En résumé :
- Nicolás Maduro a été «capturé» et exfiltré vers les Etats-Unis après une opération militaire américaine menée à Caracas dans la nuit de vendredi à samedi. La situation a provoqué des scènes de panique dans les rues de la capitale.
- Dans une longue conférence de presse ce samedi après-midi, Donald Trump a affirmé que les Etats-Unis allaient provisoirement «diriger» le Venezuela, avec notamment l’arrivée des «très grandes compagnies pétrolières américaines».
- «L’heure de la liberté est arrivée», a lancé samedi la cheffe de l’opposition vénézuélienne, María Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025.
- L’intervention américaine a suscité de vives réactions à travers le monde, entre condamnations et inquiétudes. Mais Emmanuel Macron et plusieurs dirigeants européens ont avant tout critiqué le dictateur Maduro, sans condamner fortement l’attaque.
Le jour d'après
Après l’attaque menée par les Etats-Unis à Caracas samedi et la «capture» du chef de l’Etat vénézuélien, celui-ci a été exfiltré par l’armée américaine et escorté jusqu’à une prison fédérale de Brooklyn.
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Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira en urgence lundi
L’instance onusienne se réunira lundi matin pour discuter de l’opération américaine de capture du président vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas, a fait savoir ce samedi soir la présidence somalienne du Conseil. La réunion d’urgence, qui est prévue à 10 heures à New York (soit 16 heures à Paris), a été demandée par le Venezuela, requête relayée par la Colombie qui vient d’entrer au Conseil de sécurité, ont précisé des sources diplomatiques.
Après la réaction d’Emmanuel Macron, l’explication de texte de son entourage
L’entourage du chef de l’Etat assure ce samedi soir à la presse que la France a demandé «de longue date» une «transition politique et le respect des choix du peuple vénézuélien». Alors qu’Emmanuel Macron n’a pas condamné l’opération américaine, son entourage explique qu’un «dictateur a été déchu». «Le droit international doit désormais être respecté», poursuit cette même source, ajoutant que la «souveraineté nationale doit prévaloir». La France, rappelle l’entourage du chef de l’Etat, plaide pour un «changement pacifique au Venezuela». Emmanuel Macron s’est par ailleurs entretenu dans la journée au téléphone avec Donald Trump et Javier Milei, le président argentin. Il a également eu des échanges avec le président brésilien Lula.
Le Premier ministre britannique «ne versera pas une larme» pour Maduro
Après avoir d’abord appelé au «respect du droit international» plus tôt dans la journée, le Premier ministre britannique Keir Starmer s’est montré plus dur ce samedi soir. «Le Royaume-Uni soutient depuis longtemps une transition du pouvoir au Venezuela. Nous considérons Maduro comme un président illégitime et nous ne verserons pas de larmes sur la fin de son régime», a déclaré le dirigeant britannique dans un communiqué. Il a aussi annoncé des discussions avec Washington «dans les jours à venir» sur le sujet.
Le patron de Total pointe la volonté de «domination énergétique» des Etats-Unis
Les États-Unis utilisent l’énergie comme «un moyen d’influence sur le reste du monde», a estimé Patrick Pouyanné dans une interview à La Tribune Dimanche publiée ce samedi soir - et réalisée avant l’intervention américaine au Venezuela. «Le basculement majeur de ces quinze dernières années […] repose sur la mutation des États-Unis» d’un pays importateur de pétrole et de gaz en «gros producteur de pétrole mondial» et «en passe de devenir le plus gros producteur et exportateur de gaz naturel liquéfié», grâce au pétrole et au gaz de schiste, souligne-t-il dans cet entretien. «Cette domination énergétique» a bouleversé l’économie mais aussi «l’ensemble des dynamiques internationales», analyse le PDG du groupe pétrolier français qui, comme les autres, fonde son activité sur l’analyse géopolitique mondiale.
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La vice-présidente vénézuélienne entend «défendre son pays»
Delcy Rodriguez, première dans l’ordre de succession au pouvoir et à la tête d’un Conseil de défense, s’est montrée combative ce samedi soir, s’exprimant en direct à la télévision. «Nous sommes prêts à défendre le Venezuela, nous sommes prêts à défendre nos ressources naturelles qui doivent servir au développement national», a-t-elle lancé. Delcy Rodriguez a aussi exigé «la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores. L’unique président du Venezuela, c’est le président Nicolás Maduro», a-t-elle dit.
Le chancelier allemand critique lui aussi Maduro
Sur une ligne similaire à celle d’Emmanuel Macron, Friedrich Merz a jugé ce samedi soir que le président vénézuélien avait «conduit son pays à la ruine». Nicolás Maduro a «joué un rôle problématique dans la région», notamment en «impliquant le Venezuela dans le trafic de drogue», a jugé le chancelier, rappelant que l’Allemagne n’a pas reconnu les dernières élections vénézuéliennes, «truquées».
