Un juge fédéral américain a interdit mercredi à l’administration Trump de placer en détention des réfugiés encore dépourvus du statut de résident permanent, mais qui vivent légalement dans l’Etat du Minnesota. Dans son ordonnance publiée mercredi, le juge fédéral John Tunheim a considéré que l’Etat central pouvait poursuivre «l’application légale des lois sur l’immigration» et l’examen du statut des réfugiés, mais qu’il était tenu de le faire «sans arrêter ni détenir» ces personnes légalement admises sur le sol américain. Le juge a donc demandé la libération des réfugiés actuellement dans cette situation.
Reportage
Les autorités fédérales ont lancé en janvier un programme visant à réexaminer le statut légal d’environ 5 600 réfugiés s’étant installé dans le Minnesota et n’ayant pas encore reçu leur carte verte. Donald Trump a dépêché un grand nombre d’agents fédéraux anti-immigration dans cet Etat démocrate, et notamment à Minneapolis, ville désormais sous le choc après la mort de deux Américains abattus par des agents fédéraux : Alex Pretti, infirmier de 37 ans, tué samedi par des membres de la police aux frontières (CBP), et Renee Good, mère de famille du même âge, le 7 janvier par la police de l’immigration (ICE).
Dans son ordonnance, le juge affirme : «Les réfugiés ont le droit d’être aux Etats-Unis, le droit de travailler, le droit de vivre paisiblement et surtout le droit de ne pas être soumis à la peur d’être arrêtés et détenus sans mandat ni motif chez eux, en se rendant à des services religieux ou lorsqu’ils vont faire des courses.» Et rappelle : «L’Amérique sert de refuge pour les libertés individuelles dans un monde trop souvent rempli de tyrannie et de cruauté. Nous abandonnons cet idéal lorsque nous soumettons nos voisins à la peur et au chaos.»
Seconde ordonnance
John Tunheim exige que tout réfugié détenu dans le cadre du réexamen de son statut soit «immédiatement remis en liberté». Il rappelle que ces réfugiés «ont subi des contrôles d’antécédents et des vérifications rigoureuses» par plusieurs agences fédérales avant d’avoir l’autorisation de venir aux Etats-Unis. «Le sabotage judiciaire de la démocratie est sans fin», a réagi sur son compte X Stephen Miller, très influent et très radical conseiller de Donald Trump.
Analyse
Un autre magistrat a par ailleurs sévèrement critiqué la police de l’immigration et son irrespect des décisions de justice. «L’ICE ne fait pas sa propre loi», a écrit le juge fédéral en chef du Minnesota, Patrick Schiltz, dans une ordonnance. Le magistrat avait convoqué au tribunal vendredi le directeur par intérim de l’ICE, Todd Lyons, sur le dossier d’un Equatorien dont la justice avait exigé la libération mais qui restait détenu deux semaines plus tard. L’agence a fini par le libérer et l’audience prévue a été annulée. Mais «cela ne met pas fin aux préoccupations du tribunal», a noté le magistrat, qui a jugé «probable que l’ICE ait violé davantage d’ordonnances judiciaires en janvier 2026 que certaines agences fédérales durant toute leur existence».




