La tentaculaire affaire Epstein prend des airs de tonneau sans fond. La publication au compte-goutte, par le département de la Justice américain, de documents écrits, de vidéos et d’images au cours des derniers mois, renverse sur son passage une grande partie de l’élite mondiale, après des années de démentis. La vague a atteint son apogée avec la publication, vendredi 30 janvier, de trois millions de pages de documents liées au scandale américain. Dans certains cas, les nouveaux documents ont permis de mieux comprendre les liens entretenus avec des associés du criminel sexuel déjà rendus publics (Elon Musk, le prince Andrew...). Mais dans d’autres, ces révélations ont mis au jour des relations camouflées pendant de nombreuses années. Libération fait le point sur les dernières personnalités éclaboussées.
La princesse Mette-Marit, future reine de Norvège
Le nom de cette princesse, épouse du prince héritier Haakon, apparaît au moins un millier de fois dans les pages révélées ce vendredi 30 janvier, d’après le journal norvégien Verdens Gang. Les échanges de Mette-Marit qui attestent de sa complicité avec Jeffrey Epstein auraient eu lieu entre 2011 et 2014. En 2012, alors que le délinquant sexuel dit être à Paris «en quête d’une épouse», elle lui répond que la capitale française est «bien pour l’adultère» mais que «les Scandinaves [font] de meilleures femmes».
A la suite des révélations de ces remarques teintées de sexisme, la future reine de Norvège a admis avoir «commis une erreur de jugement». «Je regrette profondément avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement embarrassant», a-t-elle déclaré dans un communiqué publié par le palais royal. La diffusion de ces liens étroits survient à un moment délicat pour la famille royale. Le procès de Marius Borg Høiby, fils de Mette-Marit, accusé de viol, doit débuter ce mardi. Il est né d’une relation antérieure à son mariage avec le prince héritier Haakon, rapporte The Guardian.
Le président du comité des JO de Los Angeles 2028, Casey Wasserman
Des courriels compromettants échangés entre le magnat d’Hollywood qui doit diriger les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles ont éclaté au grand jour dans l’amas de documents diffusés par le ministère de la Justice américain.
Les documents en question sont des échanges d’emails en 2003 entre Casey Wasserman et Ghislaine Maxwell, qui purge actuellement une peine de 20 ans de prison pour avoir incité des dizaines de filles et femmes à se livrer aux pulsions sexuelles d’Epstein. «Je regrette profondément ma correspondance avec Ghislaine Maxwell, qui a eu lieu il y a plus de 20 ans, bien avant que ses crimes horribles ne soient révélés au grand jour», a déclaré le futur président du comité des JO de Los Angeles, dans un communiqué.
Le conseiller du Premier ministre slovaque, Miroslav Lajčák
Le Premier ministre slovaque Robert Fico a annoncé samedi sur Facebook avoir accepté la démission de son conseiller, l’ancien ministre des Affaires étrangères Miroslav Lajčák, pour ses possibles échanges avec le criminel sexuel américain. «J’accepte son offre de mettre fin à notre collaboration, même si nous perdons tous, pas seulement moi, une source incroyable d’expérience et de connaissances en politique étrangère», a déclaré le chef du gouvernement nationaliste dans une vidéo.
D’après un échange de SMS consulté par la BBC, datant de 2018, Jeffrey Epstein promettait des femmes à Miroslav Lajčák, alors chef de la diplomatie slovaque, dans une discussion au ton léger. Robert Fico juge que son conseiller s’est montré «grand diplomate» en démissionnant.
L’ex-ambassadeur britannique, Peter Mandelson
L’ancien ambassadeur britannique aux Etats-Unis, limogé pour ses liens avec Jeffrey Epstein mis au jour par la nouvelle fournée de documents, a quitté dimanche soir le parti travailliste britannique, dont il était une figure historique. Selon les documents, Peter Mandelson aurait à plusieurs reprises reçu de l’argent d’Epstein au début des années 2000. Dans une lettre adressée à Hollie Ridley, secrétaire générale du Labour, le principal intéressé se défend de ces accusations, «Des allégations que je crois fausses, selon lesquelles [Epstein] m’aurait versé de l’argent il y a vingt ans - et dont je n’ai ni trace, ni souvenir, nécessitent une enquête de ma part», a-t-il écrit.
Le même homme apparaît également sur de nouvelles photos non datées, en tee-shirt et caleçon à côté d’une femme non identifiée, portant un peignoir. Il a affirmé dimanche matin ne «pas parvenir à situer le lieu, ni à identifier la femme».
La pression monte sur le prince déchu Andrew
Alors que le Premier ministre britannique, Keir Starmer l’avait déjà appelé à témoigner aux Etats-Unis à propos des crimes du financier américain, la pression monte encore d’un cran sur le prince déchu Andrew, avec la publication de nouvelles photos qui le montrent à quatre pattes au-dessus d’une femme allongée. L’avocat américain représentant cette femme, Brad Edwards, a affirmé samedi soir au média britannique que la relation présumée avait eu lieu en 2010, dans la résidence de l’ex-prince située dans le domaine de Windsor, à l’ouest de Londres, alors que sa cliente était âgée d’une vingtaine d’années.
Cette nouvelle accusation intervient plus de dix ans après celle de Virginia Giuffre, principale plaignante de l’affaire Epstein, qui s’est suicidée en avril 2025. Accusé d’avoir monté un vaste réseau d’exploitation sexuelle de jeunes filles mineures, Jeffrey Epstein s’est suicidé en prison en août 2019 selon les autorités, avant son jugement.
Ex-femme d’Andrew, Sarah Ferguson est également dans le viseur, puisque parmi les documents figurent un mail compromettant pour elle. Dans cet échange, elle affirme notamment que Jeffrey Epstein est «le frère» dont elle a «toujours rêvé».




