La signature était attendue. Menacé d’être interdit sur le territoire états-unien, TikTok a signé un accord permettant la création d’une coentreprise américaine pour assurer son maintien. Selon un mémo interne du directeur général dévoilé jeudi par des médias américains, le texte a été signé par le populaire réseau social et son propriétaire, le groupe chinois ByteDance, et trois investisseurs. Cette signature concrétise l’annonce faite en septembre par Donald Trump selon laquelle un compromis avait été trouvé après d’intenses tractations entre Washington et Pékin sur l’avenir du réseau social, très prisé de la jeunesse et objet de multiples controverses à travers le monde.
Le texte, dans l’esprit des législateurs américains, a pour but d’empêcher les autorités chinoises de mettre la main sur des données personnelles d’utilisateurs de TikTok aux Etats-Unis ou d’influencer l’opinion publique via le puissant algorithme derrière le défilement des courtes vidéos.
Majorité américaine
La future coentreprise «opérera comme une entité indépendante» de TikTok «avec autorité sur la protection des données» des utilisateurs américains, comme «la sécurité de l’algorithme, la modération du contenu» et la conformité du réseau social, selon le mémo adressé à ses employés par le directeur général de la société, Shou Chew. En revanche, l’application conservera le contrôle aux Etats-Unis des services chargés de ses activités commerciales (publicité, vente en ligne, communication, etc.).
A lire aussi
Et la coentreprise se plie à toutes les exigences de Donald Trump. D’abord, elle sera détenue majoritairement par des investisseurs américains, Oracle, Silver Lake et MGX – réputés proches de l’administration Trump –, détiendront à parts égales 45 % de la coentreprise. Elle sera également gouvernée par un nouveau conseil d’administration de sept membres dont la majorité sera américaine, et sera soumise à des conditions qui protègent les données des utilisateurs américains et la sécurité nationale des Etats Unis.
«Acteur malveillant»
L’application, qui compte plus d’un milliard et demi d’utilisateurs, est dans le viseur de plusieurs autorités à travers le monde, accusée de cantonner ses usagers dans des silos via un algorithme opaque, et de favoriser la désinformation et les contenus illégaux, violents ou obscènes. En septembre, le président de la commission aux Affaires chinoises de la Chambre des représentants, John Moolenaar, avait prévenu qu’il effectuerait «une revue complète» de l’accord, accusant ByteDance d’être «un acteur malveillant». Si ByteDance n’a pas commenté immédiatement l’accord, des experts ont estimé qu’il s’agissait d’un compromis permettant d’éviter de perdre l’accès au lucratif marché américain. «Maintenir l’activité américaine est en soi une victoire», a résumé Li Chengdong, fondateur du cabinet chinois de conseil tech Dolphin. De son côté, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, n’a pas commenté l’accord vendredi, réaffirmant seulement que la position de Pékin sur le dossier était «cohérente et claire».
En France, TikTok est visé depuis novembre par une enquête judiciaire, soupçonné de pousser les plus «vulnérables au suicide». Des manquements sur la protection des données ont valu à l’application une amende de 530 millions d’euros en Irlande, au nom de l’Union européenne, et une nouvelle procédure est en cours.




