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«Je n’oublierai jamais la violence de la foule de Blancs» : l’une des dernières survivantes du massacre raciste de Tulsa est morte

Viola Fletcher avait 7 ans en 1921 quand une foule a tué plusieurs dizaines d’Afro-Américains et détruit le quartier noir de la ville de l’Oklahoma. Elle est s’est éteinte lundi, à 111 ans, après avoir porté la mémoire d’un des pires épisodes de la ségrégation.

Viola Fletcher à New York, en 2023. (Mary Altaffer/AP)
Publié le 25/11/2025 à 11h18

Elle avait survécu à l’un des pires déchaînements de violence raciste qu’ont connu les Etats-Unis au début du XXe siècle et aura porté sa mémoire jusqu’au bout. Viola Fletcher, une des dernières survivantes du massacre de Tulsa, est morte à 111 ans, a annoncé le maire de Tulsa, Monroe Nichols, lundi 24 novembre.

«Aujourd’hui, notre ville pleure la disparition de Maman Viola Fletcher, rescapée de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de notre ville, a écrit le démocrate sur X. Fletcher a enduré plus que quiconque ne devrait et pourtant, elle a consacré sa vie à tracer un chemin vers l’avenir avec détermination. Elle a incarné 111 années de vérité, de résilience et de grâce, nous rappelant le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir. Elle n’a jamais cessé de plaider pour la justice pour les survivants et les descendants du massacre racial de Tulsa.»

Vingt-quatre heures de chaos

Le 31 mai 1921, une de blancs s’attaque au quartier afro-américain prospère de Greenwood, alors surnommé le «Wall Street noir», de la ville de Tulsa, en Oklahoma. A l’origine des violences, l’arrestation d’un cireur de chaussures noir accusé d’avoir agressé une jeune femme blanche. Les historiens ont depuis démontré que l’homme n’avait rien fait de plus que de marcher sur son pied.

En dépit de la futilité des faits, des centaines de blancs se rassemblent devant le tribunal où doit être jugé le jeune homme. La tension monte, des coups de feu retentissent et la violence se déchaîne. Les historiens estiment qu’entre 75 et 300 Afro-Américains ont péri dans les violences. Plus de 1 200 bâtiments ont été détruits, les commerces des habitants noirs pillés, brûlés, rasés. Les témoins ont même parlé d’avions larguant des bombes incendiaires. Plusieurs milliers de noirs américains se retrouvent du jour au lendemain sans abri.

Le chaos avait duré vingt-quatre heures, jusqu’à l’arrivée à Tulsa de la Garde nationale, dont l’une des premières mesures fut d’interner dans trois camps les quelque 6 000 rescapés noirs. Selon le rapport officiel d’une commission d’enquête mise en place en 2001 dans l’Oklahoma, les autorités locales avaient elles-mêmes armé certains des émeutiers blancs, en les nommant pour l’occasion «adjoints» de la police.

Aucun blanc n’a jamais été condamné. Les compagnies d’assurances, prétextant qu’il s’agissait d’émeutes, ont refusé d’indemniser les victimes. Et jusqu’au début des années 2000, le massacre est resté absent des programmes scolaires américains.

«Je vois encore des hommes noirs se faire tirer dessus»

«Je revis le massacre tous les jours, avait expliqué en mai 2021 Viola Fletcher, lors de son premier voyage à Washington pour partager ses souvenirs devant une commission de la Chambre des représentants. Je n’oublierai jamais la violence de la foule hargneuse de blancs lorsque nous avons quitté la maison. Je vois encore des hommes noirs se faire tirer dessus et les corps noirs gisant au sol dans la rue. Je sens encore la fumée et je vois le feu. Je vois encore les commerces noirs être incendiés. J’entends encore les avions nous survoler. J’entends les cris.»

Celle qui était âgée de 7 ans au moment du massacre avait alors réclamé une reconnaissance officielle de l’événement par les Etats-Unis. «Nous avons tout perdu ce jour-là, nos maisons, nos églises, nos journaux, nos théâtres, nos vies. Personne ne s’est soucié de nous pendant près de cent ans. Notre histoire a été plongée dans l’oubli», avait encore dénoncé Viola Fletcher devant le Congrès. Un mois plus tard, le président Joe Biden s’était rendu à Tulsa pour «rompre le silence».

Avec la mort de Viola Fletcher, il ne reste plus qu’une seule survivante connue, Lessie Randle, également âgée de 111 ans, selon les médias américains. D’autres pourraient cependant être encore en vie sans s’être fait connaître des autorités.

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