«Il ne ressemblait pas vraiment à un gigolo, en tout cas à l’image que je m’en faisais, c’est pour cela que je me suis accroché à lui.» Aoi, 24 ans, est tombée dans le piège de ceux que les Japonais appellent les «hôtes», dont les visages imberbes et efféminés s’affichent sur d’immenses photos en devanture des clubs où ils opèrent dans le Kabukicho, le quartier des plaisirs nocturnes de Tokyo. «Une amie de longue date qui travaille la nuit m’a proposé d’aller dans un club pour mon anniversaire. La première fois, c’est seulement 3 000 yens [20 euros] pour quatre-vingt-dix minutes, donc je me suis dit que cela pouvait être bien», rembobine la jeune femme.
Problème : s’y rendre une fois (la première visite est parfois, à dessein, gratuite), c’est mettre le pied dans l’engrenage des conversations amoureuses autour de coupes de champagne, de cocktails et de plats vendus à des prix exorbitants. «Cela peut atteindre 500 000 à 800 000 yens [entre 3 000 et 5 000 euros] en une seule soirée», assure Hidemori Gen, qui se présente comme un repenti de ces «bars à hôtes». Avec son association Seiboren, il tente désormais d’alerter sur leurs dangers. Et notamment sur le système de paiement différé, qui fait très rapidement grimper les factures (et les dettes). Car dans sa grande mansuétude, l’«hôte», figure mi-gigolo mi-gentleman que la jeune fille croit souvent amoureux, fait crédit et entretient la relation, dont sa proie ne perçoit pas la toxicité. «C’est un