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Libération
«Un mythe nuisible»

La première agence sanitaire américaine promeut la fausse théorie selon laquelle la vaccination favorise l’autisme

Cette inexactitude scientifique est désormais relayée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Médecins et experts américains dénoncent une théorie du complot défendue par Robert Kennedy Jr.

Robert Kennedy Jr dans le bureau ovale, le 16 octobre 2025. (Kevin Dietsch/Getty Images.AFP)
Publié le 20/11/2025 à 21h48

Se faire vacciner favoriserait l’autisme. C’est désormais la théorie fumeuse mais bien officielle partagée ce jeudi par la principale agence sanitaire des Etats-Unis. Un virage idéologique à 180 degrés qui vient se calquer directement sur les pensées complotistes de Robert Kennedy Jr, ministre de la Santé plus que controversé de Donald Trump.

Dans une mise à jour de son site internet survenue dans la soirée de mercredi, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont radicalement changé leur réponse concernant les rumeurs autour d’un lien éventuel entre les vaccinations infantiles et le trouble du neurodéveloppement du spectre de l’autisme.

Jusqu’ici, l’agence américaine rappelait que nombre d’études ont «démontré qu’il n’existe aucun lien entre la vaccination et le développement d’un trouble du spectre autistique», une conclusion identique à celle des plus grandes instances sanitaires et scientifiques américaines ou mondiales comme l’OMS.

C’était sans compter sur cette révision drastique promulguée depuis ce jeudi matin. Le texte en question a été remanié et son contenu en grande partie remplacé par des éléments de langage chers à Robert Kennedy Jr.

Cela fait des années que ce dernier s’est fait le porte-voix des théories complotistes sur le Covid-19, pour finalement devenir le héraut des «antivax» américains. Désormais, l’agence, aux ordres du ministère de la Santé, stipule que son précédent démenti n’était «pas fondé sur des preuves» et va même jusqu’à accuser les autorités sanitaires d’avoir ignoré les études soutenant un tel lien.

«Ne faites pas confiance à cette agence», alertent des experts et médecins

Une réécriture qui fait fi des recherches menées depuis années qui ont pourtant démontré qu’il n’existait aucun lien de causalité entre les vaccinations et l’autisme ou d’autres troubles du développement neurologique. La fausse théorie liant le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) à l’autisme trouve son origine dans une étude truquée publiée en 1998, retirée depuis, et dont les résultats ont été maintes fois démentis par des travaux postérieurs. Mais la théorie a fait son chemin, jusqu’à être défendue aujourd’hui au plus haut sommet de l’Etat américain.

Cette dernière communication en date de l’agence sanitaire a provoqué l’ire des médecins et experts du pays. Face au tollé provoqué par cette réécriture officielle, des associations de soignants et de chercheurs ainsi que d’anciens employés des divers CDC ont dénoncé les mensonges partagés par l’instance. «Ne faites pas confiance à cette agence», a ainsi martelé sur X Demetre Daskalakis, un ancien haut fonctionnaire des CDC ayant démissionné à l’été en dénonçant l’instrumentalisation politique croissante de l’agence.

«Plus de 40 études de grande qualité» ont été menées depuis 1998 «sur plus de 5,6 millions de personnes», a fait savoir Susan Kressly, présidente de l’Académie américaine de pédiatrie dans un communiqué. Et d’insister : «la conclusion est claire et sans ambiguïté : il n’existe aucun lien entre les vaccins et l’autisme. Quiconque répète ce mythe nuisible est mal informé ou cherche intentionnellement à induire les parents en erreur».

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