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Militaires pris pour cible à Washington : ce que l’on sait de l’attaque et du suspect

Profil du suspect, réactions politiques, conséquences sur la politique intérieure américaine... «Libération» fait le point sur l’attaque menée mercredi à proximité de la Maison Blanche, qui a visé deux soldats de la Garde nationale.

Sur les lieux des tirs, à Washington, mercredi après-midi.. (Nathan Howard/REUTERS)
Publié le 27/11/2025 à 17h11

Deux membres de la Garde nationale se trouvaient jeudi dans un état critique après avoir été blessés par balles la veille, à proximité immédiate de la Maison Blanche. Ils faisaient partie de la force de réserve de l’armée, déployée au mois d’août dans Washington à la demande de Donald Trump, contre l’avis de la municipalité démocrate.

Que s’est-il passé ?

Mercredi après-midi, vers 14 h 15 (20 h 15 en France), dans un quartier de bureaux à deux pas de la Maison Blanche, «un suspect est arrivé à l’angle de la rue, a levé son arme à feu et a tiré vers des gardes nationaux» en patrouille, a déclaré lors d’une conférence de presse Jeffery Carroll, un responsable de la police de Washington, parlant d’un «tireur solitaire». D’autres gardes nationaux «sont parvenus» à le «maîtriser pour l’arrêter», a-t-il ajouté. «Les tirs étaient ciblés», a précisé Muriel Bowser, la maire démocrate de Washington, lors de la même conférence de presse.

Un temps annoncés morts par le gouverneur de Virginie-Occidentale, leur Etat d’origine, les victimes sont en réalité en dans un «état critique», a rectifié Kash Patel, le directeur du FBI. Le tireur présumé serait lui aussi «sévèrement blessé», a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social mercredi, sans plus de précisions. La police de Washington a par ailleurs fait savoir qu’elle n’avait pour l’instant «connaissance d’aucun mobile».

Qui est le suspect ?

L’homme soupçonné d’avoir tiré sur les soldats serait selon les médias américains un ressortissant afghan ayant travaillé une dizaine d’années aux côtés des forces américaines dans son pays d’origine. Rahmanullah Lakanwal, 29 ans, est arrivé aux Etats-Unis en septembre 2021 dans le cadre d’un programme d’accueil. Originaire de la province de Khost, dans le sud-est de l’Afghanistan, il a fait une partie de son service militaire sur une base de la province de Kandahar, berceau historique des talibans.

Selon la ministre à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, le suspect «a fait partie des nombreux individus admis en masse, sans vérification, aux Etats-Unis dans le cadre de l’opération “Allies Welcome”», mise en place par l’administration du président démocrate Joe Biden pour aider les Afghans ayant collaboré avec les Américains.

A l’époque de son arrivée aux Etats-Unis, plus de 40 % des Afghans inclus dans le programme étaient éligibles au visa spécial d’immigrant destiné à ceux ayant pris «des risques significatifs pour soutenir [le] personnel militaire et civil [américain] en Afghanistan». D’autres groupes vulnérables, tels que les défenseurs des droits et les journalistes, sont également entrés sur le sol américain dans le cadre de ce programme.

Quelles sont les répercussions ?

Le président Donald Trump a immédiatement dénoncé un «acte de terrorisme» et promis de renforcer ses politiques anti-immigration, accusant au passage la précédente administration de Joe Biden d’avoir laissé entrer des citoyens afghans sans contrôle au moment de la chute de Kaboul aux mains des talibans. «Cette agression odieuse était un acte infâme, un acte de haine et un acte de terrorisme», a affirmé le président Trump peu après l’attaque dans une adresse télévisée. Ce jeudi, le patron du FBI, Kash Patel, a confirmé que la police fédérale américaine menait une enquête pour «acte de terrorisme».

Trump a en outre promis de «réexaminer» le cas de «chaque étranger entré dans notre pays en provenance d’Afghanistan sous Biden». «Nous devons prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer l’expulsion de tout étranger de quelque pays que ce soit qui n’a pas sa place ici ou qui n’apporte aucun avantage à notre pays», a insisté le président américain.

Dans un entretien à l’Agence France Presse, le responsable de l’agence de l’ONU pour les réfugiés en Afghanistan, Arafat Jamal, s’est inquiété de ce que cela pourrait signifier pour «les autres Afghans, demandeurs d’asile et réfugiés» présents aux Etats-Unis.

Quid de la Garde nationale ?

Ces derniers mois, la Garde nationale a été déployées par la Maison Blanche dans diverses villes – Los Angeles, Chicago, Memphis ou Portland –, à chaque fois contre l’avis des autorités locales démocrates, disant ces renforts nécessaires pour lutter contre la criminalité et appuyer la police fédérale de l’immigration. Mais cette décision de Donald Trump s’est régulièrement heurtée au droit, notamment à Washington où une juge fédérale avait statué le 20 novembre que le gouvernement fédéral avait «agi contrairement à la loi» en justifiant sa décision «pour des missions de dissuasion de la criminalité sans demande des autorités civiles de la ville». Elle a laissé jusqu’au 28 février à l’administration américaine pour retirer les troupes, tout en lui laissant la possibilité de faire appel.

Des décisions similaires avaient été rendues précédemment dans d’autres tribunaux, comme à Portland où un juge fédéral avait émis une interdiction permanente contre le déploiement de la Garde nationale, arguant que la Constitution américaine ne conférait pas de tels pouvoirs au gouvernement fédéral. Le mois dernier, un tribunal de première instance et une cour d’appel avaient également bloqué le recours à la Garde nationale à Chicago, la troisième plus grande ville des Etats-Unis.

Malgré ces décisions de justice, et alors que ces forces armées ont été appelées à quitter la capitale américaines, le secrétaire à la Défense (renommé en septembre «secrétaire à la Guerre») a annoncé mercredi soir après l’attaque que 500 soldats supplémentaires seraient mobilisés à Washington. Ils rejoindraient donc les plus de 2 000 gardes nationaux déjà déployées dans la ville, et qui se pensaient jusqu’à mercredi sur le départ.

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