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Présidentielle au Chili : José Antonio Kast, fils de nazi et admirateur de Pinochet, aux portes du pouvoir

Candidate de l’union de la gauche, la communiste Jeannette Jara arrive en tête du premier tour. Mais l’addition des voix d’extrême droite, éparpillées sur deux candidats, ne lui laisse quasiment aucune chance pour le second tour du 14 décembre.

José Antonio Kast, à Santiago du Chili, dimanche. (Marvin Recinos/AFP)
Publié le 17/11/2025 à 7h50

Pour la première fois depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990, la droite radicale pourrait revenir au pouvoir au Chili. Selon les résultats officiels mais encore partiels du premier tour de l’élection présidentielle qui s’est déroulé dimanche 16 novembre, la communiste Jeannette Jara, candidate de la coalition de centre gauche au pouvoir, obtient 26,71 % des suffrages.

Elle ne devance que d’une courte tête son rival d’extrême droite José Antonio Kast, qui recueille de son côté 24,12% des voix au terme d’une campagne centrée sur le crime organisé et les promesses d’expulsion de migrants sans papiers. L’extrême droite était également représentée par Johannes Kaiser, du Parti national libertarien, souvent présenté comme la version chilienne du président argentin Javier Milei, qui réunit, lui, 13,93 % des suffrages.

Entre les deux s’intercale l’économiste iconoclaste Franco Parisi, qui crée la surprise en terminant troisième (19,42%), tandis que la candidate de la droite traditionnelle Evelyn Matthei n’obtient que 12,7% des voix.

Fils d’un ancien soldat ayant servi dans l’armée de Hitler et émigré au Chili après la Seconde Guerre mondiale, Kast brigue pour la troisième fois la présidence. Père de neuf enfants, l’homme de 59 ans avait été battu en 2021 par Gabriel Boric, actuel président que la Constitution empêche de briguer un second mandat consécutif. Boric avait été élu sur la promesse de profondes réformes sociales et d’une nouvelle Constitution pour remplacer celle héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Mais après deux tentatives de réforme constitutionnelle avortées, l’explosion de la criminalité, souvent attribuée à l’arrivée de gangs étrangers, a relégué ces aspirations au second plan.

Kast a fait des 337 000 étrangers en situation irrégulière dans le pays, en majorité des Vénézuéliens, le cœur de son discours, exploitant un climat d’inquiétude lié à l’arrivée de groupes criminels étrangers, comme le «Tren de Aragua», impliqué dans des enlèvements et des extorsions.

Comme une réplique de Donald Trump, il promet des expulsions massives, la construction d’un mur à la frontière, une hausse de la puissance de feu de la police et le déploiement de l’armée dans les zones critiques.

Discours sécuritaires

Sous la pression des deux candidats de la droite radicale, Jeannette Jara s’est elle-même ralliée aux discours sécuritaires. Agée de 51 ans et membre du Parti communiste depuis l’adolescence, l’ancienne ministre du Travail a assuré n’avoir «aucun complexe en matière de sécurité». Elle défend un contrôle migratoire renforcé, tout en promettant aux Chiliens «la sécurité d’arriver à boucler les fins de mois», dans un contexte de hausse du coût de la vie.

Le scrutin est considéré comme un indicateur clé pour la gauche sud-américaine, battue récemment en Argentine et en Bolivie, et confrontée à des échéances électorales décisives en Colombie et au Brésil en 2026.

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