C’est une nouvelle hécatombe pour la diplomatie climatique et la lutte contre le réchauffement du climat. Donald Trump a signé mercredi 7 janvier un décret ordonnant le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales qui «ne servent plus les intérêts américains», a annoncé la Maison Blanche dans un message sur X. Parmi elles, 31 sont liées aux Nations unies, dont la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un traité fondateur de tous les autres accords climatiques internationaux, ou encore le comité scientifique de référence sur le climat, le Giec.
Conclu en 1992 lors du sommet de la Terre de Rio, le CCNUCC a donné naissance à toutes les autres COP qui ont suivi, et donc aux grandes victoires climatiques, comme l’accord de Paris signé en 2015 – que Donald Trump a également quitté lors de son retour à la Maison Blanche, il y a un an. Après cette décision de Donald Trump, le chef de l’ONU climat, Simon Stiell, a regretté un «colossal but contre son camp qui laissera les Etats-Unis moins sûrs et moins prospères».
Un retrait «illégal»
Ce retrait supplémentaire est donc «un coup majeur pour l’action climatique mondiale, fracturant le consensus durement gagné et posant le plus grand défi aux efforts climatiques depuis l’adoption de l’accord de Paris», a déclaré à l’AFP l’analyste Li Shuo, de l’Asia Society Policy Institute. C’est «un nouveau signe que cette administration autoritaire et anti-science est déterminée à sacrifier le bien-être de la population et à déstabiliser la coopération internationale», a également déploré Rachel Cleetus, de l’organisation Union of Concerned Scientists.
Le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, a également réagi ce jeudi sur cette décision de Donald Trump. «La CCNUCC est le pilier de l’action mondiale en faveur du climat. Elle rassemble les pays pour soutenir l’action climatique, réduire les émissions, s’adapter au changement climatique et suivre les progrès accomplis», rappelle-t-il. «La décision prise par la première économie mondiale et le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre de se retirer de cette convention est regrettable et malheureuse», a écrit le dirigeant sur le réseau LinkedIn.
Cette annonce pourrait également représenter un défi juridique, alors que la Constitution américaine, qui permet au président de rejoindre un traité après un vote de deux-tiers des sénateurs, ne dit rien sur sa sortie. «Sortir de la CCNUCC est radicalement différent» de l’accord de Paris, estime Jean Su, avocate pour le Centre de la diversité biologique. «Nous estimons qu’il est illégal pour le président de sortir unilatéralement d’un traité qui requiert un vote de deux-tiers du Sénat», a-t-elle indiqué à l’AFP, évoquant des «options légales» pour le prouver.
Récit
Le décret ordonne également le retrait des Etats-Unis du comité d’experts scientifiques de l’ONU sur le climat (Giec), la référence en matière de science climatique, ainsi que d’autres organisations liées à la protection de la planète, comme l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, l’Union internationale pour la conservation de la nature, ou encore ONU-Eau.
En septembre, depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump avait provoqué de vives réactions en s’en prenant sans détour à la science climatique, qualifiant le réchauffement de «plus grande arnaque de notre histoire» et faisant l’éloge du charbon «propre et magnifique».
«Idéologie progressiste»
Le climat n’est pas la seule cible de l’administration Trump qui s’en prend aux objectifs de développements durables (ODD) adoptés par les Etats membres de l’ONU en 2015 et destinés à construire un avenir meilleur pour l’humanité d’ici 2030. Entre autres : l’égalité femme-homme. Le décret publié mercredi ordonne ainsi la sortie des Etats-Unis du Fonds des Nations unies pour la population, spécialisé dans la santé de la mère et de l’enfant, mais aussi d’ONU-Femmes. Egalement sur la liste, l’agence de l’ONU pour le Commerce et le Développement (Cnuced).
Dans un communiqué, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a accusé les organisations visées de promouvoir une «idéologie progressiste», dénonçant notamment «les campagnes pour “l’égalité de genre” et l’orthodoxie climatique». Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump met en œuvre sa vision de «l’Amérique d’abord».
En plus de l’accord de Paris, il a notamment décidé de retirer à nouveau les Etats-Unis de l’Unesco (organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Il a en outre claqué la porte de l’Organisation mondiale de la santé, un retrait qu’il avait annoncé dès janvier 2025. Le président républicain a également largement coupé l’aide américaine à l’étranger, amputant les budgets de nombreuses agences onusiennes forcées de réduire leurs activités sur le terrain, comme le Haut-commissariat aux réfugiés ou le Programme alimentaire mondial.




