Une tentative de «pacification» du Brésil pour certains, une «offensive putschiste» pour d’autres. Ce mercredi 10 décembre, les députés brésiliens ont adopté, au terme d’une séance parlementaire houleuse, une proposition de loi qui pourrait considérablement alléger la peine de l’ex-président Jair Bolsonaro, condamné en septembre à 27 ans de prison pour tentative de coup d’Etat. Si le texte est également voté par le Sénat, «Bolsonaro verra sa peine réduite de 27 ans et 3 mois à environ 2 ans et 4 mois de prison», a affirmé son rapporteur, le député Paulinho da Força. La décision finale sur la peine de l’ancien président reviendra toutefois à la Cour suprême.
Le texte, adopté à la grande majorité (291 voix contre 148) par la Chambre des députés, prévoit également d’accorder une liberté conditionnelle à plus d’une centaine de partisans de l’ex-président d’extrême droite. Ces derniers ont été condamnés pour l’assaut contre les lieux de pouvoirs à Brasília – le Congrès, la Cour suprême, et le Palais présidentiel – le 8 janvier 2023, quelques jours après l’investiture de Lula, l’actuel président de gauche. Son arrivée au pouvoir avait signé la fin du mandat de quatre ans de Bolsonaro, de 2019 à 2022. Pour le rapporteur du texte, deux ans plus tard, il s’agit d’«un geste de réconciliation». «Un pays ne peut rester éternellement prisonnier de son passé récent», a-t-il défendu pendant la séance.
L’apaisement n’était pourtant pas au programme de la séance parlementaire qui a précédé le vote. Les débats ont dû être interrompus pendant un long moment à la suite d’incidents dans l’hémicycle. Un député progouvernemental, Glauber Braga, a notamment été expulsé manu militari par la police après avoir dénoncé une «offensive putschiste» et s’être installé dans le fauteuil du président de la Chambre.
Les tensions ont même entraîné l’arrêt de la retransmission télé de la séance et les journalistes ont été chassés de la salle, générant bousculades et échauffourées. Cet «épisode de violence» a par la suite été «condamné avec véhémence» par la Fédération des journalistes du Brésil.
«Un attentat contre la démocratie»
Bloquée plusieurs mois durant, la proposition a finalement été inscrite mardi 9 décembre à l’ordre du jour de la Chambre, pour le plus grand plaisir de l’opposition de droite qui milite en faveur d’une amnistie de l’ex-président. «Comme nous n’avons pas réussi à créer l’environnement politique et à obtenir les votes nécessaires pour l’amnistie, la première étape pour atteindre notre objectif sera la réduction des peines», avait déclaré le député leader de l’opposition, Sostenes Cavalcante, au cours d’une conférence de presse.
De son côté, le parti de la gauche au pouvoir a qualifié l’initiative parlementaire d’«inacceptable». «Toute loi doit être générale. Nous faisons clairement une loi spécifique pour bénéficier à Bolsonaro», a commenté le député leader de la majorité, Lindbergh Farias. «Ce qui se passe aujourd’hui est une honte, un attentat contre la démocratie et un effort de plus pour l’immunité» des putschistes, a-t-il ajouté.
Profil
A 70 ans, Jair Bolsonaro est détenu depuis fin novembre dans les locaux de la police fédérale à Brasília, dans une petite cellule équipée d’un minibar, de la climatisation et d’une télévision. Mardi, ses avocats ont réclamé son hospitalisation d’urgence en raison d’une «aggravation significative de son état de santé», nécessitant selon eux une double opération chirurgicale, l’ancien président souffrant de séquelles permanentes après avoir été poignardé à l’abdomen en 2018 lors d’un meeting de campagne présidentielle.
Bolsonaro a été reconnu coupable en septembre par la Cour suprême d’avoir conspiré pour se maintenir au pouvoir «de façon autoritaire» quel que soit le résultat de l’élection de 2022, qu’il a finalement perdue au second tour face à son rival de gauche Lula. Il clame son innocence, se disant victime de «persécution politique». Fin novembre, sa défense a déposé un nouveau recours pour demander l’annulation du procès, après le rejet par la Cour suprême d’un premier appel. Vendredi 5 décembre, le fils de l’ex-président, Flavio Bolsonaro, sénateur de 44 ans, avait annoncé que son père l’avait désigné pour représenter son camp lors de la prochaine élection présidentielle l’année prochaine, en 2026.




