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Narcotrafic en mer des Caraïbes : Washington reconnaît avoir frappé des naufragés

La Maison Blanche a reconnu lundi avoir bombardé une deuxième fois un navire qui transportait supposément de la drogue, afin de tuer les survivants d’un premier tir. Une opération illégale et «profondément immorale» selon les démocrates.

Les forces militaires américaines mènent une attaque contre un navire exploité dans la mer des Caraïbes, le 23 octobre. (Compte X du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth/AFP)
Publié le 02/12/2025 à 8h17

Deux frappes sur un même navire, déjà naufragé. La Maison Blanche a confirmé lundi 1er décembre qu’un amiral américain avait ordonné début septembre de bombarder une deuxième fois un bateau supposément chargé de drogue dans les Caraïbes pour tuer les survivants d’un premier tir. La légalité de ces opérations militaires est mise en doute à Washington.

Depuis août, les Etats-Unis ont considérablement renforcé leur présence militaire en mer des Caraïbes, au nom de la lutte contre le narcotrafic, selon l’administration du président Donald Trump, qui accuse son homologue vénézuélien, Nicolás Maduro, de diriger un cartel de la drogue. Caracas dément, qualifie ces frappes d’exécutions extrajudiciaires et rétorque que l’objectif de Donald Trump est de renverser Maduro et de mettre la main sur le pétrole du pays.

Début septembre, 11 personnes avaient péri dans une double frappe dans les eaux internationales contre un bateau soupçonné de transporter des stupéfiants, première d’une vingtaine d’attaques par les forces armées américaines qui ont fait 83 morts au total.

Les médias américains avaient rapporté la semaine dernière que deux survivants de la première frappe, qui s’accrochaient à leur bateau en flammes, avaient été tués dans une deuxième attaque, autorisée par le ministre de la Défense, Pete Hegseth. Le Pentagone avait initialement démenti. Finalement, la Maison Blanche a confirmé lundi que Hegseth avait autorisé l’amiral Frank Bradley, le commandant des opérations spéciales de l’armée américaine, «à mener ces frappes cinétiques».

«Acte illégal et profondément immoral»

L’amiral Bradley «a agi dans le cadre de ses fonctions et conformément à la loi régissant l’engagement militaire afin de garantir la destruction du bateau et l’élimination de la menace qui pesait sur les Etats-Unis d’Amérique», a déclaré la porte-parole de la présidence Karoline Leavitt. «Je soutiens Bradley et les décisions qu’il a prises au combat, lors de la mission du 2 septembre et toutes les autres depuis», a renchéri Pete Hegseth sur le réseau social X. L’amiral est «un héros américain, un vrai professionnel», a-t-il assuré.

De son côté, le sénateur démocrate Chris Murphy a affirmé à la chaîne CNN que «les républicains comme les démocrates en viennent à la conclusion qu’il s’agit d’un acte illégal et profondément immoral». «Les gens sont très préoccupés par la manière dont ces frappes ont été menées», a dit lors de la même émission sur CNN le député républicain Mike Turner.

Pete Hegseth a récemment soutenu que l’offensive des Etats-Unis contre les bateaux suspects en mer des Caraïbes et dans l’océan Pacifique est «conforme au droit des conflits armés et approuvée par les meilleurs juristes». Cependant, la double frappe du 2 septembre semble enfreindre le manuel du Pentagone sur le droit de la guerre, qui dispose que «par exemple, les ordres de tirer sur les naufragés seraient clairement illégaux».

Un autre sénateur démocrate, Mark Kelly, a demandé lundi au Congrès d’ouvrir une enquête. «Je crains que s’il y avait effectivement, comme cela a été rapporté, des survivants accrochés à un navire endommagé, cela puisse dépasser les limites», a déclaré cet ancien pilote de chasse et astronaute et l’un des six élus à avoir provoqué la colère de Donald Trump en diffusant en novembre une vidéo affirmant que les «ordres illégaux» pouvaient être refusés.

Résolution au Congrès

Le président américain devait réunir lundi son Conseil de sécurité nationale, deux jours après avoir décrété que l’espace aérien du Venezuela devait être considéré comme «totalement fermé». Avant cela, le milliardaire républicain avait déclaré jeudi que les Etats-Unis allaient «très bientôt» commencer à cibler des «trafiquants de drogue vénézuéliens» lors d’opérations «sur terre», et pas seulement en mer. Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a menacé qu’en cas de frappes contre le Venezuela, il soumettrait à nouveau au vote une résolution visant à interdire à la Maison Blanche toute utilisation des forces armées dans la région sans approbation au préalable du Congrès.

Devant des milliers de ses partisans rassemblés à Caracas, Nicolás Maduro a de son côté assuré qu’il ne se laisserait pas intimider. «Nous voulons la paix, mais une paix avec souveraineté, égalité, liberté ! Nous ne voulons pas la paix des esclaves, ni la paix des colonies !», a-t-il lancé, évoquant «vingt-deux semaines d’une agression que l’on peut qualifier de terrorisme psychologique, vingt-deux semaines qu’ils nous mettent à l’épreuve».

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