Le 10 octobre, le comité Nobel norvégien a distingué María Corina Machado pour ses efforts «en faveur d’une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie». Elle est censée recevoir son prix Nobel de la paix à Oslo, en Norvège, le 10 décembre. Mais celle que l’on surnomme la «libératrice» vit aujourd’hui dans la clandestinité, dans un Venezuela qu’elle a refusé de quitter, dirigé par le président chaviste Nicolás Maduro depuis 2013 et réélu en 2024 dans un scrutin considéré comme usurpé pour de nombreux pays. Le procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, a en outre affirmé jeudi qu’elle serait considérée comme «fugitive» si elle quittait le pays pour recevoir son prix.
«En étant hors du Venezuela et faisant l’objet de nombreuses enquêtes pénales, elle est considérée comme fugitive», a-t-il déclaré, avant de préciser que María Corina Machado est accusée par la justice vénézuélienne d’«actes de conspiration, d’incitation à la haine et de terrorisme».
Lutte contre le régime chaviste
María Corina Machado est entrée en politique au début des années 2000, avec la création de Súmate, un groupe de défense des droits des électeurs qui a mené une tentative infructueuse pour destituer Hugo Chávez, élu démocratiquement. La femme de 58 ans a ensuite vu sa notoriété exploser lors des primaires de l’opposition en octobre 2023, recueillant plus de 90 % des voix lors d’une démonstration de force avec 3 millions de votants. Sans relâche, elle a fait de la lutte contre le régime chaviste la cause de sa vie. Mais elle a été empêchée de se présenter aux élections de 2024 en raison – selon le gouvernement –, d’irrégularités financières lorsqu’elle était députée. Nicolás Maduro est sorti vainqueur de ces élections lui accordant un troisième mandat de six ans. Les Etats-Unis ainsi qu’une grande partie de la communauté internationale n’ont pas reconnu ce résultat et María Corina Machado a crié au vol des élections.
Profil
Depuis cette élection présidentielle de juillet 2024, l’opposante vit dans la clandestinité, menacée de persécution et d’arrestation par le régime. En septembre 2024, elle avait expliqué vivre parfois «des semaines sans contact humain», déclarant : «Je suis là où je me sens le plus utile pour la lutte. Si quelque chose m’arrive, la consigne est très claire […], personne ne négociera la liberté du Venezuela contre ma liberté.»
Une figure controversée
Le 10 octobre, l’obtention de ce Nobel a interrogé les médias. Si cette récompense vient couronner une lutte courageuse contre le gouvernement autoritaire de Nicolás Maduro, le profil de la lauréate semble – en raison de nombreuses prises de position – leur semble peu compatible avec l’obtention d’un Nobel de la paix. Le média The Conversation la qualifie davantage de «militante opposée à la dictature de son pays que d’une pacifiste».
En cause : son soutien à la tentative de coup d’Etat d’avril 2002 contre Hugo Chávez, alors démocratiquement élu. Ses remerciements publics à Donald Trump pour ses méthodes criminelles contre les cartels de la drogue dans les Caraïbes, à qui elle a par ailleurs dédié sur X son prestigieux prix «aujourd’hui plus que jamais, nous comptons sur le président Trump […] Je dédie ce prix au peuple vénézuélien et au président Trump pour son soutien décisif à notre cause». Ou encore ses félicitations répétées à Benyamin Nétanyahou – visé par un mandat d’arrêt pour «crimes contre l’humanité et crimes de guerre» – pour ses «décisions et actions au cours de la guerre».
María Corina Machado a déjà été distinguée par plusieurs prix, celui des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en septembre 2024, ainsi que le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit du Parlement européen en octobre 2024. Mais aucune de ces récompenses n’a eu d’impact sur les conditions de clandestinité dans lesquelles elle vit depuis juillet 2024.
Malgré les risques encourus, le président du Panama, José Raúl Mulino, a annoncé jeudi 20 novembre qu’il se rendrait dans la capitale norvégienne en décembre pour accompagner la lauréate, apporte le quotidien vénézuélien El Nacional, «une guerrière de la démocratie et de la liberté».




