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Libération
Faux bond

Mort de Quentin Deranque : l’ambassadeur américain sèche sa convocation au quai d’Orsay

Convoqué au ministère des Affaires étrangères ce lundi, Charles Kushner a fait faux bond à la diplomatie française qui, en retour, a demandé à ce qu’il n’ait plus d’accès au gouvernement français.

Charles Kushner à Paris, le 4 décembre 2025. (Julien De Rosa/AFP)
Publié aujourd'hui à 20h10

Nouvel épisode de tension entre la France et les Etats-Unis. Sommé de se rendre lundi 21 février au ministère des Affaires étrangères après ses commentaires sur les circonstances de la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, l’ambassadeur américain à Paris Charles Kushner «ne s’est pas présenté» à la convocation, a annoncé le quai d’Orsay en début de soirée.

Une source diplomatique a indiqué à l’AFP que l’ambassadeur s’était fait représenter par un responsable de l’ambassade américaine, faisant valoir des engagements personnels. Sollicitée par l’AFP, l’ambassade américaine n’était pas immédiatement joignable pour réagir.

Conséquence directe, le patron des lieux Jean-Noël Barrot a demandé à ce que le représentant des Etats-Unis en France, par ailleurs père du gendre de Donald Trump, n’ait plus d’accès direct au gouvernement : «Face à cette apparente incompréhension des attendus élémentaires de la mission d’ambassadeur ayant l’honneur de représenter son pays, le ministre a demandé qu’il ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français.»

Le ministère a toutefois gardé la porte ouverte en cas de revirement du magnat de l’immobilier, plus homme d’affaires que diplomate : «Il reste bien sûr possible que l’ambassadeur Charles Kushner exerce sa mission et se présente au Quai d’Orsay afin que nous puissions avoir les échanges diplomatiques permettant d’aplanir les irritants qui, inévitablement, peuvent survenir dans une relation d’amitié vieille de 250 ans.»

«Aucune leçon à recevoir de l’internationale réactionnaire»

Cette convocation intervenait dans le contexte de la mort de l’activiste identitaire après son agression à Lyon, le 12 février, qui vaut des mises en examen pour meurtre ou complicité à sept militants de la mouvance d’extrême gauche. Le drame avait incité le bureau du contre-terrorisme du département d’Etat américain à dire qu’il «attendait de voir les coupables traduits devant la justice». Une formulation reprise le lendemain par Charles Kushner : «L’extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu’il représente pour la sécurité publique. Nous continuerons à suivre la situation et espérons que les auteurs de ces violences seront traduits en justice».

De quoi ulcérer le quai d’Orsay qui, dimanche, par la voix du ministre Jean-Noël Barrot, avait fait savoir qu’il n’avait «aucune leçon à recevoir de l’internationale réactionnaire» et qu’il refusait «toute instrumentalisation de ce drame» qui ne concerne que «la communauté nationale».

Ce n’était pas la première fois que Charles Kushner était convoqué au ministère des Affaires étrangères. Sitôt arrivé à l’hôtel Grimod de La Reynière, dans le VIIIe arrondissement de la capitale, il avait été sommé, fin août, de se rendre au quai d’Orsay après avoir critiqué «l’absence d’action suffisante» contre l’antisémitisme d’Emmanuel Macron. Des accusations inacceptables aux yeux de la diplomatie tricolore, mais dont Kushner n’avait pas eu à répondre, puisqu’il s’était fait représenter par le chargé d’affaires de l’ambassade américaine.

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