Le signe que Washington dicte bien ses ordres à Caracas, comme le promettait Donald Trump ? La présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, a annoncé vendredi 16 janvier avoir limogé du gouvernement Alex Saab, considéré comme un des hommes du président déchu Nicolás Maduro, dans un contexte de reprise en main du pays par les Etats-Unis.
Considéré comme un intermédiaire clé du chavisme à l’international, Alex Saab, 54 ans, avait été arrêté en 2021 et détenu aux Etats-Unis sous l’accusation d’avoir mis en place un système de détournement d’aide alimentaire au profit de Nicolás Maduro et de son gouvernement. Il avait été échangé en décembre 2023 contre dix Américains emprisonnés au Venezuela, une libération que Nicolás Maduro avait qualifiée de «triomphe».
Analyse
L’homme d’affaires d’origine colombienne, qui avait notamment renforcé les liens pétroliers du Venezuela et de l’Iran face aux sanctions américaines, avait été nommé ministre de l’Industrie en décembre 2024. Il quitte le gouvernement moins de deux semaines après la spectaculaire capture de son mentor à Caracas par les forces américaines le 3 janvier.
«Je remercie mon camarade Alex Saab pour son travail au service de la patrie ; il assumera désormais de nouvelles responsabilités», a annoncé Delcy Rodriguez sur Telegram, précisant que son portefeuille, fusionné avec celui du Commerce national, disparaissait.
«Construire une meilleure relation de travail»
Selon un responsable américain sous le couvert de l’anonymat, le directeur de la CIA John Ratcliffe a rencontré Delcy Rodriguez, qui est sous le coup de sanctions américaines, jeudi à Caracas, «afin de lui porter le message que les Etats-Unis ont hâte de construire une meilleure relation de travail». Le président américain Donald Trump a également longuement échangé cette semaine avec la présidente par intérim pour laquelle il n’a eu que des éloges, la qualifiant de «personne formidable». Il a souligné qu’il entendait dicter toute décision prise par Caracas, notamment en matière pétrolière, jusqu’à nouvel ordre.
Delcy Rodriguez exécute désormais «des ordres» de Washington, a estimé vendredi à Washington l’opposante vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado. Elle a également jugé que son pays entamait «une véritable transition vers la démocratie» et serait «libre» avec le soutien de Donald Trump, qui l’a reçue jeudi à la Maison Blanche et à qui elle a offert la médaille de son prix Nobel de la paix sans rien obtenir en retour.
Empêchée de se présenter à la présidentielle de 2024, Maria Corina Machado a par ailleurs assuré à la chaîne Fox News qu’elle serait élue présidente du Venezuela «le moment venu». Peu après la capture de Nicolás Maduro, désormais détenu aux Etats-Unis, Donald Trump avait toutefois estimé que la prix Nobel, qui avait quitté clandestinement le Venezuela en décembre pour recevoir sa récompense, n’était pas qualifiée pour diriger son pays.
Témoignages
A Caracas, un avion transportant 231 migrants vénézuéliens expulsés des Etats-Unis est arrivé vendredi, une première depuis la capture de Nicolás Maduro.
Malgré les visées de Donald Trump sur le pétrole du Venezuela, les multinationales pétrolières restent prudentes à l’idée d’investir massivement dans les infrastructures dans le pays. Le Venezuela disposerait des plus grandes réserves prouvées de brut au monde avec 303 221 millions de barils, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, devant l’Arabie saoudite (267 200 millions) et l’Iran. Toutefois, des années de mauvaise gestion et de corruption ont fait chuter la production d’un pic de plus de trois millions de barils /jour (bj) à un plus bas historique d’un peu plus de 350 000 bj en 2020. La production avoisine actuellement 1,2 million bj, selon les autorités.