Interview
Maître de conférences en civilisation latino-américaine et spécialiste du Venezuela, Thomas Posado analyse pour «Libération» ce que pourrait changer le coup d’Etat mené ce samedi par les Etats-Unis.
L’agence européenne de sécurité aérienne recommande aux compagnies d’éviter de survoler le Venezuela
L’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) recommande samedi aux compagnies aériennes d’éviter de survoler le Venezuela, estimant que la possible activation des systèmes de défense aérienne engendre «un risque élevé pour les vols civils».
«Compte tenu des frappes américaines et du niveau globalement élevé de tensions, le Venezuela est susceptible de maintenir des niveaux d’alerte renforcés pour ses forces aériennes et ses unités de défense aérienne […], notamment au regard de la possibilité d’actions militaires ponctuelles supplémentaires. Par conséquent, le risque d’erreur de calcul ou de mauvaise identification est évalué comme élevé», détaille le bulletin de l’AESA.
Le régulateur américain de l’aviation (FAA) a lui «interdit» samedi aux compagnies aériennes immatriculées aux Etats-Unis d’opérer dans l’ensemble de l’espace aérien des Caraïbes, «en raison des risques sécuritaires […] liés à l’activité militaire en cours».
Emmanuel Macron sort enfin du silence... et se félicite de la chute de Nicolás Maduro
Après des heures de silence, Emmanuel Macron a enfin commenté la situation au Venezuela. Sans un mot sur l’opération américaine menée hors de tout cadre légal, et malgré les condamnations exprimées aussi bien par l’ONU que l’Union européenne, le président français affirme que «le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir». Et précise : «En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition.» Ajoutant : «La France est pleinement mobilisée et vigilante, notamment pour assurer la sécurité de ses ressortissants en ces heures d’incertitude.»
Plus tôt dans la journée, tout en rappelant que Nicolás Maduro avait «confisqué le pouvoir au peuple vénézuélien» le ministère français des Affaires étrangères avait pour sa part affirmé : «L’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international. La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir.» Visiblement, «la France» ne sait surtout pas vraiment sur quel pied danser.
Colombie et Cuba, prochains dominos?
Le président Gustavo Petro devrait «faire gaffe à ses fesses» selon Donald Trump. Lors de sa conférence de presse post-opération militaire à Caracas, le président américain a menacé son homologue colombien, qui a vivement réagi à la capture de Nicolás Maduro. «Il possède des usines où il fabrique de la cocaïne. […] Il fabrique de la cocaïne et l’expédie aux Etats-Unis, donc il doit vraiment faire gaffe à ses fesses», a-t-il lancé. Interrogé sur le futur du président cubain, Miguel Díaz-Canel, allié du régime cháviste, Donald Trump a cédé la parole à Marco Rubio. Le secrétaire d’Etat, d’origine cubaine, a laissé entendre que Díaz-Canel pourrait connaître un destin similaire à Nicolás Maduro. «Si je vivais à La Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais au moins un peu inquiet», a-t-il déclaré, ajoutant que «Cuba est une catastrophe» et que le pays est «dirigé par des hommes incompétents et séniles.»
Place de la République à Paris, Mélenchon fait huer Trump et appelle à la résistance «les armes à la main»
Le leader LFI a appelé à un rassemblement place de la République, à Paris, en soutien au peuple vénézuélien. Face aux caméras, l’ex-candidat à la présidentielle a affirmé que «nous entrons avec l’intervention des Etats unis au Venezuela dans une phase dramatique de l’histoire de notre monde». Pour Mélenchon, «c’est une fois de plus le pétrole la cause réelle de cette intervention», et non le narcotrafic, comme le défend Donald Trump. «Comme il est dommage que la France ne s’exprime pas», a-t-il ajouté, alors qu’Emmanuel Macron ne s’est pas encore exprimé, laissant la main à son ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Jean-Luc Mélenchon a réclamé par ailleurs la libération de Maduro et son retour au Venezuela. Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel au rassemblement de La France insoumise. Sur la place, de nombreux drapeaux, du Venezuela, de la Colombie, LFI, de la Palestine, de syndicats. «Boycott USA», a-t-on écrit sur un carton. Sur une autre : «Yankees go home.» Au micro, Mélenchon fait huer Trump et appelle à la résistance «les armes à la main» quand un pays est «envahi». «A bas la guerre, à bas l’empire, vive la liberté», conclut Mélenchon. Sur la statue, deux personnes brûlent un drapeau américain.
L'administration Trump prête à travailler avec la vice-présidente du Venezuela?
