? Comparé par certains à un «bazooka» et pensé comme un instrument de dissuasion, il vise à répondre à tout pays qui utiliserait des armes commerciales pour faire pression sur l’un des 27 Etats membres. Il permet en particulier de limiter les importations provenant d’un pays ou son accès à certains marchés publics et de bloquer certains investissements lorsque celui-ci exerce une coercition économique. Lire notre article
Lescure défendra le plan anti-coercition lundi à Berlin
Le ministre français de l’Economie Roland Lescure se rend lundi à Berlin pour rencontrer son homologue allemand, auprès duquel il plaidera notamment le souhait d’Emmanuel Macron d’activer l’instrument anti-coercition de l’UEenvers les Etats-Unis en cas de mise à exécution des menaces de nouvelles surtaxes douanières brandies par Donald Trump.
La rencontre entre Roland Lescure et le ministre des Finances allemand Lars Klingbeil était prévue avant les nouvelles menaces douanières de Donald Trump, mais la question de la réaction européenne sera bien au menu des discussions entre les deux ministres, a affirmé l’entourage du ministre auprès de l’AFP.
La Norvège temporise
Si elle a bien signé le communiqué avec l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Finlande, la France et le Danemark, la Norvège montre un peu moins les dents que les autres pays cosignataires. Selon son Premier ministre, Oslo n’envisage pas de contre-mesures à destination des Etats-Unis «pour le moment».
Contrairement à ce que dit Trump, le Groenland n'est pas «vital» pour la défense antimissiles américaine
«Il est vital que les Etats-Unis aient le Groenland». Voilà peu ou prou l’argument sorti par Donald Trump dès lors qu’il s’agit de justifier ses appétences pour le territoire sous domination danoise, qu’il dit vouloir protéger des appétits russe et chinois sur l’Arctique. Mais, outre qu’un accord de 1951 entre Washington et Copenhague permet déjà aux Etats-Unis de développer sa présence militaire et ses possibilités d’extraction minière sur l’immense île, les ambitions militaires de Washington peuvent aboutir par d’autres biais.
Les capitales européennes répondent à Trump
Les huit pays européens menacés de surtaxes douanières par Donald Trump répondent au président américain, dans un communiqué diffusé dimanche en début d’après-midi. «Les menaces de surtaxes douanières sapent les relations transatlantiques et risquent de conduire nos pays dans un dangereux engrenage. Nous continuerons à rester unis et coordonnés dans notre réponse. Nous sommes déterminés à défendre notre souveraineté», ont déclaré le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni.
L'Europe «n'est pas désarmée» face à la «guerre économique» imposée par Trump
Donald Trump engage l’Europe dans «une forme de guerre économique», a dénoncé la ministre déléguée aux Armées française Alice Rufo, dimanche midi sur France 3. «On entre dans un domaine qui relève de la coercition de la part des Etats-Unis, c’est-à-dire au fond la volonté d’imposer une politique par de la rétorsion économique très violente», a-t-elle déploré.
La ministre, en fonction depuis octobre 2025, juge la stratégie trumpienne «un peu absurde», puisqu’elle finit par «punir des alliés qui veulent au fond faire ce que les Etats-Unis veulent, c’est-à-dire plus s’engager dans l’Arctique». Selon la ministre française, le déploiement de personnel militaire au Groenland relevait ainsi d’«une mission de reconnaissance en vue d’un exercice qui est fait avec le Danemark comme nation-cadre. Nous, on remet les choses à leur place». Et pas d’un jeu dangereux comme l’a qualifié le président américain.
L'instrument anti-coercition, bazooka économique européen
Comment riposter aux Etats-Unis ? Les possibilités ne manquent pas : les responsables européens évoquent pêle-mêle la suspension de l’accord commercial avec Washington ou de nouvelles amendes contre le milieu de la tech, très proche de la galaxie Trump, qui a vitupéré contre les mesures prises par Thierry Breton pour réguler ces plates-formes, au point de l’interdire de séjour sur le territoire américain. Et, au-delà, ce qui est présenté comme un «bazooka», adopté en octobre 2023 au Parlement européen : l’instrument anti-coercition, qui permet notamment de limiter les importations provenant d’un pays ou son accès à certains marchés. Des armes dont l’UE n’a pas souhaité encore disposer.
Meloni estime que les menaces de Trump sont «une erreur»
Elle est épargnée par les menaces trumpiennes, mais la Première ministre italienne Giorgia Meloni ne goûte pas pour autant les surtaxes douanières envisagées par son allié d’extrême droite. «Je pense qu’imposer de nouvelles sanctions aujourd’hui serait une erreur», a-t-elle déclaré aux journalistes lors d’un déplacement à Séoul, ajoutant : «J’ai parlé à Donald Trump il y a quelques heures et je lui ai dit ce que je pense.»
