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Analyse

Trump contre l’Europe : anatomie d’une offensive idéologique et politique

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Animée par une vision civilisationnelle et raciste, l’administration américaine fait désormais de l’Europe un terrain de guerre idéologique, assumant entre autres l’ingérence électorale, avec l’appui des géants de la tech, au profit de l’extrême droite.

Donald Trump montre une photo de lui avec le président russe Vladimir Poutine en Alaska. Dans le Bureau ovale, le 22 août 2025 à Washington. (Chip Somodevilla/Getty Images)
ParFrédéric Autran
Benjamin Delille
Correspondant à Washington
Publié le 19/12/2025 à 8h44

Pendant longtemps, l’Europe s’est bercée d’un récit rassurant : Donald Trump ne serait qu’une parenthèse, une anomalie tapageuse dans une relation transatlantique fondamentalement solide. Ses outrances verbales, son imprévisibilité, ses attaques contre l’Otan ou l’Union européenne étaient perçues comme des excès rhétoriques, neutralisés par l’inertie des alliances et de l’appareil d’Etat américain. La publication, le 5 décembre, de la nouvelle Stratégie nationale de sécurité (NSS) des Etats-Unis a balayé les dernières illusions. Le texte de 33 pages ne laisse aucune ambiguïté : pour Washington, l’Europe n’est plus un partenaire à ménager, mais un objet politique à remodeler.

«Malgré son caractère déplaisant, la NSS est en réalité un document utile du point de vue européen. Elle codifie noir sur blanc ce qui était évident depuis un an : Trump et son équipe sont ouvertement hostiles à l’Europe», résume Minna Alander, du centre de recherche londonien Chatham House. Dès lors, l’espoir de «tenir bon» jusqu’à un hypothétique retour à l’ordre ancien devient non seulement illusoire, mais «politiquement intenable», ajoute la chercheuse. Car le texte n’est pas un simple diagnostic stratégique : c’est un acte de rupture, un manifeste idéologique

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