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Shutdown aux Etats-Unis : aide alimentaire, trafic aérien, tourisme… Les répercussions concrètes du blocage s’accumulent

La paralysie budgétaire en cours depuis octobre est devenue, depuis le 5 novembre, la plus longue de l’histoire du pays. Ses conséquences sont de plus en plus concrètes pour les Américains.

La National Gallery of Art fermée à Washington le 6 octobre 2025. ( Brendan Smialowski/AFP)
Publié le 07/11/2025 à 17h55

Le bras de fer entre républicains et démocrates s’éternise et ce sont les Américains qui en paient le prix. Depuis cinq semaines maintenant, les Etats-Unis sont confrontés à une paralysie budgétaire d’une durée désormais record. Et l’incapacité des deux partis à s’entendre a un impact de plus en plus sensible sur la vie quotidienne, à cause du manque de financement des services publics, privés de fonds fédéraux. Selon un sondage réalisé par l’organisation américaine Partnership for public Service, réalisé fin octobre, près de la moitié des répondants (49 %) disent ressentir les effets de ce «shutdown». Libération fait le point sur les conséquences concrètes de ce blocage.

Le trafic aérien perturbé

Des centaines de milliers de voyageurs aux Etats Unis ont leurs vols annulés à partir de ce vendredi 7 novembre. Les compagnies aériennes ont déjà programmé l’annulation de centaines de vols pour se conformer à une instruction du régulateur aérien américain (FAA). Il a décidé de réduire le trafic par mesure de sécurité face à la pénurie de personnel dans les tours de contrôle, auquel il est demandé depuis plus de cinq semaines de travailler sans être payé. Cela affecte des aéroports très fréquentés comme ceux d’Atlanta, Chicago et Dallas. Selon le site de suivi FlightAware, vendredi à 11 heures du matin (heure américaine), au moins 817 vols avaient déjà été annulés, soit plus que les trois derniers jours réunis.

Les perturbations débutent à la veille d’un week-end que nombre d’Américains prolongeront jusqu’au mardi 11 novembre - jour férié aux Etats-Unis pour célébrer les vétérans. Et elles surviennent à l’approche de Thanksgiving, la grande fête familiale américaine pour laquelle des millions d’Américains prennent l’avion chaque année, qui doit être célébrée le 27 novembre. Aux annulations de vols s’ajoutent les longues files d’attente aux points de contrôles qui sont gérés par des agents de sécurité également privés de salaire depuis plus d’un mois.

Des fonctionnaires étranglés économiquement

Car depuis le 1er octobre, la fermeture de services publics a suspendu le travail d’au moins 600 000 personnes, placées en chômage technique. Comprendre : pendant toute la durée du «shutdown», ces dernières ne travaillent pas et ne sont donc pas payées. Parallèlement, environ 700 000 employés fédéraux, dont le travail a été jugé essentiel, continuent de travailler, mais sans recevoir de salaire.

La loi de 2019 sur le traitement équitable des employés du gouvernement - signée par Donald Trump lors de son premier mandat - prévoit que les employés fédéraux recevront leur salaire de manière rétroactive une fois la paralysie terminée. Mais la Maison Blanche a tenté de semer le doute sur le sujet. Selon le Washington Post, le milliardaire républicain a exclu les employés placés en chômage technique de cette politique de remboursement.

L’aide alimentaire fédérale coupée

Le 24 octobre, les responsables de l’administration Trump ont affirmé qu’ils n’utiliseraient pas les fonds d’urgence pour couvrir en novembre les prestations du programme fédéral SNAP - le plus important programme de bons alimentaires du pays, dont bénéficient 42 millions de personnes. Mais contraint par plusieurs décisions juridiques, le locataire de la Maison Blanche a dû déclarer en début de semaine que l’aide alimentaire serait finalement distribuée à 50%. Répondant à l’injonction de deux juges fédéraux, le gouvernement américain a en effet débloqué 4,65 milliards de dollars - sur les 8 milliards nécessaires au bon fonctionnement de ce programme de lutte contre la pauvreté. L’administration a toutefois prévenu que de «longs retards» pourraient survenir dans les versements des prestations.

Selon le programme Food Research and Action Center, 39 % des personnes qui dépendent du SNAP pour se nourrir sont des enfants, tandis que 20 % sont des personnes âgées et 10 % des personnes en situation de handicap. Le quotidien britannique The Guardian a de son côté lancé un appel à témoisn pour tenter de comprendre plus précisément les répercussions de la paralysie budgétaire sur les Américains dépendants de cette aide alimentaire. Et les résultats sont clairs : «nombre de ceux qui ont répondu à l’appel étaient âgés ou inactifs en raison de graves problèmes de santé mentale ou physique».

Le tourisme et les parcs affectés

Une autre victime collatérale, le tourisme. De nombreux sites de Washington sont financés par l’État fédéral et donc fermés depuis plus d’un mois. C’est notamment le cas de la Bibliothèque du Congrès, du Musée des Archives nationales et des 21 musées gérés par la Smithsonian Institution. Un coup dur pour la capitale américaine, dont le tourisme est un moteur économique essentiel. L’an dernier, plus de 27 millions de personnes ont visité la ville et y ont dépensé 11,4 milliards de dollars, selon Destination DC.

Dans l’ensemble du pays, un grand nombre de parcs nationaux ont aussi été contraints de réduire leurs équipes, faute de fonds fédéraux, sans pour autant fermer leurs portes. Le célèbre parc californien du Yosemite se voit par exemple privé d’employés assurant l’entretien des sentiers, la surveillance des visiteurs ou encore de la conservation du site. Alors que les visiteurs continuent de venir en nombre, un des rares employés encore présents sur le parc a déploré auprès du Guardian une «situation chaotique».

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