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Minneapolis : ce que l’on sait de la mort de Renee Nicole Good, tuée par un agent de l’ICE, la police de l’immigration américaine

La femme de 37 ans a été abattue mercredi 7 janvier par un agent de l’agence fédérale en charge de l’immigration. La Maison Blanche parle de «légitime défense», le maire de la ville et le gouverneur du Minnesota dénoncent une «propagande».

A Minneapolis, le 7 janvier. (Scott Olson/Getty Images. AFP)
Publié le 07/01/2026 à 22h16, mis à jour le 08/01/2026 à 15h29

Il s’agit du dernier épisode en date de la répression anti-immigration mortelle menée par l’administration Trump. A Minneapolis, dans le Minnesota, le 7 janvier, un agent de la police fédérale de l’immigration (ICE) a abattu Renee Nicole Good, 37 ans. Une fusillade sur laquelle se sont opposées autorités locales et fédérales, tandis que des milliers de personnes ont défilé dans la ville pour rendre hommage à la victime.

Que s’est-il passé ?

Les faits se sont produits sur Portland Avenue, dans la ville de Minneapolis, où environ 2 000 agents de l’ICE étaient mobilisés pour mener «des opérations ciblées». Selon les images analysées et authentifiées par la presse américaine, un véhicule – une Honda Pilot bordeaux –, conduit par Renee Nicole Good, a été bloqué par plusieurs agents fédéraux.

Sur les vidéos, «deux agents s’approchent de la conductrice et lui ordonnent de sortir de la voiture. L’un d’eux tente d’ouvrir la portière côté conducteur et passe la main par la fenêtre. Un troisième agent se place devant la Honda», relate le New York Times. Et alors que le véhicule semble commencer à s’éloigner, des coups de feu retentissent, «l’agent devant le véhicule, près du phare côté conducteur, sort son arme et tire sur la conductrice, continuant de tirer même lorsque le véhicule le dépasse». La voiture en percute une autre, garée quelques mètres plus loin. Sur une vidéo prise sous un autre angle, on entend les agents de l’ICE refuser à un médecin l’accès à la victime.

Qui est la victime ?

Les autorités ont identifié la conductrice comme étant Renée Nicole Good, 37 ans. Citoyenne américaine, elle vivait en couple avec une femme, présentée comme son «épouse» sur son compte Instagram. Dans une interview accordée au Minnesota Star Tribune, sa mère la décrit comme une personne «extrêmement bienveillante», qui «a pris soin des autres toute sa vie». Poétesse de métier, récemment arrivée dans la ville, Renee Nicole Good était aussi la mère de trois enfants, dont un garçon de 6 ans. Des peluches ont été retrouvées dans la portière de sa voiture maculée de sang.

Le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a déclaré lors d’une conférence de presse que rien n’indiquait «que cette femme était sous le coup d’une quelconque enquête policière». Dans un communiqué, Leigh Finke, représentante démocrate au parlement local, rendu hommage à Renee Nicole Good, «aimée et respectée dans la communauté» et «maintenant arrachée à sa famille».

La réaction des autorités

Après la fusillade, plusieurs versions se sont affrontées sur le déroulé du drame. Dans son communiqué, le département de la Sécurité intérieure décrit une version dans laquelle «des émeutiers ont commencé à bloquer les agents et l’une de ces émeutières violentes a transformé son véhicule en arme, tentant de renverser nos forces de l’ordre dans l’intention de les tuer – un acte de terrorisme intérieur». «Un agent de l’ICE, craignant pour sa vie, pour celle de ses collègues et pour la sécurité du public, a tiré des coups de feu en état de légitime défense», poursuit le texte.

Une version endossée et résumée par Donald Trump, selon qui l’agent de la police de l’immigration «semble avoir tiré en légitime défense» après que Renee Nicole Good a selon lui tenté de «l’écraser violemment» et «volontairement». «La situation est en train d’être étudiée mais si ces incidents surviennent, c’est parce que la gauche radicale menace, agresse et cible quotidiennement les forces de l’ordre et les agents de la police de l’immigration», a poursuivi le milliardaire, dans une sortie typique de son goût pour le clivage quel que soit le tragique de la situation, sur son réseau Truth Social.

Le maire de la ville, Jacob Frey, a qualifié de «foutaises» les versions fédérales concernant la fusillade et a enjoint l’ICE à «foutre le camp». Dans la foulée, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, ex-candidat à la vice-présidence en 2024, a exhorté les habitants à manifester pacifiquement. «Ne croyez pas à cette machine de propagande», a-t-il écrit sur ses réseaux sociaux. Et d’ajouter, lors d’une conférence de presse, «cela fait des semaines que nous alertons sur le fait que les opérations dangereuses et sensationnalistes de l’administration Trump constituent une menace pour notre sécurité publique».

Les précédents

Dans la soirée, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur les lieux du drame et dans les grandes villes des Etats-Unis, en hommage à la victime et pour se lever contre la politique de répression anti-immigration violemment menée par le locataire de la Maison Blanche depuis son investiture, il y a près d’un an. Des images qui ne manquent pas de rappeler celles qui ont suivi la mort de George Floyd, un Afro-Américain tué par un policier blanc le 25 mai 2020 à Minneapolis. Son arrestation et son meurtre avaient donné une nouvelle ampleur au mouvement Black Lives Matter, qui espérait régler les questions de racisme profondément enracinées aux Etats-Unis, des violences policières aux inégalités systémiques.

La lutte contre l’immigration : priorité de Donald Trump

Depuis son investiture en janvier 2025, le milliardaire républicain a fait de la lutte contre l’immigration clandestine l’un des axes principaux de sa politique intérieure. Les agents de l’ICE ont été déployés dans de nombreuses villes, majoritairement démocrates : Chicago, Seattle, Minneapolis… avec des moyens considérables. Depuis son retour à la Maison Blanche, quelque 70 millions de dollars ont été dépensés pour le fonctionnement de cette agence fédérale dans les catégories «armes légères, munition et accessoires». L’été dernier, la police fédérale de l’immigration a lancé une vaste campagne de recrutement, attirant environ 10 000 nouveaux agents, suscitant des craintes sur leur manque d’entraînement.

A plusieurs reprises ces derniers mois, des personnes sont mortes, souvent accidentellement, en tentant d’échapper aux contrôles.

Mise à jour à 12 h 22 avec de nouveaux éléments sur les conditions du tir, l’identité de la victime et le contexte politique ; à 15 h 28 avec divers éléments.

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