La Garde nationale bolivarienne (GNB) du Venezuela, force militaire chargée de faire respecter l’ordre public, s’est rendue coupable de «graves violations des droits humains et de crimes contre l’humanité» depuis plus de dix ans, a affirmé jeudi 11 décembre une mission des Nations unies dans un rapport.
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«Détentions arbitraires», «violences sexuelles et sexistes», «actes de torture» et autres «traitements cruels, inhumains ou dégradants»… La mission mandatée par l’ONU y liste les dérives qu’ont opéré les membres de la GNB «dans le contexte de manifestations et d’actions de persécution politique ciblée depuis 2014». Une documentation des faits qui «démontre le rôle de la GNB dans une répression systématique et coordonnée visant les opposants ou ceux perçus comme tels, et ce depuis plus d’une décennie», a dénoncé Marta Valiñas, présidente de la mission.
«Schéma d’abus»
Ce n’est pas la première fois que les forces de sécurité du régime de Nicolás Maduro, y compris la GNB et la police, sont accusées d’exactions, surtout lors de la répression de manifestations de l’opposition. Les Etats-Unis, l’Europe et de nombreux pays d’Amérique latine ne reconnaissent notamment pas les résultats du scrutin de 2024 qui a permis au président Maduro d’enchaîner un troisième mandat de six ans. L’opposition, elle, accuse le pouvoir de fraude.
Reportage
Lors des pics de protestations de 2014, 2017, 2019 et 2024, la GNB «a fait un usage excessif de la force, notamment en utilisant de manière inappropriée des armes létales et non létales», ajoute la mission dans le rapport. Elle mentionne également «des détentions arbitraires massives et ciblées» et des actes de violence dans les installations de la GNB. «Les actes de torture, les mauvais traitements et les violences sexuelles que nous avons vérifiés – y compris les agressions et les viols – ne sont pas des incidents isolés. Ils s’inscrivent dans un schéma d’abus visant à punir et à briser les victimes», a assuré Marta Valiñas. Et d’ajouter que «la mission a des motifs raisonnables de croire que des responsables de la GNB ont joué un rôle déterminant dans les crimes faisant l’objet de l’enquête».
«Impunité structurelle»
Le rapport évoque par ailleurs une «impunité structurelle» au Venezuela, avec des cas d’«enquêtes au point mort», de «paralysie procédurale prolongée», ou de «manipulation de preuves». Selon les enquêteurs onusiens, la persistance de ces exactions témoigne des «défaillances» du système politique et de responsabilité vénézuélien, qui ont selon eux «contribué à renforcer l’impunité».
Alors que le pays souffre ainsi d’une «absence de justice adéquate», Marta Valiñas appelle à «une réponse ferme des mécanismes de contrôle nationaux et internationaux». En septembre 2019, les Nations unies ont déjà étendu leur surveillance sur la situation au Venezuela en créant la mission internationale indépendante d’établissement de faits qui a rendu le rapport publié ce jeudi.




