«Nous avons besoin de beaucoup plus de résistance.» En marge du Forum économique mondial (WEF) de Davos, dans les Alpes suisses, c’est une secrétaire générale d’Amnesty International remontée qui s’est exprimée auprès de l’AFP. Agnès Callamard exhorte les gouvernements à faire preuve de davantage de «courage» et à savoir «dire non» : «Qu’ils arrêtent de croire qu’on peut négocier avec des tyrans, qu’ils cessent de penser qu’on peut accepter les règles des prédateurs sans devenir soi-même leur victime. Ça doit cesser».
En ligne de mire, la politique d’«apaisement» suivie par les dirigeants européens depuis un an vis-à-vis de Donald Trump ou encore des guerres à Gaza et en Ukraine. Une stratégie qui ne «fonctionne tout simplement pas», selon Agnès Callamard, alors que le chancelier allemand ou le président finlandais ont chacun appelé le président américain à la désescalade. Elle le répète : «Nous avons cherché à apaiser le tyran, le prédateur qui vit à Washington, D.C. Où cela nous a-t-il menés ? A toujours plus d’attaques. A toujours plus de menaces.» Et plus récemment, une lettre incendiaire où Donald Trump assume «ne plus penser uniquement à la paix», se justifiant par son échec au prix Nobel de la paix. Pour elle, il est désormais nécessaire de changer d’approche : «La crédibilité de l’Europe est en jeu.»
Ses recommandations interviennent après que le président américain Donald Trump a réaffirmé dimanche que les Etats-Unis s’empareraient du Groenland «d’une manière ou d’une autre». Les Américains n’ont montré aucun signe d’apaisement depuis envers les Européens, les avertissant qu’il «serait très mal avisé» de répondre aux menaces de surtaxes douanières brandies par Trump tant que le Groenland, un territoire autonome danois, ne sera pas aux mains des Etats-Unis.
«L’effondrement de nombreuses règles dans le monde»
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche il y a un an, celui-ci a pris «toute une série de décisions qui ont conduit à l’effondrement de nombreuses règles dans le monde», tandis que la Russie détruit le système en «agressant l’Ukraine», alerte encore la cheffe d’Amnesty International. Le fait que l’ordre mondial bâti après la Deuxième Guerre mondiale «soit aujourd’hui détruit sans aucun plan B, juste pour le plaisir de détruire les règles, devrait tous nous donner des frissons.»
Analyse
Ces derniers mois, les puissances européennes ont manœuvré sur une fine ligne de crête à propos de l’Ukraine, s’en remettant à Washington pour tenter d’aider à régler le conflit tout en s’opposant aux conditions proposées par la Maison Blanche, trop favorables à Moscou. L’ordre d’après-guerre «est également en train d’être détruit par Israël, qui a totalement ignoré le droit international avec le génocide des Palestiniens à Gaza», martèle Agnès Callamard, que l’organisation, avec d’autres, a accusé à plusieurs reprises de perpétrer un génocide dans la bande de Gaza. Israël rejette avec force ces accusations, qu’il qualifie de «mensongères» et «antisémites».
«Nous avons cherché à apaiser le tyran»
La responsable estime que le forum, grâce à l’accent mis cette année sur le dialogue, «permet de prendre conscience qu’une telle destruction ne peut que conduire le monde à sombrer dans l’abîme, ce sera formidable». Mais l’espoir demeure mince à ses yeux, au regard de l’absence de «preuve de dialogue» entre les «décideurs» mondiaux. Bien au contraire : «Il y a des preuves d’intimidation. Il y a des preuves de destruction. Il y a des preuves que des pays utilisent leur puissance militaire, leur puissance économique, pour contraindre d’autres à accepter» leurs actes «unilatéraux».
Rappelant que l’objectif de l’Europe n’est pas qu’économique mais porte aussi sur des valeurs et le respect de l’Etat de droit, Agnès Callamard dit aussi espérer que les dirigeants «verront dans les défis actuels un moyen de réaffirmer le projet européen». Les discussions de jeudi au sommet de l’UE convoqué en urgence pour coordonner une riposte aux menaces de Donald Trump sur le Groenland devraient apporter un début de réponse.




