Menu
Libération
Billet

L’administration Trump éradique la police Calibri : sans-serif, fais-moi peur

Réservé aux abonnés

Derrière son apparence anecdoctique, le choix de passer au Times New Roman pour sa communication officielle est une décision éminemment politique. Et, aux Etats-Unis, une arme dans la bataille culturelle contre le «wokisme».

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, jeudi 11 décembre à Washington. (Alex Brandon/AP)
Publié le 12/12/2025 à 16h52

Si vous lisez ces mots, sachez qu’ils sont composés en Tiempos. Une police de caractères serif au design plutôt classique. Et comme son nom l’indique, elle est une proche parente du Times New Roman, que vous connaissez sans doute.

Serif ? Ça veut dire qu’elle a des empattements, des petites extensions à chaque extrémité des caractères. On ne connaît pas bien l’origine des empattements, sans doute une survivance de la trace laissée par la plume lorsque la main s’élève après avoir achevé de tracer le caractère. C’est chic, une petite ornementation en somme. Un petit bijou discret posé au bout de chaque lettre.

Le serif, c’est sérieux, c’est élégant, c’est la tradition. Le sans-serif (ou typographie dite «bâton»), c’est simple, c’est clair, c’est la modernité. Quand on ouvre un Google Docs, par défaut, on écrit en Arial. Pas d’empattements, c’est pratique, efficace. Si vous utilisez la suite Microsoft, votre document Word sera en Calibri, une sans-serif que la firme de Bill Gates a adoptée par défaut en 2007… à la place du Times.

«Rétablir décorum et professionnalisme»

Times ou Calibri, le débat n’est évidemment pas qu’esthétique. Il est aussi éminemment politique. Le choix d’une police de caractères est un langage silencieux ; à lui seul, il fait déjà passer un message. Une police peut crier (et pas simplement en utilisant des majuscules) ou chuchoter, peut être agressive ou réconfortante, peut être servicielle ou excluante. A chaque fois qu’on choisit d’utiliser celle-ci plutôt que celle-là, on induit une partie de l’

Dans la même rubrique