L’épilogue d’une longue bataille politico-judiciaire ? Après maintes menaces échangées avec la Maison-Blanche, et même des arrêts temporaires, TikTok met en place la solution arrêtée d’un commun accord avec les Etats-Unis : une coentreprise, majoritairement détenue par des investisseurs américains, pour gérer ses activités dans le pays. Le groupe vient tout juste d’officialiser son lancement, jeudi 22 janvier.
La nouvelle structure servira plus de 200 millions d’utilisateurs. Elle est censée mettre en œuvre des garanties strictes en matière de protection des données, de sécurité des algorithmes et de modération des contenus, a assuré la plateforme dans un communiqué.
Témoignages
Sa création répond à une loi adoptée sous le mandat de l’ancien président démocrate Joe Biden, obligeant ByteDance, le propriétaire chinois de TikTok, à céder le contrôle de ses activités aux Etats-Unis sous peine d’y être interdit. La date butoir, repoussée plusieurs fois par Donald Trump, était justement fixée à ce vendredi 23 janvier.
Sitôt l’annonce faite, le locataire de la Maison Blanche s’est empressé de s’en gargariser sur son réseau Truth Social : «Je suis tellement heureux d’avoir aidé à sauver TikTok !» Visiblement satisfait que la plateforme appartienne «désormais à un groupe de grands patriotes et investisseurs américains».
Des soutiens de Trump parmi les investisseurs
Le président américain, qui avait défini les contours de la structure dans un décret publié en septembre, a aussi tenu à «remercier le président chinois Xi d’avoir travaillé avec nous et, en fin de compte, approuvé l’accord. […] Nous lui en sommes reconnaissants».
Il faut dire que, parmi les investisseurs, figurent plusieurs riches soutiens de Donald Trump. Comme Larry Ellison, à la tête d’Oracle. Sa société, qui stockera les données des utilisateurs américains dans son cloud sécurisé, détiendra 15 % de la coentreprise ; même pourcentage pour le groupe américain Silver Lake. Le groupe informatique Dell et le fonds MGX, basé à Abou Dhabi, figurent aussi dans la liste des investisseurs.
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ByteDance conserve pour sa part une participation de 19,9 % dans la coentreprise : elle reste ainsi en dessous du seuil de 20 % fixé par la loi américaine. Selon le groupe, la structure fonctionnera comme «une entité indépendante» dirigée par un conseil d’administration de sept membres majoritairement américains. Dont le directeur général de la plateforme, Shou Chew, et des dirigeants de grands fonds d’investissement.
«Grandes questions»
TikTok conservera en revanche le contrôle de ses services chargés de ses activités commerciales (publicité, vente en ligne, communication, etc) et de «l’interopérabilité mondiale» du réseau social.
Derrière ces précisions, «de grandes questions sur la manière dont tout cela va se dérouler» persistent tout de même, juge l’analyste Jasmine Enberg. «En coulisses, TikTok travaille probablement d’arrache-pied pour rassurer les annonceurs sur le fait que l’activité restera normale», a-t-elle confié à l’AFP. «Même si l’obligation pour les utilisateurs de télécharger une nouvelle application semble peu probable, les partenaires de la marque voudront s’assurer que leurs stratégies ne seront pas perturbées.»
La loi adoptée au printemps 2024 par le Congrès américain visait à empêcher que les autorités chinoises puissent mettre la main sur des données personnelles d’utilisateurs de TikTok aux Etats-Unis, ou ne soient en mesure d’influencer l’opinion américaine du fait du puissant algorithme du réseau social. La plateforme a certes admis que des employés basés en Chine avaient eu accès à des données d’utilisateurs américains, mais elle a toujours démenti les avoir communiquées au gouvernement chinois.




