Une série de dossiers impliquant des Français sont désormais à l’analyse par le parquet de Paris et le Parquet national financier, après la publication par les États-Unis de documents liés au criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Voici un état des lieux :
Jack Lang
Le Parquet national financier a annoncé le 6 février avoir ouvert une enquête préliminaire pour «blanchiment de fraude fiscale aggravée» visant l’ancien ministre de la Culture et désormais ex-président de l’Institut du monde arabe (IMA) Jack Lang et sa fille Caroline Lang, cités dans ces «Epstein files». Cette enquête concerne «les faits révélés par Mediapart relatifs à Caroline et Jack Lang» et leurs liens financiers supposés avec Jeffrey Epstein, a précisé le PNF.
Jack Lang a assuré à l’AFP que les accusations portées à son encontre étaient «infondées». Dans un entretien à la Tribune dimanche ce 15 février, l’ancien ministre de la Culture réaffirme qu’il était «blanc comme neige» et dénonce «un tsunami de mensonges».
L’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel
Le parquet de Paris va procéder «à une réanalyse intégrale du dossier d’instruction» dans lequel l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel, un proche de Jeffrey Epstein, avait été mis en examen, et qui avait été clôturé par un non-lieu en juillet 2023 à la suite du suicide en détention, en février 2022, de ce dernier.
L’objectif est de «pouvoir en extraire toute pièce susceptible d’être utilement réexploitée dans un nouveau cadre d’enquête», a-t-il précisé. Jean-Luc Brunel avait été mis en examen en décembre 2020 pour viols et harcèlement sexuel, puis en juin 2021 pour un autre viol présumé sur une mineure. Dix femmes avaient mis en cause Jean-Luc Brunel, décrivant pour plusieurs avoir été conduites à boire de l’alcool, avoir perdu leurs moyens voire tout à fait connaissance, et s’être vu imposer une pénétration sexuelle, alors qu’elles n’étaient pour certaines pas encore majeures, selon le ministère public.
«L’une a décrit Jean-Luc Brunel comme étant celui qui acheminait de nouvelles jeunes filles à Jeffrey Epstein, sous prétexte de shootings photo, depuis l’Europe de l’Est ou l’Amérique latine. D’autres ont indiqué avoir été contraintes à ces relations sexuelles, par leur jeune âge, l’emprise qu’avaient sur elles Jeffrey Epstein ou Jean-Luc Brunel», a expliqué le parquet.
Le diplomate Fabrice Aidan
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a indiqué avoir saisi le 10 février la justice française pour lui «signaler les faits présumés» mettant en cause le diplomate Fabrice Aidan, cité dans les documents déclassifiés. Le parquet de Paris a ouvert une enquête en vue de «recueillir différents éléments susceptibles d’étayer» ce signalement. Jean-Noël Barrot s’est dit mercredi «effaré» et «indigné» par les faits révélés.
Selon les documents consultés par l’AFP, Fabrice Aidan, secrétaire des affaires étrangères principal, a échangé des dizaines de courriels pendant plusieurs années avec Jeffrey Epstein, décédé en prison en 2019. Selon Mediapart et Radio France qui ont révélé l’affaire, il a fait bénéficier Jeffrey Epstein «d’informations diplomatiques, de services ou de ses réseaux à l’international».
Le recruteur de mannequins Daniel Siad
Le 11 février, le parquet de Paris a reçu une plainte déposée par une Suédoise à l’encontre du recruteur de mannequins Daniel Siad. «Elle lui reproche des faits de nature sexuelle qu’elle qualifie de viol et de susceptibles d’avoir été commis en France en 1990», a indiqué le parquet. Cette plainte fait «l’objet d’une analyse au regard des autres éléments portés à la connaissance du parquet de Paris», a-t-il précisé.
Des centaines de courriels et des photos de jeunes femmes repérées dans le monde entier : Daniel Siad apparaît comme un important rabatteur potentiel pour Jeffrey Epstein, selon des documents publics consultés par l’AFP. «Dans ce business je me sens comme un pêcheur. Parfois j’attrape vite, parfois il n’y a pas de poisson», écrit Daniel Siad à Jeffrey Epstein en 2014 à propos des femmes qu’il repère. Interrogé par France 2, il affirme n’avoir pas été «dans la situation où (il pouvait) savoir que ce monsieur (était) dangereux» et assure que le criminel sexuel américain avait «utilisé (sa) confiance».
Le chef d’orchestre Frédéric Chaslin
Le parquet de Paris est en train d’analyser une plainte dont s’est dessaisi le parquet de Thonon-les-Bains déposée à l’encontre du chef d’orchestre Frédéric Chaslin, et portant sur des faits de harcèlement sexuel qui auraient été commis en 2016. Selon des documents déclassifiés, le chef d’orchestre a rencontré Jeffrey Epstein à plusieurs reprises et l’a invité à certains de ses concerts. Dans un courriel de 2013, il mentionne avoir «trouvé une fille formidable» à Paris.
Dans un message sur Facebook, Frédéric Chaslin a dénoncé des «insinuations» : «il m’avait demandé de lui recommander une interprète afin de l’accompagner dans la visite de musées», a-t-il écrit.




