Menu
Libération
Etats-Unis

«Peu sérieux, puéril» : le ministre américain de la Défense critiqué pour son détournement éhonté de Franklin la tortue

Pete Hegseth a associé le célèbre personnage de livres et dessins animés pour enfants aux frappes menées par les Etats-Unis dans les Caraïbes, provoquant, ce mardi 2 décembre, la colère de l’éditeur canadien.

Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth, à Washington, le 14 octobre. (Andrew Caballero-Reynolds/AFP)
Publié le 02/12/2025 à 18h27

Reprendre une œuvre sans le consentement de son créateur, tout en plaisantant sur de potentielles exécutions extrajudiciaires. C’est le nouvel exploit réalisé par le ministre de la Guerre américain, Pete Hegseth. Lundi, ce membre déjà décrié de l’administration Trump a publié sur X la couverture fictive d’un album de Franklin la tortue, intitulé «Franklin frappe les narcoterroristes».

Le personnage bien connu des enfants est vêtu d’un curieux accoutrement. Casque, gilet tactique bardé du drapeau américain, le reptile, muni d’un lance-roquettes, est représenté à bord d’un hélicoptère de l’armée, en train de tirer sur des bateaux chargés de caisses. Ce qu’on imagine être des ballots de drogues sont protégés par des hommes armés, sûrement venus du Venezuela. Hegseth accompagne l’image d’une pseudo-recommandation «pour votre liste de Noël», alors que l’exécutif américain est prise dans la polémique sur des frappes contre des navires vénézuéliens.

Sauf que l’ancien soldat d’infanterie et ex-animateur de Fox News a manqué son coup. Ce mardi 2 décembre, l’éditeur canadien de Franklin a dénoncé l’exploitation de l’œuvre créée en 1997 par l’autrice jeunesse canadienne Paulette Bourgeois. «Franklin la tortue est une icône canadienne bien-aimée qui a inspiré des générations d’enfants et représente la gentillesse, l’empathie et l’ouverture aux autres», a lancé mardi la maison d’édition Kids Can Press, située à Toronto. «Nous condamnons fermement toute utilisation dénigrante, violente ou non autorisée du nom ou de l’image de Franklin, qui contredit directement ces valeurs».

«Cet homme est une honte nationale»

Les dizaines d’histoires de Franklin sont en effet dénuées de violence, mettent en avant les valeurs de tolérance et de respect d’autrui au cours de péripéties gentillettes. Avec toujours une morale à la fin de l’épisode, et jamais de frappe ciblée faisant des morts.

L’opposition démocrate a aussi dénoncé la publication du secrétaire d’Etat. «Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi peu sérieux, d’aussi puéril et d’aussi manifestement peu sûr de lui occuper le poste de secrétaire à la Défense que Pete Hegseth. Cet homme est une honte nationale», a tancé lundi dans la soirée Chuck Schumer, le chef des démocrates au Congrès.

Côté administration Trump, les services de presse ont sorti les rames pour défendre le ministre de la Défense et son utilisation de Franklin. «Nous doutons que Franklin la tortue veuille être tolérante envers les cartels ou loue la gentillesse et l’empathie des narcoterroristes», a tenté de justifier Sean Parnell, un porte-parole du Pentagone joint ce mardi par la chaîne CBS News.

«Une petite pause» dans les frappes

Cette nouvelle polémique intervient alors que le Washington Post a révélé que deux survivants d’une frappe américaine en mer des Caraïbes, en septembre, ont été tués dans une seconde salve qui aurait été autorisée par Hegseth. Les deux hommes s’accrochaient alors à leur bateau en flammes après le premier tir. Après avoir nié l’existence de cette seconde frappe, la Maison Blanche a fini par confirmer, lundi, mais en rejetant la faute sur un amiral commandant les opérations spéciales américaines.

Lors d’un point presse aux côtés de Donald Trump ce mardi soir à la Maison Blanche, Pete Hegseth a d’abord assuré que «les frappes sur les bateaux des narcos ne font que commencer». Avant d’évoquer «une petite pause» dans les opérations américaines, car les soldats auraient du mal à «trouver des bateaux à frapper en ce moment», selon lui.

Pete Hegseth est loin d’avoir des antécédents irréprochables. Il a récemment été impliqué dans deux failles sécuritaires majeures : Signalgate et Signalgate 2. Sur cette messagerie, il a partagé des informations hautement confidentielles dans des conversations où étaient présents un journaliste pour le premier, des membres de sa famille pour le deuxième.

Mise à jour à 19 h 06, avec l’ajout des déclarations de Pete Hegseth en conférence de presse ce mardi soir.
Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique