Les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis sont reparties à la hausse en 2025, entraînées par un hiver particulièrement rude et l’essor de l’intelligence artificielle, sans même que la politique pro-pétrole de Donald Trump n’ait encore produit ses effets.
L’augmentation des gaz à effets de serre des Etats-Unis, de l’ordre de 2,4 % sur un an, tranche avec les deux précédentes années qui avaient vu une baisse des émissions de la première économie et deuxième pollueur mondial, selon les estimations publiées ce mardi 13 janvier du Rhodium Group, un centre de réflexion et d’analyse américain.
Analyse
L’empreinte carbone américaine s’est alourdie principalement à cause des secteurs du bâtiment et de l’énergie, avec respectivement + 6,8 % et + 3,8 % d’émissions. De telles fluctuations sont liées à «une consommation de combustible plus élevée pour le chauffage» en raison de basses températures l’hiver, explique Michael Gaffney, coauteur du rapport. «Mais dans le secteur de l’électricité, cela s’explique par la demande croissante des centres de données, des opérations de minage de cryptomonnaies et d’autres gros consommateurs d’énergie» liés aux nouvelles technologies, et notamment à l’IA, poursuit-il.
Aggravant la situation, les prix élevés du gaz naturel, dus à la demande en chauffage et aux exportations de gaz naturel liquéfié (GNL), ont incité à un retour très fort du charbon, le combustible fossile le plus nocif pour l’atmosphère. La production d’électricité des centrales à charbon a augmenté de 13 % l’an dernier aux Etats-Unis.
Néanmoins, le solaire a lui aussi connu une bonne année, bondissant de 34 %, ce qui a contribué à porter la production d’électricité liée aux énergies bas carbone à 42 %, un niveau record. Quant au secteur des transports, le plus polluant, ses émissions sont restées relativement stables.
«Progrès soutenu»
Les Etats-Unis sont le deuxième plus grand émetteur mondial de gaz réchauffant l’atmosphère (CO2, méthane…), après la Chine, et restent le plus grand pollueur historique. Les rejets américains ont baissé en moyenne de 1 % par an depuis leur pic en 2007, une tendance liée au remplacement du charbon par le gaz naturel, à la part croissante des énergies renouvelables et à l’amélioration de l’efficacité énergétique.
Mais depuis le retour au pouvoir de Donald Trump il y a un an, Washington tente de bloquer ou d’annuler des projets solaires et éoliens, et a révoqué des incitations fiscales à l’achat de véhicules électriques, tout en aidant les groupes pétroliers. Selon Ben King, autre coauteur du Rhodium Group, les bons chiffres du solaire et des ventes de véhicules électriques témoignent néanmoins d’«un progrès soutenu». «Le solaire, l’éolien, les batteries, sont parmi les options les moins chères» et «les plus disponibles», relève-t-il. «Il y a donc une certaine impulsion économique à le faire, que la Maison Blanche, le Congrès ou qui que ce soit l’apprécie ou non».
Analyse
La tendance à moyen et long terme reste toutefois incertaine, et les Etats-Unis semblent loin de pouvoir atteindre l’objectif de réduction de 50 à 52 % de leurs émissions d’ici 2035 par rapport à 2005, fixé sous l’ancien président démocrate Joe Biden.
Le Rhodium Group réalise ces estimations annuelles en combinant des données officielles préliminaires et en les complétant par une modélisation fondée sur des données économiques et de production d’électricité. Mais avec l’arrêt attendu de la collecte de certaines de ces données par l’administration Trump, les prévisions futures devraient devenir de plus en plus difficiles à établir.
Le climat globalement oublié ?
A travers le monde, la lutte contre le réchauffement climatique ralentit depuis deux ans, faute d’investissements suffisants dans les technologies bas carbone et malgré les effets très tangibles de la hausse des températures. Selon les climatologues, l’année 2025 devrait être la troisième plus chaude jamais enregistrée sur Terre.
En Europe, les émissions de pays comme la France et l’Allemagne continuent de baisser, mais bien moins vite que les années précédentes, selon des estimations publiées depuis le début de l’année, notamment ce mardi en France. Aux Etats-Unis, après l’effondrement économique lié au Covid, les émissions étaient remontées avant de rebaisser en 2023 et 2024.




