Menu
Libération
Documents

Société offshore, dîners, voyages… Ce que l’on sait des liens entre Epstein et Caroline Lang, la fille de Jack Lang

Figure influente du monde du cinéma, la fille de l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand apparaît sur le testament financier du pédocriminel américain.

Caroline Lang, lors de la cérémonie des globes de cristal, le 30 janvier 2017 à Paris. (Laurent Benhamou/SIPA)
Publié le 03/02/2026 à 10h29

La nouvelle masse de documents diffusée vendredi 30 janvier par le ministère de la Justice américain – pas moins de 3 millions de pages – sur les agissements et la correspondance de Jeffrey Epstein éclabousse toute une partie de l’élite américaine, mais pas seulement. Selon les informations de Mediapart, Caroline Lang, la fille de Jack Lang, ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, a fondé en 2016 une société offshore dans les îles Vierges avec le pédocriminel, soit huit ans après la première condamnation de l’homme d’affaires pour prostitution de mineures. Libération fait le point sur ce que l’on sait de cette société.

Qui est Caroline Lang ?

La fille de l’actuel président de l’Institut du monde arabe à Paris est une figure influente du monde du cinéma. A 64 ans, elle a passé une trentaine d’années à la tête de la société de production Warner Bros Television pour la France et les pays francophones. Elle est administratrice du festival Séries Mania et jusqu’à peu était membre de la commission de l’avance sur recettes du Centre national du cinéma (CNC). Jusqu’à lundi, elle était également déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), détaille Mediapart. Plus jeune, Caroline Lang a eu une très courte carrière d’actrice et copréside aujourd’hui l’association Pour les femmes dans les médias.

La sexagénaire affirme avoir fait la connaissance de Jeffrey Epstein autour de 2012, par le biais d’un couple d’amis communs : le réalisateur Woody Allen et sa compagne, Soon-Yi Previn. «Un jour, Jeffrey nous a dit, à mon père et moi, qu’il voulait investir dans de jeunes artistes français et internationaux, pour les aider. Il a proposé de monter un fonds et j’ai dit oui. Je ne me suis occupée de rien. Ce sont les avocats de Jeffrey Epstein qui ont tout fait, en termes de montage», explique au site d’investigation celle qui est aujourd’hui empêtrée dans le scandale américain.

Que révèlent les documents sur les liens entre Epstein et la famille Lang ?

Selon les éléments consultés par Mediapart, Jeffrey Epstein et Caroline Lang partageaient donc cette société offshore domiciliée dans les îles Vierges américaines, «un paradis fiscal, dont la moitié des parts est détenue par Caroline Lang», résume le site d’investigation. Bien qu’aucun des documents ne laisse supposer une implication de la sexagénaire et de son père dans les crimes sexuels du prédateur, Jeffrey Epstein a signé deux jours avant sa mort un testament financier dans lequel il affirmait vouloir léguer en cas de décès 5 millions de dollars à Caroline Lang. Cette dernière affirmait ne pas connaître l’existence de ce testament avant que Mediapart ne le lui présente.

Et Caroline n’est pas la seule de la famille Lang à apparaître sur les documents. Dans un mail d’un avocat d’Epstein daté du 21 octobre 2016 et révélé vendredi par le ministère de la Justice américain, on peut lire : «J’ai finalement sécurisé le soutien de la famille Lang sur le dossier et les documents.» A la découverte de ces informations, Caroline Lang a montré à Mediapart un document remontant à septembre 2016 qui démontre également une implication plus générale de la famille Lang. Selon le site d’investigation, il stipule que la dissolution de la société offshore n’aura lieu qu’après la mort de Jeffrey Epstein, de Caroline Lang et de son père. Ce dernier assure pour sa part n’avoir jamais été informé de cette clause. Pourtant, Mediapart révèle de nombreux échanges entre les deux hommes, des rendez-vous financiers, des dîners, des cafés, des voyages, souvent par l’intermédiaire de Caroline Lang.

Cette dernière, comme son père, assurent n’avoir jamais suspecté la pédocriminalité de Jeffrey Epstein et le trafic sexuel qu’il est accusé d’avoir mis en place. «Un jour, il y a longtemps, il m’avait dit : “Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler”, alors je suis allée chercher et j’ai trouvé dans la presse de Floride qu’il avait été condamné pour prostitution de mineures et qu’il avait été condamné pour cela en 2008. Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l’ai cru», a-t-elle affirmé à Mediapart.

Qu’est-ce que cette société ?

La société offshore, dont la moitié des parts est détenue par Jeffrey Epstein et l’autre par Caroline Lang, est baptisée Prytanee LLC. Elle a été immatriculée le 22 juillet 2016 à Saint Thomas – une des trois îles Vierges américaines. Toujours selon les informations de Mediapart, Caroline Lang a investi dans cette société par l’intermédiaire d’une «tierce entité, le Pierre Trust, lui aussi domicilié dans les îles Vierges». Un document datant de décembre 2016 et faisant partie des Epstein Files précise la répartition des rôles entre les deux protagonistes : Epstein aurait fourni les fonds via son entreprise, la Southern Trust Company (STC), et Caroline Lang aurait apporté sa connaissance du marché de l’art.

«J’ai été d’une naïveté confondante», reconnaît aujourd’hui Caroline Lang auprès de Mediapart, qui avoue ne pas avoir déclaré au fisc français sa société dans les îles Vierges. «Comme je n’avais pas mis d’argent dedans – tous les fonds provenaient de Jeffrey –, je n’ai pas mesuré les implications et les conséquences», ajoute-t-elle.

Après ces révélations, quelles répercussions ?

A la suite de ces révélations, Caroline Lang a annoncé lundi 2 février démissionner de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI). «Il y a trois semaines, j’ai été nommée déléguée générale du Syndicat de la production indépendante […]. Je ne souhaite en aucun cas que cette situation puisse fragiliser ou nuire au syndicat», a-t-elle déclaré via un communiqué dans lequel elle qualifie le criminel sexuel de «connaissance» et de «mécène généreux» dont «l’idée de constituer un fonds, parfaitement légal, destiné à favoriser l’acquisition d’œuvres» lui avait semblé «pertinente».

Elle assure n’avoir perçu «aucune rémunération ni aucun bénéfice de ce fonds». Jack Lang, lui, a déclaré «assumer pleinement les liens» qu’il a pu créer avec le financier américain.

Dans la même rubrique