L’invasion du Groenland «légitimerait l’attaque russe en Ukraine» selon Pedro Sanchez
Dans une interview au journal la Vanguardia, le Premier ministre espagnol s’est exprimé sur l’énième épisode qui oppose les Etats-Unis à l’Union européenne. «S’agissant du Groenland, je dois dire qu’une invasion américaine sur ce territoire ferait de Vladimir Poutine l’homme le plus heureux du monde. Pourquoi ? Parce que cela légitimerait sa tentative d’invasion de l’Ukraine.» Et de poursuivre : «Si les Etats-Unis devaient utiliser la force, alors cela sonnerait le glas de l’Otan. Poutine serait doublement heureux.»
Macron veut activer «l'instrument anti-coercition» de l'UE en cas de nouveaux droits de douane américains
Le président français réfléchit à la riposte aux menaces commerciales brandies par Washington. Selon son entourage, Emmanuel Macron va demander «l’activation de l’instrument anti-coercition» de l’UE, dans le cas où les Etats-Unis mettaient à exécution leur chantage aux surtaxes douanières promises samedi 17 janvier. Ces menaces, dit la même source, «posent la question de la validité de l’accord» sur les tarifs douaniers UE-USA signé à l’été 2025 avec Ursula von der Leyen.
Le chef de la diplomatie danoise en tournée
Au lendemain des nouvelles annonces tapageuses de Donald Trump, Lars Lokke Rasmussen entame une tournée diplomatique. Premier rendez-vous chez le voisin norvégien, à Oslo, avant de se rendre lundi à Londres puis jeudi à Stockholm. dimanche, avant de se rendre lundi à Londres et jeudi à Stockholm.
«Dans un monde instable et imprévisible, le Danemark a besoin d’amis et d’alliés proches [...]. Nos pays ont en commun le fait que nous sommes tous d’accord sur la nécessité de renforcer le rôle de l’Otan dans l’Arctique, et je me réjouis de discuter de la manière d’y parvenir», a déclaré le ministère des Affaires étrangères danois, cité dans un communiqué.
Les ambassadeurs européens en réunion d'urgence ce dimanche
Après les réponses, coordonnées ou non, des dirigeants européens, chefs d’Etat ou responsables d’institutions, aux menaces de Trump sur les droits de douane, les ambassadeurs de l’UE entrent dans la danse. Pour préparer une réponse européenne concrète, une réunion d’urgence est prévue dimanche après-midi à Bruxelles, tandis que le président français Emmanuel Macron doit s’entretenir avec ses homologues européens au sujet de cette crise inédite entre membres de l’Otan.
Trump a «beaucoup à perdre», estime Annie Genevard
La ministre de l’Agriculture n’a pas l’air impressionnée par les attaques de Trump. «Dans cette escalade des droits de douane, il a beaucoup à y perdre aussi, y compris ses propres agriculteurs, y compris ses propres industriels», a déclaré Annie Genevard, invitée d’Europe 1 et CNews. Interrogée sur une possible réponse communautaire, la LR a rappelé que «l’Union européenne a une force de frappe possible» d’un point de vue commercial, jugeant cependant que «c’est une réponse qu’il faut manier avec précaution. Cette escalade peut être mortifère, mais elle peut être mortifère également pour les Etats-Unis».
Des menaces «totalement erronées» pour Londres
Le Premier ministre britannique Keir Starmer prend position contre les taxes de Donald Trump. «Appliquer des droits de douane à des alliés au nom de la sécurité collective des alliés au sein de l’Otan est totalement erroné. Nous allons bien sûr aborder ce sujet directement avec l’administration américaine», a déclaré le dirigeant travailliste dans un communiqué samedi soir. «Nous avons aussi clairement indiqué que la sécurité de l’Arctique compte pour l’ensemble de l’Otan, et les alliés doivent tous ensemble faire davantage pour répondre à la menace de la Russie dans différentes parties de l’Arctique».
L'UE s'inquiète d'une «spirale dangereuse»
Une réponse mais pas franchement une riposte. «Des droits de douane affaibliraient les relations transatlantiques et représenteraient un risque de spirale dangereuse vers le bas», ont écrit, dans un communiqué commun, le président du Conseil européen António Costa et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, présents à Asunción où ils venaient de signer l’accord avec le Mercosur. «L’Europe restera unie, coordonnée et déterminée à défendre sa souveraineté», ont-ils ajouté.
Le Danemark «surpris» par l'annonce de Trump
Dernier Européen directement concerné par le dossier groenlandais à s’être réuni avec des responsables de Washington, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen s’est dit samedi «surpris» de la menace brandie par Donald Trump, qui n’a pas apprécié l’installation militaire de nations européennes au Groenland. «L’objectif du renforcement de la présence militaire au Groenland, auquel le président fait référence, est précisément d’accroître la sécurité dans l’Arctique», a-t-il répliqué dans un message à l’AFP.
Macron dénonce des menaces «inacceptables»
Fumée bleu blanc rouge. Deux heures après la sortie de Donald Trump, Emmanuel Macron a réagi en jugeant les «menaces tarifaires […] inacceptables», promettant par ailleurs une réponse «unie» des Européens. La France, poursuit-il, «est engagée pour la souveraineté et l’indépendance des nations, en Europe comme ailleurs. Ceci détermine nos choix et souligne notre engagement envers les Nations unies et notre charte».



