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«Un modèle d’intégrité» : face à Trump, une fronde se lève pour préserver la Fed aux Etats-Unis

Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a annoncé dimanche 11 janvier que l’institution était menacée de poursuites par l’administration républicaine, en plein bras de fer sur les taux directeurs.

Après une ouverture dans le rouge, la Bourse de New York, ici le 12 janvier 2026, a clôturé la journée en hausse. (Angela Weiss/AFP)
Publié le 13/01/2026 à 10h42, mis à jour le 13/01/2026 à 11h49

C’est une démarche qui «n’a pas sa place aux Etats-Unis». Des personnalités américaines de tous bords ont défendu lundi 12 janvier avec force l’indépendance de la banque centrale des Etats-Unis, selon elles menacées par une tentative de déstabilisation inédite du gouvernement Trump. Dans un communiqué, ses prédécesseurs à la Fed et d’autres personnalités économiques de premier plan ont dénoncé une instrumentalisation de la justice «sans précédent» visant à «saper l’indépendance» de l’institution monétaire.

Dimanche 11 janvier, le président de la Fed, Jerome Powell, a révélé que l’institution était convoquée devant le département de la Justice et pourrait être mise en accusation au pénal pour fraude. En cause, officiellement, une de ses auditions en juin qui concernait un projet de rénovation du bâtiment de l’institution, a-t-il détaillé dans un communiqué. Une procédure «prétexte», selon le très pondéré banquier central, qui a dénoncé «des pressions politiques et intimidations» émanant directement du président des Etats-Unis. Donald Trump n’a en effet jamais caché son hostilité envers Jerome Powell. Avant même sa réélection, il l’avait accusé de ne pas agir suffisamment vite pour abaisser les taux et d’agir pour des motifs politiques et non économiques. Et le chef d’Etat a étendu sa croisade à toute l’institution : en août 2025, il avait tenté, sans succès, de révoquer une autre responsable de la Fed, Lisa Cook, sur fond d’allégations de fraude pour un prêt immobilier personnel.

«Colombe» décomplexée

«L’histoire nous montre que quand des tentatives indues de peser sur la politique monétaire parviennent à leurs fins, cela conduit souvent à des résultats très regrettables, notamment une instabilité économique et une inflation élevée», a déclaré le président de la Fed de New York, John Williams, lors d’un événement organisé dans sa ville. Et l’inquiétude est arrivée jusqu’aux institutions européennes : le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a pris la défense de Powell et loué chez son homologue un «modèle d’intégrité», rejoint dans un communiqué par la BCE, la banque d’Angleterre et huit autres banques centrales. «Nous sommes pleinement solidaires de la banque centrale et de son président Jerome Powell», décrivant «l’indépendance des banques centrales comme la pierre angulaire de la stabilité économique, financière et tarifaire, dans l’intérêt des citoyens que nous servons».

Des parlementaires républicains ont aussi manifesté leur désapprobation, alors que le parti présidentiel a jusqu’ici peu résisté aux initiatives de la Maison Blanche. «Les enjeux sont trop élevés pour fermer les yeux : si la Réserve fédérale perd son indépendance, la stabilité de nos marchés et de l’économie dans son ensemble en souffrira», a écrit sur X la sénatrice de l’Alaska Lisa Murkowski. Comme son collègue Thom Tillis, sénateur de la Caroline du Nord, elle a prévenu qu’elle n’adouberait aucun candidat de Donald Trump à un poste au sommet de la Fed tant que cette affaire perdurerait.

Car le chef d’Etat peut annoncer à tout moment le nom de la personne qu’il veut voir prendre la suite de Jerome Powell, dont le mandat de président prend fin en mai. Donald Trump a lui-même déjà présenté son conseiller économique Kevin Hassett comme favori mais continue de ménager un certain suspense. Il a toutefois laissé entendre qu’il placerait une «colombe» décomplexée à la tête de l’institution. Soit, dans le jargon des banques centrales, une personne fermement décidée à réduire les taux d’intérêt, peu regardante sur le niveau de l’inflation. En

Ce nouveau rebondissement a surpris les investisseurs, qui apprécient généralement les baisses de taux directeurs mais sont aussi attachés à l’indépendance de la Fed, garde-fou contre l’inflation. Toutefois, «les marchés se disent que cette enquête aura peu, voire pas d’impact sur l’indépendance de la Fed», estime Bernard Yaros, d’Oxford Economics. Après une ouverture dans le rouge, la Bourse de New York a finalement renversé la vapeur et terminé en hausse.

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