Un pas de plus vers le duel dont une large majorité d’Américains ne veut pas. Comme prévu, Joe Biden et Donald Trump ont aisément remporté mardi 27 février les primaires de leur parti dans le Michigan, Etat industriel du Midwest appelé à jouer un rôle crucial dans la présidentielle du 5 novembre. Mais si l’horizon vers l’investiture se dégage un peu plus pour le président démocrate comme pour son prédécesseur républicain, les résultats du Michigan confirment aussi les faiblesses de chacun, en vue de leur revanche annoncée.
Face à Joe Biden, un vote de colère pour Gaza
La vérité de février n’est pas celle de l’automne, une primaire pas une élection générale, et personne, aujourd’hui, ne sait où en sera le Proche-Orient lors du scrutin présidentiel de début novembre. Ces éléments doivent inciter à la prudence sur d’éventuels enseignements à tirer des primaires démocrates de ce mardi. Néanmoins, pour la première fois depuis l’attaque terroriste du Hamas et la riposte brutale d’Israël à Gaza, des citoyens américains avaient l’opportunité d’exprimer clairement dans les urnes - après l’avoir fait dans les rues ou les conseils municipaux du pays - leur désaccord avec la politique de l’administration Biden. Et pour la Maison Blanche, le verdict est bien pire que redouté.
Selon des résultats quasi définitifs, plus de 100 000 électeurs démocrates du Michigan ont ainsi choisi de voter «uncommitted» («sans préférence», l’équivalent d’un bulletin blanc). Lancée il y a trois semaines, la campagne «Listen to Michigan» («Ecoutez le Michigan») avait exhorté les électeurs de l’Etat à utiliser cette option pour exprimer leur rejet de la politique de Joe Biden, accusé de soutenir aveuglément Israël malgré le coût humain colossal de la guerre dans l’enclave palestinienne, et pour demander à Washington d’exiger un cessez-le-feu immédiat.
Récit
En 2016 et 2020, entre 1 et 2 % des électeurs seulement avaient opté pour le vote «uncommitted». Ils sont cette fois plus de 13 %. Parmi eux, beaucoup de membres de la communauté arabe et musulmane américaine, nombreuse dans le Michigan et traditionnellement pro-démocrate. Mais pas seulement : les résultats dans le comté de Washtenaw (plus de 17 % de votes «sans préférence»), dont le siège Ann Arbor abrite le principal campus de l’université publique de l’Etat, témoignent ainsi de la colère de la jeunesse étudiante et progressiste, autre bloc crucial de la coalition démocrate. Tout comme l’est la communauté noire, dont plusieurs leaders religieux ont appelé la semaine dernière les Etats-Unis à mettre fin à leur aide financière à Israël et dénoncé un «génocide» à Gaza.
Malgré l’absence de rivaux sérieux (l’autrice Marianne Williamson, qui a suspendu sa campagne au début du mois, et le représentant du Minnesota Dean Philips, ont chacun obtenu 3 % des voix), Joe Biden n’a ainsi récolté mardi qu’un peu plus de 81 % des suffrages. Un avertissement notable pour la Maison Blanche dans un Etat aussi décisif et serré que le Michigan, remporté par Biden en 2020 avec 154 000 voix d’avance, et par Trump en 2016 avec un écart de moins de 11 000 voix face à Hillary Clinton.
«Notre mouvement est sorti victorieux ce soir et a massivement dépassé nos attentes», a salué mardi soir la campagne «Listen to Michigan». «Le président Biden a financé les bombes tombant sur les membres des familles de personnes vivant ici même, dans le Michigan. Des gens qui ont voté pour lui et qui se sentent aujourd’hui complètement trahis», ont ajouté les organisateurs sur X (ex-Twitter). Ces électeurs finiront-ils malgré tout par soutenir Biden en novembre ? Ou opteront-ils pour l’abstention ou un parti tiers, au risque de faciliter la victoire de Donald Trump ? «Nous ne voulons pas d’une présidence Trump, mais Biden a fait passer Nétanyahou devant la démocratie américaine», a commenté la coalition «Listen to Michigan», renvoyant le président à ses responsabilités et l’exhortant à changer de cap.
Dans un communiqué publié mardi soir, Joe Biden a mis en garde contre un éventuel retour au pouvoir de Donald Trump, qui «menace de nous entraîner encore plus loin dans le passé en poursuivant la vengeance et le châtiment». Le président démocrate s’est bien gardé de mentionner explicitement les militants à l’origine du vote de protestation contre lui. «Je tiens à remercier tous les habitants du Michigan qui ont fait entendre leur voix aujourd’hui. Exercer son droit de vote et participer à notre démocratie, c’est ce qui fait la grandeur de l’Amérique», a sobrement déclaré Joe Biden.
Face à Donald Trump, Nikki Haley s’obstine
Si le président démocrate et son équipe de campagne ont sans doute passé une mauvaise soirée électorale, ils ont pu trouver quelques motifs d’espoir dans les résultats des primaires républicaines. Trois jours après son succès en Caroline du Sud, Donald Trump a certes engrangé dans le Michigan une sixième victoire d’affilée en autant de scrutins, une performance inédite qui confirme sa mainmise sur le Parti et ses électeurs. Mais son ultime rivale en lice, l’ancienne gouverneure et ambassadrice à l’ONU Nikki Haley, que les pro-Trump accusent de s’obstiner sans raison, n’a pas pour autant été ridicule - remportant près de 27 % des suffrages.
Quoique nettement plus faible que celui obtenu samedi dans son Etat natal de Caroline du Sud (39,5 %), le score de Nikki Haley confirme qu’une frange non négligeable de l’électorat conservateur ne souhaite pas le retour de Donald Trump. En l’absence de sondages de sortie des urnes dans le Michigan, se livrer à une analyse plus précise de ce gros quart d’électeurs ayant opté pour Nikki Haley relève d’une gageure. Ses scores dans les comtés de Washtenaw (45 %) et de Oakland (33 %), une banlieue aisée de Détroit, semblent toutefois confirmer la relative faiblesse de l’ex-président auprès des étudiants et des femmes blanches diplômées.
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Au cours des scrutins précédents, environ un électeur républicain sur cinq affirmait ne pas vouloir voter pour Donald Trump en novembre. Un argument brandi par Nikki Haley pour justifier le maintien de sa candidature, en dépit des pressions de Trump et du parti. Après deux jours dans le Michigan, l’ancienne ambassadrice était mardi dans le Minnesota et le Colorado, et sera ce mercredi dans l’Utah, autant d’Etats qui voteront lors du «Super Tuesday» du 5 mars. Des Etats où Nikki Haley entend offrir une alternative aux électeurs. «L’Amérique a la chance d’être une démocratie. Laissons les gens voter», a-t-elle répété mardi soir sur CNN.




