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Libération
Blocus du Venezuela

Les Etats-Unis interceptent un pétrolier battant pavillon russe, Moscou les accuse d’accentuer les tensions

L’armée américaine a mené mercredi une opération - dont la légalité interroge - dans l’Atlantique nord contre un navire qui aurait servi à transporter du pétrole vénézuélien.

Le «Bella 1», en mars 2025. (Hakon Rimmereid/REUTERS)
Publié le 07/01/2026 à 14h48, mis à jour le 08/01/2026 à 13h56

La réaction de Moscou a fusé ce jeudi 8 janvier, au lendemain de l’interception d’un pétrolier battant pavillon russe par les Etats-Unis. La Russie les accuse d’attiser des «tensions militaires et politiques» : «Le fait que Washington soit disposé à susciter de graves crises internationales est regrettable et alarmant», a pointé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. La diplomatie russe dénonce des agissements «dangereux et irresponsables» des Américains et la complicité de Londres dans la saisie de ce pétrolier. De quoi, selon lui, abîmer davantage «des relations russo-américaines déjà extrêmement tendues».

Des forces armées américaines ont intercepté mercredi dans l’Atlantique nord un pétrolier battant pavillon russe, poursuivi depuis plusieurs jours par Washington. Désormais appelé Marinera, mais auparavant connu sous le nom de Bella 1, le navire avait franchi le blocus maritime américain imposé au large du Venezuela aux pétroliers sous sanctions.

Sur X, le Commandement des forces des Etats-Unis en Europe, l’Eucom, a annoncé mercredi la saisie du navire «en vertu d’un mandat délivré par un tribunal fédéral américain». Le ministère de la Défense britannique a par ailleurs annoncé avoir apporté un «soutien opérationnel» aux Etats-Unis dans la saisie du pétrolier, après avoir reçu «une demande d’assistance» du pays.

L’opération est intervenue quelques heures après des informations de presse selon lesquelles Moscou avait envoyé au moins un bâtiment de sa marine pour escorter ce navire. Selon Reuters, des navires militaires russes, dont un sous-marin, se trouvaient à proximité de l’opération. Deux responsables américains ont cependant affirmé au New York Times qu’aucun navire russe n’était dans les parages lorsque les garde-côtes sont montés à bord du pétrolier.

Le nom et le statut exact du navire - et donc la légalité de l’opération - font l’objet de désaccords. Moscou le nomme Marinera et dit qu’il a obtenu le 24 décembre une autorisation provisoire de naviguer sous pavillon russe. Mais pour Washington, il s’appelle le Bella 1, n’a pas de pavillon après avoir navigué sous un faux drapeau, et fait partie de la flotte fantôme vénézuélienne utilisée pour transporter du pétrole visé par des sanctions américaines.

CNN rapporte que le navire avait été sanctionné par les Etats-Unis en 2024 pour avoir opéré au sein d’une «flotte parallèle» de pétroliers transportant du pétrole illicite. Toujours selon la télévision américaine, les garde-côtes américains avaient déjà tenté d’arraisonner le pétrolier en décembre, sans succès. Elle affirme également que durant sa fuite, l’équipage aurait «peint un drapeau russe sur sa coque, affirmant qu’il naviguait sous protection russe».

«Autorisation provisoire»

Le ministère russe des Affaires étrangères a rejeté ces accusations et assure que Moscou aurait fourni à plusieurs reprises des «informations fiables» sur la propriété russe du navire et son statut.

Mais c’est par la voix de son ministre des Transports que la Russie avait d’abord réagi mercredi : «Conformément aux dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, en haute mer s’applique le régime de liberté de navigation, et aucun Etat n’a le droit d’employer la force à l’encontre de navires dûment immatriculés dans la juridiction d’autres Etats», a-t-il déclaré, précisant que le Marinera avait obtenu le 24 décembre une «autorisation provisoire» de naviguer sous pavillon russe et que lorsque les forces navales américaines sont montées à bord, «la communication avec le navire a été perdue».

La Russie a demandé aux Etats-Unis d’assurer le «retour rapide» dans leur pays des membres d’équipage russe se trouvant à bord. «Nous exigeons de la partie américaine qu’elle leur assure un traitement humain et digne, qu’elle respecte scrupuleusement leurs droits et leurs intérêts», a ajouté le ministère des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse Tass, sans préciser combien de Russes se trouvaient à bord.

Après avoir destitué le président du Venezuela, Nicolás Maduro, Washington bloque les navires sous sanctions entrant et sortant des eaux au large de ce pays membre de l’Opep. Le ministre américain de l’Energie, Chris Wright, a affirmé mercredi que Washington contrôlerait «pour une période indéterminée» la commercialisation du pétrole vénézuélien, au lendemain de l’annonce par Donald Trump d’une livraison par Caracas de dizaines de millions de barils aux Etats-Unis.

Par ailleurs, les forces américaines ont également intercepté un autre pétrolier lié au Venezuela dans les eaux latino-américaines, indique le Commandement sud des Etats-Unis, le Southcom.

Le superpétrolier M Sophia, battant pavillon panaméen et faisant l’objet de sanctions avait quitté les eaux vénézuéliennes début janvier au sein d’une flotte transportant du pétrole vénézuélien vers la Chine en «mode sombre» ou avec son transpondeur désactivé, selon les données et sources maritimes.

Mise à jour ce jeudi 8 janvier à 13 h 56 avec l’ajout de réaction du ministère russe des Affaires étrangères.
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