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Menaces de Trump contre Caracas : le pétrolier saisi au large du Venezuela sera amené dans un port américain

Sans préciser la destination du navire, l’administration Trump a annoncé ce jeudi 11 décembre qu’elle avait «l’intention d’en saisir le pétrole». Le Venezuela a dénoncé un «acte de piraterie internationale».

Capture d'écran d'une vidéo publiée sur le compte X de la ministre américaine de la Justice qui montre la saisie d'un pétrolier par les forces américaines au large des côtes vénézuéliennes, le mercredi 10 décembre 2025.  (U.S. Attorney General's Office/AP)
Publié le 11/12/2025 à 8h24, mis à jour le 11/12/2025 à 20h07

Le pétrolier saisi au large du Venezuela par les Etats-Unis va être amené dans un port américain, a annoncé ce jeudi 11 décembre la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, sans préciser sa destination. «Le navire sera dirigé vers un port américain et les Etats-Unis ont l’intention d’en saisir le pétrole», a déclaré la porte-parole de l’exécutif américain en conférence de presse. «Il y a une procédure légale pour la saisie de ce pétrole et cette procédure sera suivie», a-t-elle précisé.

Donald Trump avait annoncé mercredi 10 décembre la saisie par les Etats-Unis d’un pétrolier au large du Venezuela. Une manière de faire grimper encore davantage les tensions avec Caracas qui a de son côté dénoncé un «acte de piraterie internationale». Le président américain n’a en revanche pas donné de détails sur le navire, son propriétaire ou sa destination.

«Nous venons tout juste de saisir un pétrolier au large du Venezuela, un grand pétrolier, très grand, le plus grand jamais saisi», a affirmé le locataire de la Maison Blanche devant la presse. «Il a été saisi pour de très bonnes raisons», a-t-il seulement Trump, en précisant que les Etats-Unis comptaient garder la cargaison.

Le navire est baptisé Skipper, selon le site spécialisé MarineTraffic. Il s’agit d’un «très grand pétrolier transporteur de brut» (VLCC). Selon MarineTraffic, il transportait 1,1 million de barils de pétrole brut soumis à des sanctions. Long de 333 mètres, le Skipper a été sanctionné par le Trésor américain en 2022 pour des liens présumés avec le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien et le Hezbollah. A l’époque, il naviguait sous le nom d’Adisa.

La ministre de la Justice des Etats-Unis, Pam Bondi, a précisé que l’opération avait notamment été menée par le FBI avec le soutien du ministère de la Défense, diffusant une vidéo de quarante-cinq minutes où l’on voit des soldats armés débarquer d’un hélicoptère sur le pont d’un navire. «Depuis plusieurs années, ce pétrolier est sanctionné par les Etats-Unis en raison de son implication dans un réseau illicite d’expédition de pétrole soutenant des organisations terroristes étrangères», a-t-elle déclaré sur X. Pam Bondi a affirmé que le navire saisi transportait du pétrole soumis à des sanctions en provenance du Venezuela et de l’Iran.

Selon le Washington Post, il était en route pour Cuba pour y livrer du pétrole. «Nous condamnons le plus fermement l’attaque contre un pétrolier vénézuélien par des forces militaires des Etats-Unis, un acte de piraterie qui révèle une escalade de l’agression yankee contre la Révolution bolivarienne», a déclaré sur X le Premier ministre cubain, Manuel Marrero.

Le gouvernement américain multiplie les mesures, économiques et militaires, pour accroître encore plus la pression sur le dirigeant socialiste vénézuélien Nicolás Maduro. Donald Trump a estimé que les jours de ce dernier étaient «comptés» dans un récent entretien avec le site Politico. Washington a déployé un important dispositif militaire dans les Caraïbes depuis cet été. Mais la saisie du pétrolier constitue une première dans cette crise, alors que les hydrocarbures constituent la principale source de revenus du Venezuela.

L’opération a par ailleurs eu lieu le jour même de la cérémonie de remise du Nobel de la paix à l’opposante vénézuélienne Maria Corina Machado, qui a dédié son prix à Donald Trump.

«Des voleurs, des pirates»

Le ministère des Affaires étrangères vénézuélien a dénoncé «avec force ce qui constitue un vol éhonté et un acte de piraterie internationale, annoncé publiquement par le président des Etats-Unis», dans un communiqué. Il a également estimé qu’avec cet «acte criminel», le président américain montre que «son objectif a toujours été de s’emparer du pétrole vénézuélien sans verser la moindre contrepartie, laissant clairement entendre que la politique d’agression contre notre pays répond à un plan délibéré de spoliation de nos richesses énergétiques».

«Ce sont des assassins, des voleurs, des pirates. Comment s’appelle ce film, “Pirates des Caraïbes” ? Eh bien, Jack Sparrow est un héros, ceux-là sont des criminels des mers, des flibustiers, ils ont toujours agi ainsi», a renchéri Diosdado Cabello, le ministre vénézuélien de l’Intérieur, lors de son passage télévisé hebdomadaire. Lors d’un rassemblement mercredi à Caracas, Nicolás Maduro a exigé la fin de «l’interventionnisme illégal et brutal du gouvernement américain au Venezuela et en Amérique latine», sans faire référence explicitement à la confiscation du pétrolier.

Accusant Caracas d’être derrière un trafic de produits stupéfiants qui inondent les États-Unis, Washington a conduit de multiples frappes contre des embarcations accusées de transporter de la drogue, en particulier en mer des Caraïbes. Les Etats-Unis ont bombardé une vingtaine d’embarcations avec un bilan de 87 morts.

Embargo sur le pétrole

Caracas estime qu’il s’agit d’une opération visant à évincer Nicolás Maduro du pouvoir et s’emparer des immenses réserves de pétrole du pays, soumis depuis 2019 à un embargo. Ce dernier avait été assoupli en 2023 avec des licences pour opérer dans le pays, mais Donald Trump les a révoquées depuis son retour à la Maison Blanche. Cela oblige le pays à écouler sa production sur le marché noir à des prix nettement plus bas, à destination en particulier de la Chine.

La saisie d’un pétrolier pourrait peser sur ces exportations, en dissuadant les acheteurs potentiels. Le Venezuela fournit 1,1 million de barils par jour de pétrole brut, principalement à la Chine, selon des analystes. Le représentant commercial de l’Union européenne au Venezuela, Jaime Luis Socas, a estimé que les achats de pétrole brut au Venezuela chuteraient de 75 % cette année, passant de 1,535 milliard d’euros en 2024 à 383 millions d’euros en 2025.

Dans la soirée de jeudi, un porte-parole du département du Trésor a confirmé l’information révélée par le site Axios selon laquelle le gouvernement américain a imposé des sanctions contre les neveux de Maduro, mais aussi contre six navires participant au transport du pétrole vénézuélien, actuellement sous sanction américaine.

Mise à jour à 20 h 40 avec l’annonce des nouvelles sanctions contre les proches de Maduro et des navires vénézuéliens.

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