A 70 ans, tous les coups sont permis. C’est en tout cas vrai pour Jair Bolsonaro, actuellement en détention provisoire depuis fin novembre et dont les avocats ont réitéré sa demande d’assignation à résidence. Condamné en septembre à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d’Etat, l’ex-président brésilien d’extrême droite pourrait voir sa peine de prison réduite à seulement deux ans et quatre mois.
Le Congrès brésilien a approuvé mercredi 17 décembre une proposition de loi pour réduire sa peine de prison. Le texte, porté par la majorité conservatrice et adopté à 48 voix contre 25 par le Sénat, pourrait ainsi diviser par plus de dix la durée de sa peine.
«Cette avancée s’est produite contre la volonté du palais du Planalto (l’équivalent de l’Elysée, ndlr), mais avec le feu vert du chef du gouvernement au Sénat, Jaques Wagner (PT-BA, le Parti travailliste de l’Etat de Bahia, ndlr), mettant en lumière des divisions stratégiques au sein de la base de soutien au président Luiz Inácio Lula da Silva», analyse le Globo ce jeudi 18 décembre. Le président brésilien de gauche peut apposer son veto à la loi de réduction de peine, mais celui-ci peut à son tour être annulé par le Congrès.
«La réduction des peines de Jair Bolsonaro et des autres putschistes, approuvée ce soir au Sénat, est un manque de respect envers la décision de la Cour suprême fédérale et un grave recul dans la législation qui protège la démocratie», s’est insurgée la ministre des Relations institutionnelles, Gleisi Hoffmann, sur ses réseaux sociaux. «Les personnes condamnées pour avoir porté atteinte à la démocratie doivent payer pour leurs crimes.»
«Ce n’est pas exactement ce qu’on souhaitait, ce n’est pas pour cela que nous nous battions, mais c’est ce qui était possible dans ce contexte», s’est au contraire félicité dans une vidéo le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ex-président, qui l’a désigné comme candidat à l’élection présidentielle de 2026.
«Farce»
L’approbation du texte par la Chambre des députés la semaine dernière avait suscité de nombreuses critiques. Des manifestations contre la mesure dimanche ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans plusieurs grandes villes du pays. En l’état, Jair Bolsonaro, 70 ans, pourrait demeurer incarcéré environ huit ans avant de bénéficier d’un éventuel aménagement de sa peine, selon le Tribunal d’exécution des peines de la capitale brésilienne.
Le sénateur centriste Renan Calheiros a qualifié le vote de «farce» et quitté la séance, accusant les alliés du gouvernement d’avoir laissé passer le texte en échange de soutien à une initiative augmentant la fiscalité sur certaines entreprises. Le sénateur du Parti des travailleurs au pouvoir Randolfe Rodrigues a nié tout accord de ce type.
Au sein d’un Parlement à forte majorité conservatrice, les bolsonaristes tentent en vain depuis février de faire voter un texte permettant à Jair Bolsonaro de bénéficier d’une amnistie totale. Mais à l’approche des vacances parlementaires de fin d’année, ils ont estimé que la réduction de sa peine constituait «une première étape». La semaine dernière, la proposition de loi avait été approuvée par les députés à l’issue d’une séance houleuse.
Débat
«Voué au veto»
L’entrée en vigueur d’une éventuelle réduction de peine pour Jair Bolsonaro pourra être retardée si le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva décide de censurer le texte avant sa promulgation. «Ce texte est voué au veto», a dit aux journalistes le sénateur de gauche Randolfe Rodrigues. Mais le Parlement aura le dernier mot et pourrait voter l’annulation du veto présidentiel.
En septembre, à l’issue d’un procès historique, Jair Bolsonaro a été reconnu coupable par la Cour suprême d’être le leader d’une «organisation criminelle» ayant conspiré pour son maintien au pouvoir malgré sa défaite à la présidentielle de 2022. Selon l’accusation, ce projet putschiste, qui prévoyait même l’assassinat de Lula après son élection au second tour, a échoué faute de soutien du haut commandement militaire.