Selon Donald Trump, le secrétaire d’Etat Marco Rubio a discuté avec Delcy Rodriguez, la vice-présidente du Venezuela, qui lui aurait assuré qu’elle coopérerait avec les autorités américaines pour une transition politique. Officiellement, la Constitution vénézuélienne prévoit qu’en cas de vacance du pouvoir, c’est à la vice-présidence d’assurer l’intérim et d’organiser des élections dans les soixante jours. Plus tôt ce samedi, les autorités vénézuéliennes ont pourtant assuré une «mobilisation massive» contre ce qu’elles jugent être une «agression illégale» des Etats-Unis.
L'opération «Asbolute resolve»: 150 avions et hélicoptères mobilisés
Dan Caine, chef d’état-major américain, a donné une palanquée de détails sur l’opération militaire nocturne contre le régime Maduro, baptisée «Absolute Resolve». C’est «l’aboutissement de mois de planification et de répétition» entre l’armée et les services de renseignements, aux Etats-Unis mais aussi sur place, des agents de la CIA ayant suivi le couple présidentiel depuis le mois d’août, a-t-il précisé. Plus de 20 bases et 150 aéronefs ont été mobilisés, selon Caine : «ceux qui étaient dans les airs au-dessus de Caracas la nuit dernière étaient prêts à donner leur vie pour ceux qui étaient au sol et dans les hélicoptères».
«La domination américaine sur l’hémisphère ouest ne sera plus jamais contestée»
Dans son adresse à la nation après la capture de Nicolás Maduro, Donald Trump justifie l’opération par son corollaire à la doctrine Monroe, tel qu’il l’a définie dans sa stratégie de sécurité nationale, publiée début décembre. Soit une vision beaucoup plus agressive que la doctrine originelle, qui condamnait toute intervention européenne dans les affaires des pays américains au XIXe siècle : dans son esprit, il s’agit d’intervenir où il le souhaite sur le continent pour renverser des gouvernements ennemis : «Ils appellent ça la Donroe Doctrine», s’est-il targué, en faisant un jeu de mots sur son prénom.
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Trump annonce le retour des compagnies pétrolières américaines au Venezuela
Donald Trump annonce que les compagnies pétrolières américaines vont retourner exploiter les sous-sols vénézuéliens. Dans son adresse à la nation, le président américain assure que les Etats-Unis vont «gouverner» le Venezuela après avoir capturé Nicolás Maduro, et assume que son pays en profiterait pour assurer l’extraction pétrolière de ce pays qui détient les plus grandes réserves d’or noir connues dans le monde : «Nous allons faire intervenir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, qui vont investir des milliards de dollars pour réparer les infrastructures gravement endommagées et partager les ressources pétrolières et commencer à générer des revenus pour le pays». «L’embargo sur tout le pétrole vénézuélien reste pleinement en vigueur», a-t-il aussi souligné.
«Une seconde vague d’attaques, encore plus vaste» contre Caracas est possible, selon Trump
Depuis Mar-a-Lago, avec son secrétaire d’Etat d’origine cubaine, Marco Rubio, juste derrière lui, Donald Trump s’est glorifié de l’opération militaire américaine contre le régime vénézuélien, «le meilleur assaut jamais vu depuis la Seconde guerre mondiale» à ses yeux. Le président américain a laissé entendre qu’il pourrait y avoir «une seconde vague d’attaques, encore plus vaste» contre Caracas. «Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse», a insisté le président américain, sans préciser si cela voulait dire une force d’occupation ou la nomination d’une administration.
Donald Trump poste une photo de Nicolas Maduro menotté et les yeux bandés
«Nicolás Maduro à bord [navire de guerre américain] l’USS Iowa Jima.» Donald Trump a posté une première photo du président vénézuélien sur son réseau Truth Social. On y voit le captif les yeux masqués, un casque sur les oreilles, dans un survêtement gris, une bouteille d’eau à la main. Il est donc en route pour les Etats-Unis à bord du navire de guerre USS Iowa Jima.
La conférence de presse de Donald Trump se fait attendre
Donald Trump a déjà répondu à un coup de fil du New York Times et donné pas mal de détails sur Fox News mais la Maison Blanche a annoncé une conférence de presse en bonne et due forme depuis Mar-a-Lago, en Floride, d’où le président américain a suivi toute l’opération de la nuit à Caracas. Suivez l’allocution en direct ici.
L’opposition vénézuélienne réagit
«Aujourd’hui, nous sommes prêts à faire valoir notre mandat et prendre le pouvoir, a déclaré ce samedi la prix Nobel de la Paix, María Corina Machado. L’heure de la liberté est arrivée.» Dans un communiqué publié ce samedi, la cheffe de l’opposition a salué la capture de Nicolás Maduro par les Etats-Unis et de nouveau revendiqué la victoire de son candidat, Edmundo Gonzalez, à la présidentielle du 28 juillet 2024. Depuis l’Espagne où il s’est exilé, celui-ci s’est dit prêt pour «la grande opération de reconstruction de notre nation».



