Dimanche 7 décembre, Fernando Nuñez, reporter et directeur du site d’information Kamila TV, a été assassiné à La Libertad, dans le nord du pays. Alors qu’il rentrait en compagnie de son frère d’un reportage dans la province de Pacasmayo, il a été la cible d’hommes armés circulant à moto. Grièvement blessé, le frère a été transporté à l’hôpital. Fernando Nuñez est le troisième professionnel de la presse mort dans ces circonstances cette année. Quelques jours auparavant, Rafael Belaúnde, probable candidat de droite à la présidence du Pérou lors du scrutin du 12 avril, a échappé à une attaque par balles.
La @sip_oficial condena el asesinato del periodista peruano Fernando Núñezhttps://t.co/m201Pmd4xF
— Apevex (@Apevex) December 9, 2025
L’Association nationale des journalistes du Pérou (ANP), dont il était membre, a publié un communiqué exigeant que les autorités privilégient la piste du travail journalistique de Fernando Nuñez comme mobile du crime. «Cet événement met en évidence une escalade intolérable de la violence contre ceux qui exercent le droit d’informer», a dénoncé l’association.
Deux autres journalistes ont été assassinés en 2025 au Pérou : Gastón Medina, à Ica, et Raúl Celis López, à Iquitos. Ces morts posent la question de difficulté d’informer liberté dans le pays. Medina a été abattu le 20 janvier, devant chez lui, après avoir dénoncé des extorsions de gangs criminels envers des conducteurs de bus et des petits commerçants. Quelques mois plus tard, le 7 mai, c’était le tour de Raúl Celis. Il animait une émission quotidienne sur la radio La Karibeña, où il dénonçait la violence criminelle dans la capitale de la région amazonienne.
Irrégularités dans l’achat de camions poubelles
Gastón Medina était propriétaire et directeur de la station locale Cadena Sur TV. Juste avant sa mort, il avait contesté des informations publiées par la municipalité d’Ica concernant des irrégularités dans l’achat de camions poubelles. Il avait promis de révéler d’autres informations lors de son émission suivante. Au moment où il quittait son domicile, un assaillant à moto a tiré sur lui à plusieurs reprises. Dans la même journée, une bombe déposée devant le bureau du procureur avait blessé deux personnes à Trujillo, dans le nord-ouest du pays, une ville considérée comme l’épicentre de l’extorsion.
L’avocat du directeur de la Cadena Sur TV, Wilmer Quispe, a affirmé qu’il «recevait des menaces de mort» devant les journalistes présents à l’hôpital en janvier de cette année. En août, six mois après le meurtre, un suspect a été interpellé au Chili.
Comme les autres journalistes assassinés, Raúl Celis López dénonçait la criminalité dans sa région. Au moment de son décès, il s’intéressait aux prêts informels octroyés par les mafias, aussi connus comme «gota a gota» («goutte à goutte»). En cas de non-remboursement. les emprunteurs sont victimes des méthodes de recouvrement violentes.
Des journalistes «fréquemment victimes d’agressions»
Plusieurs organismes internationaux de protection des journalistes et de la liberté de presse condamnent les assassinats des journalistes au Pérou. La directrice générale de l’Unesco, la Française Audrey Azoulay, a estimé, après la mort de Raúl Celis López : «L’impunité pour de tels crimes ne doit pas être tolérée.»
Le Pérou occupe le 130e rang sur 180 pays dans l’Indice de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières, en chute depuis 2022. Dans son rapport annuel, l’organisme souligne que, malgré la garantie constitutionnelle de la liberté de presse au Pérou, les journalistes sont «fréquemment victimes d’agressions et de harcèlement de la part des forces de l’ordre».
L’ANP a recensé 392 attaques et agressions contre des journalistes au Pérou en 2024, le nombre le plus élevé enregistré au cours du siècle. Des élections générales (présidentielle et législatives) auront lieu le 12 avril 2026.




