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Justice

Le journaliste guatémaltèque José Rubén Zamora libéré de prison et assigné à résidence

José Rubén Zamora, fondateur du journal El Periódico, a été persécuté pour avoir révélé des scandales de corruption sous le précédent gouvernement de droite du président Giammattei. Un juge a ordonné vendredi 18 octobre la fin de sa détention provisoire.
Le journaliste emprisonné Jose Ruben Zamora Marroquin, fondateur et président du journal El Periodico, quitte le tribunal après la décision du juge qui l'assigne à résidence, le 18 octobre 2024. (Josue Decavele/REUTERS)
publié le 19 octobre 2024 à 10h56
(mis à jour le 19 octobre 2024 à 14h47)

Il va enfin pouvoir sortir du centre pénitentiaire Mariscal-Zavala, en périphérie de la capitale Guatemala, et de sa minuscule cellule en béton dans laquelle il tourne comme un lion en cage depuis plus de deux ans. Un juge de la ville a ordonné vendredi la fin de la détention provisoire et le placement aux arrêts domiciliaires de José Rubén Zamora, fondateur du journal El Periódico et critique du précédent gouvernement de droite d’Alejandro Giammattei (2020-2024).

A l’issue de huit heures d’audience, le juge Erick Garcia a estimé que la durée de la détention provisoire «a dépassé les limites» et devait être remplacée par l’assignation à résidence. Le parquet va toutefois faire appel de la décision du tribunal car le risque de fuite du journaliste à l’étranger demeure, a toutefois indiqué à l’AFP le procureur Rafael Curruchiche.

«Zamora rentre chez lui. La justice commence à être rendue. Un chapitre sombre va s’achever», a réagi l’actuel président guatémaltèque Bernado Arévalo sur le réseau social X, après l’annonce de la décision du juge. L’association Reporters sans frontières (RSF) de son côté a fait part sur X de son «immense soulagement» : «Le calvaire de Jose Rubén Zamora au Guatemala touche à sa fin». «Mais l’assignation à résidence est une autre forme de détention», a estimé l’association appelant à nouveau à sa «libération totale et inconditionnelle».

Une détention considérée comme «arbitraire»

José Rubén Zamora, 68 ans, était incarcéré en prison depuis le 29 juillet 2022 pour des accusations de blanchiment d’argent, chantage et obstruction à la justice. Puis quelques mois plus tard, en juin 2023, le journaliste avait été condamné à six ans de prison, avant que le jugement soit annulé en appel. Il avait cependant été maintenu en détention pour une autre affaire soutenue par la procureure générale Consuelo Porras, considérée comme «corrompue» par les États-Unis et l’Union européenne.

Une affaire «liée à son travail comme journaliste d’investigation et anticorruption», avait alors souligné le groupe d’experts des procédures spéciales des Nations unies. Amnesty International dénonçait aussi une «détention arbitraire» et des «poursuites pénales infondées». Son véritable tort : avoir révélé des scandales de corruption impliquant le président Alejandro Giammattei (2016-2020) et avoir critiqué la procureure générale.

Son incarcération avait alors été condamnée par les Etats-Unis, l’ONU, Amnesty International et même par l’actuel président du Guatemala, Bernardo Arévalo. Il avait qualifié «d’abus de pouvoir» les poursuites engagées par le parquet contre le journaliste.

Grâce à la médiatisation de son cas, le fondateur d’El Periódico – contraint à la fermeture en 2023 – a été nommé «prisonnier de conscience» par Amnesty le 1er août 2024 et en juin, il a reçu la reconnaissance et l’excellence du prestigieux prix de journalisme latino-américain Gabriel-García-Marquez.

Mise à jour : à 13 h 41 avec la réaction du président guatémaltèque et de RSF.