Une arme iconique qui relance le débat sur les armes à feu aux Etats-Unis. Mardi 16 juillet, le président américain, Joe Biden, a appelé à interdire l’AR-15, un type de fusil semi-automatique très répandu aux Etats-Unis et utilisé dans la tentative d’assassinat contre Donald Trump. «Aidez-moi à débarrasser les rues de l’Amérique de ces armes de guerre. Un AR-15 a été utilisé dans les tirs contre Donald Trump… Il est temps de les supprimer», a déclaré le démocrate dans un meeting de campagne à Las Vegas. Libé fait le point sur l’arme utilisée par Thomas Matthew Crooks, l’homme qui a tenté d’assassiner l’ex-président des Etats-Unis, l’une des plus vendues outre-Atlantique.
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L’AR-15, version civile du M16 militaire
L’AR-15 est né à Los Angeles dans les années 1950 sous la main d’Eugene Stoner, un ancien marine employé d’ArmaLite – à laquelle fait référence le sigle «AR». En 1959, l’entreprise d’armement cède le brevet à Colt, qui la commercialise progressivement dans le monde entier, notamment auprès de l’armée américaine, laquelle le rebaptise sous le nom de M16. La version civile n’est lancée que des années plus tard. Les ventes de l’AR-15 explosent à partir de 1994, lorsque le président Bill Clinton signe une loi interdisant durant dix ans certaines armes semi-automatiques considérées comme des armes d’assaut, en réaction à plusieurs fusillades incluant des AK-47 et des Mac-10. A la fin de l’interdiction en 2004, les ventes de l’AR-15 augmentent de nouveau, représentant aujourd’hui un quart des ventes d’armes aux Etats-Unis.
Un fusil semi-automatique léger, fiable et bon marché
Selon les différents modèles développés à travers le monde, le fusil semi-automatique AR-15 pèse entre 2,7 et 3 kilos, son canon mesure entre 19 et 50 centimètres et sa longueur totale varie entre 70 à 90 centimètres, d’après les chiffres fournis par Yves Gollety, président de la chambre syndicale des armuriers de France. Son calibre de balles le plus courant est le 5,56 /223, l’une des raisons de son engouement auprès du grand public. «C’est un calibre très léger qui permettait par exemple aux forces militaires américaines d’emporter beaucoup de munitions sans être trop chargées», détaille Yves Gollety. «Il s’agit d’une arme robuste qui peut tirer en rafale et être utilisée avec fiabilité jusqu’à 300 mètres», ajoute Gérard Adam, membre de la Compagnie nationale des experts en armes et munitions. Pour les deux spécialistes, le succès de l’arme est aussi dû à son aspect customisable : de nombreux accessoires peuvent être ajoutés au modèle, comme des viseurs laser ou des lampes torches. Dernier critère de poids d’après Yves Gollety : son «excellent rapport qualité-prix» aux Etats-Unis, qu’il estime entre 500 et 2 000 dollars.
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Un symbole des tueries de masse aux Etats-Unis
En 2023, le Washington Post estimait à 16 millions le nombre d’Américains possédant un AR-15, en majorité pour des questions d’autodéfense. «D’autant qu’il est relativement aisé d’en obtenir sur le marché américain, qui en produit en masse», souligne Gérard Adam. L’AR-15 revient ainsi dans un grand nombre de tueries de masse de ces dernières années aux Etats-Unis, devenant un symbole du débat sur le contrôle des armes à feu aux Etats-Unis – Uvalde en 2022 (21 morts), Parkland en 2018 (17 morts), Las Vegas en 2017 (59 morts), Orlando en 2016 (50 morts), la tuerie de l’école primaire Sandy Hook en 2012 (26 morts)…
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Une arme au cœur du débat sur le contrôle des armes à feu aux Etats-Unis
Une hécatombe qui a motivé durant les deux dernières décennies le camp démocrate à tenter, en vain, de restreindre l’accès à l’AR-15. Ils se heurtent systématiquement aux conservateurs, farouches défenseurs du droit à détenir des armes, garanti par le deuxième amendement de la Constitution américaine, et aux pressions du puissant lobby des armes à feu, la National Rifle Association. Depuis 2022, l’administration Biden a tout de même réussi à renforcer le contrôle des armes à feu, notamment en obligeant les vendeurs à vérifier le profil des acheteurs, échouant cependant à interdire la vente aux moins de 21 ans. Selon une étude du Pew Research Center parue en septembre 2023, près de 60 % des Américains estiment que la violence armée est un «très gros problème» dans le pays et se disent favorables à des lois plus strictes sur les armes à feu.




