Affalée contre un rocher, Haley écarquille les yeux à travers les boucles écarlates qui tombent sur la peau dorée de son visage, pendulant du regard, incrédule, entre le constant défilé devant elle de casquettes aussi rouges que sa crinière fluo et un drapeau géant, faisant flotter le nom de Donald Trump au-dessus du vaste parc du Bronx où, depuis toute petite, elle a ses habitudes. «C’est pas vrai, glapit-elle, c’est Trump, c’est vraiment Trump, il va vraiment venir ici, chez nous ?» Aussitôt, elle et ses deux copines dégainent leurs téléphones de concert, appelant leurs mères, auxquelles elles livrent la nouvelle, débitée à toute blinde dans un alliage suraigu d’espagnol et d’anglais : «Mama, je vais voir Trump, je vais passer à la télé.» Puis, la dénommée Nana, qui a raccroché la première, lâche, d’une voix grisée : «Mon dieu, c’est quand même incroyable… J’adore Trump ! Je l’ai toujours aimé, il est cool…» Mais en quoi ? Elle ne saurait trop dire. Et comme ses amies, elle ne pourra pas non plus voter pour lui le 5 novembre : lycéennes, elles n’ont que seize ans, et entraient à peine à l’école lorsqu’il devint président. Elles n’ont connu que son monde.
Depuis 2015 et presque une décennie de campagne sans fin, le cirque Trump sillonne le pays marquant de ville en ville




