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Pendant trois ans et demi, elle est restée dans l’ombre de Joe Biden, de plus de vingt ans son aîné. Vice-présidente fidèle et discrète, elle a notamment été chargée par le président démocrate du périlleux dossier de l’immigration, au cœur des fractures politiques américaines. L’abrogation par la Cour suprême, en 2022, du droit fédéral à l’avortement, lui a valu une nouvelle mission – la défense de l’IVG – et une visibilité accrue. A 59 ans, l’ancienne procureure générale et sénatrice de Californie a été investie candidate du Parti démocrate cet été, après l’abandon de Joe Biden.
Ses origines et sa famille
Née en 1964 à Oakland, en Californie, de deux parents immigrés – un économiste jamaïcain et une scientifique indienne –, Kamala Harris a été principalement élevée par sa mère, Shyamala Gopalan, chercheuse en cancérologie et militante des droits civiques. «Elle était dure, courageuse, une pionnière dans la lutte pour la santé des femmes», a déclaré la candidate au sujet de sa mère lors de la convention démocrate. Kamala Harris se revendique fièrement comme le produit d’une Amérique multiculturelle, élevée dans la culture noire.
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«Ma mère savait que son pays d’adoption verrait Maya [sa sœur] et moi comme des filles noires, et elle était déterminée à faire en sorte que nous devenions des femmes noires confiantes et fières», raconte-t-elle dans son autobiographie. Avant d’intégrer la fac de droit de Californie, Kamala Harris a ainsi étudié les sciences politiques et l’économie à la Howard University de Washington, surnommée la «Harvard noire». En 2014, alors procureure générale de Californie, elle épouse l’avocat Douglas Emhoff, père de deux enfants d’un premier mariage, Cole et Ella, dont elle devient la belle-mère et qui la surnomment «Momala». A la grand-messe démocrate de Chicago, ils ont célébré leur «grande et belle famille recomposée».
Son parcours politique
Au fil de sa carrière, entamée dans les tribunaux de Californie, où elle s’est forgé une réputation de procureure implacable, Kamala Harris a souvent été pionnière. Première femme procureure de San Francisco en 2003, première femme procureure générale de Californie en 2017, première femme noire élue sénatrice de l’Etat le plus peuplé du pays en 2017. Novice au Congrès, elle gagne rapidement en notoriété, notamment en mettant sur le gril les premiers juges nommés par Donald Trump à la Cour suprême, dont Brett Kavanaugh, accusé d’agression sexuelle.
Dès 2019, elle se lance dans la course aux primaires démocrates pour la présidentielle de 2020. Malgré des sondages initiaux favorables et un premier débat où elle s’en prend à Joe Biden, elle est contrainte de jeter l’éponge avant même le premier scrutin, faute de financements. L’élection de Joe Biden, qui l’a choisie comme colistière, fait d’elle la première vice-présidente des Etats-Unis. «Je ne serai pas la dernière : chaque petite fille qui nous regarde ce soir voit que c’est un pays de possibilités», lance-t-elle au soir de la victoire, vêtue d’un tailleur blanc ivoire, la couleur du mouvement des suffragettes.
A la Maison Blanche, Joe Biden lui confie le périlleux dossier de l’immigration. Un angle d’attaque pour les républicains alors que les Etats-Unis ont connu ces dernières années des flux migratoires illégaux records. Plus récemment, Kamala Harris a mené une tournée nationale sur la défense des droits reproductifs et du droit à l’avortement, restreint par la Cour suprême et dans le viseur du Parti républicain.
Son colistier
Elle a hésité à choisir Josh Shapiro, le gouverneur adulé de Pennsylvanie, «swing state» indispensable à la victoire. Mais le choix de Kamala Harris s’est finalement porté sur Tim Walz, gouverneur du Minnesota depuis 2018 après avoir représenté pendant douze ans au Congrès l’un des districts les plus conservateurs de cet Etat du Midwest. Avant de se lancer en politique, Tim Walz a été membre de la Garde nationale, prof de géographie et coach de football américain, adulé pour avoir mené l’équipe de son lycée au premier rang de l’Etat. Sexagénaire aux sourcils blancs broussailleux et au crâne dégarni, Tim Walz offre à Kamala Harris, cible d’attaques racistes et accusée d’être une «élitiste» de la côte ouest, la caution du bon sens rural et une ligne directe vers l’électorat blanc de l’intérieur du pays.
Ses promesses
Il a fallu attendre le dimanche soir à l’avant-veille du débat pour voir apparaître, in extremis, sur le site officiel de la campagne Harris, une première liste de mesures concrètes. Avant cela, ses discours, ses (rares) interviews et les feuilles de route thématiques envoyées par son équipe avaient ébauché ses priorités. L’accent, sans surprise, est mis sur l’économie, le social et la vie quotidienne des Américains, empoisonnée au cours du mandat Biden par une inflation record. Parmi les propositions les plus marquantes de la candidate Harris, on trouve notamment l’effacement de la dette médicale pour des millions d’Américains, la volonté de contrôler les prix alimentaires abusifs, le plafonnement des coûts des médicaments ainsi que des aides aux ménages pour l’accession à la propriété et un crédit d’impôts pour les familles avec enfants. «Donald Trump se bat pour les milliardaires et les grandes entreprises. Moi, je me battrai pour rendre de l’argent aux familles des classes moyennes et populaires», a-t-elle promis mi-août en Caroline du Nord. Avec sa nuance habituelle, son rival républicain a dénoncé un programme «communiste» qui provoquera «famine, disette et pauvreté» aux Etats-Unis.
Ce qu’elle dit de Donald Trump
Avec l’abandon de Joe Biden, ce n’est pas seulement le nom qui a changé sur le «ticket» démocrate, mais toute une stratégie de communication politique. Sur les réseaux sociaux, dans ses communiqués ou ses clips de campagne, la campagne de la démocrate se fait beaucoup plus incisive voire agressive, ironique et moqueuse. Là où Biden insistait de manière solennelle sur la menace de Donald Trump sur la démocratie, Kamala Harris met l’accent sur la personnalité, l’âge et les outrances de l’ex-président républicain. Avec un angle d’attaque tout trouvé aux airs de titre de film : la «procureure» contre le «criminel». «Je me suis attaquée à toutes sortes d’agresseurs : des prédateurs qui abusaient des femmes. Des fraudeurs qui escroquaient les consommateurs. Des tricheurs qui enfreignaient les règles pour leur propre compte. Alors faites-moi confiance quand je dis que je vois bien le genre de gars qu’est Donald Trump», martelait-elle fin juillet.




