Par ici la sortie de crise ? A l’occasion d’un conseil d’administration convoqué en urgence ce week-end, le géant français de l’informatique Capgemini a pris la décision de mettre en vente sa filiale américaine travaillant pour la police états-unienne de l’immigration, l’ICE. Déchaînée par Donald Trump qui a considérablement augmenté ses moyens, cette agence fédérale s’est notamment illustrée, ces dernières semaines, par son implication directe ou indirecte dans la mort de deux citoyens opposés à ses pratiques, Renee Nicole Good et Alex Pretti.
«Capgemini va mettre en vente sa filiale Capgemini Government Solutions (CGS)» et «le processus de cession de cette entité, qui représente 0,4 % du chiffre d’affaires estimé du groupe en 2025 [moins de 2 % de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis], sera initié immédiatement», explique l’entreprise dans un communiqué diffusé à la presse, mais aussi en interne.
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Cette décision est prise après une semaine de polémique autour d’un contrat révélé par l’Observatoire des multinationales, en vertu duquel Capgemini doit aider l’ICE à identifier et localiser des personnes étrangères en vue de leur expulsion des Etats-Unis. Ce contrat, d’un montant minimal de 4,8 millions d’euros mais qui pourrait se révéler plus fructueux selon l’efficacité de la coopération, a été conclu le 18 décembre. Il n’est pas le premier : CGS collabore avec l’ICE depuis près de vingt ans.
Jusqu’à maintenant, la direction de Capgemini avait expliqué n’avoir pas la main sur les contrats passés par sa filiale américaine, mais avait indiqué dans un message interne envoyé aux salariés, mercredi 28 janvier, que le contrat litigieux «faisait l’objet d’un recours».
«Alignement avec les objectifs du groupe»
Au cours du conseil d’administration de ce week-end, Capgemini «a estimé que les contraintes légales habituelles imposées aux Etats-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées ne permettaient pas au groupe d’exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale, afin d’assurer un alignement avec les objectifs du groupe», explique son communiqué.
Chez les syndicats, l’annonce est accueillie diversement. Sur LinkedIn, la déléguée syndicale centrale CFE-CGC a salué ce dimanche matin «une décision qui contribue à clarifier le positionnement du groupe au regard des valeurs démocratiques qu’il entend incarner, et promouvoir ainsi que son attachement aux valeurs fondamentales et éthiques du groupe». A la CFDT, première organisation représentative, le délégué syndical central, Frédéric Bolloré, partage à titre personnel (en attendant que le syndicat donne sa position officielle) «une forme de satisfaction que les salariés et les organisations syndicales aient été entendus et pas seulement écoutés», mais ajoute : «Ça s’est produit, il faudrait éviter que ça se reproduise.» Il relève par ailleurs que dans le communiqué la mention des «objectifs du groupe» passe sous silence les enjeux éthiques de l’affaire.
Plus critique, la CGT estime dans un texte à paraître ce lundi matin que «la direction est plus soucieuse de son image éthique que des vies réellement menacées derrière le contrat», et juge la décision de revendre CGS «assez lâche». Son représentant, Benjamin Girard, rappelle que le syndicat a demandé «un audit des contrats signés entre 2007 et aujourd’hui», mais aussi de mettre fin aux partenariats commerciaux avec «toute entreprise ou institution complice de guerres, colonisations, génocides ou violences policières».




