Le vent soulève la poussière sur les plaines arides du comté d’Eddy, dans l’extrême sud-est du Nouveau-Mexique. Sous un ciel d’orage, le pick-up blanc s’immobilise sur le bas-côté d’une piste ocre, à une vingtaine de kilomètres de la ville d’Artesia. A peine la portière ouverte, l’air brûle la gorge. Une odeur âcre, mélange de gaz et de métal, sature l’atmosphère. A quelques mètres, un puits de pétrole se dresse, sa peinture beige écaillée par la rouille. Officiellement inactif, il respire pourtant encore – un souffle invisible, toxique. Charlie Barrett, chemise kaki, longs cheveux blonds sous une casquette sombre, déplie son trépied et installe sa caméra infrarouge. A l’écran, des volutes grises apparaissent aussitôt : du méthane et d’autres vapeurs nocives s’échappent de la valve corrodée et s’élèvent dans le ciel pesant.
Charlie Barrett, la quarantaine, travaille pour Oilfield Witness, une ONG déterminée à traquer les fuites de méthane, gaz climaticide, pour «révéler les sales secrets de l




