Menu
Libération
Clowneries

«Amazing !», petits pas de danse, froncements de sourcils... le «Trump chinois» qui entre dans les bonnes grâces présidentielles

Ryan Chen, un influenceur de 42 ans, habitant de Chongqing, pompe les mimiques et tics de langage du président américain. Ce qui n’a pas pas empêché l’humoriste d’obtenir un visa pour les Etats-Unis, où il est actuellement en voyage.

Rien ne prédestinait cet ex-directeur commercial à cette carrière d'imitateur, qui a décollé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. (Jade Gao/AFP)
Publié le 08/01/2026 à 15h43, mis à jour le 08/01/2026 à 16h35

Tout est dans le ton, ou plutôt dans la confiance absolue à débiter des phrases. Le Chinois Ryan Chen, qui imite la voix et la gestuelle du président américain avec brio, est devenu un phénomène des réseaux, avec près d’un million d’abonnés sur Instagram et TikTok. Il cumule plus de 2,5 millions sur les plateformes chinoises.

Dans ses vidéos, en anglais sous-titré en mandarin, il présente avec humour la nourriture, les habitudes et les villes chinoises, les différences culturelles, tout en dansant sur YMCA, chanson fétiche de Donald Trump et en utilisant les superlatifs qu’affectionne le président américain : «Tremendous !» («phénoménal») ou «amazing !» («incroyable»).

Rien ne prédestinait cet ex-directeur commercial de 42 ans à cette carrière, qui a véritablement décollé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Anciennement employé dans l’architecture – un secteur durement frappé en Chine par la crise immobilière – il se met à créer du contenu en anglais, sans grande ambition. Mais un jour, un ami le met au défi d’imiter Donald Trump dans des vidéos, rapidement devenues virales. Un succès express, favorisé par une apparition, en avril dans un direct d’IShowSpeed, streamer américain aux 47 millions d’abonnés sur YouTube, alors en visite en Chine.

S’il lui faut «rester branché sur l’actu» Trump, Ryan Chen ne fait pas de satire politique, un terrain miné en Chine et qui peut valoir une suspension de compte. «La politique ne m’intéresse pas. Mais je trouve que [Donald Trump] est un excellent showman», qu’il suivait déjà lorsqu’il animait l’émission de téléréalité The Apprentice.

«Si je l’imite, ce n’est pas pour me moquer de lui, mais pour gagner en visibilité. Ça me sert à faire avancer ma carrière et à faire connaître la Chine et ma ville», précise-t-il, coiffé d’un chapeau blanc de cow-boy. Et l’influenceur, qui habite à Chongqing (Sud-Ouest), se voit comme un «pont» entre des internautes étrangers désireux de découvrir la Chine urbaine, «son ambiance vivante et chaleureuse», et des Chinois avides de comprendre les cultures et les codes humoristiques d’autres pays.

Egalement animateur lors d’événements ou de soirées d’entreprises, Ryan Chen, de son vrai nom Chen Rui, poursuit un autre rêve : faire son entrée dans le septième art. «Un réalisateur pourrait me proposer un petit rôle. Par exemple, quelqu’un de l’univers Marvel, pour une apparition», sourit-il au journaliste de l’AFP.

«J’ai un petit don pour le jeu», confiait-il d’ailleurs à CNN, un talent qu’il met à profit dans des pastiches très convaincants, surtout lorsqu’il reproduit le déhanché du chef d’Etat. Car Trump, «la personnalité qui génère le plus de trafic internet au monde», est pour lui «une source intarissable de trucs marrants», explique-t-il, qui dit aussi s’inspirer des imitateurs américains.

Trump, ce drôle de «voisin de palier»

«Le point fondamental, c’est de maîtriser l’anglais», puis de travailler sa voix, explique cet autodidacte qui a appris la langue en regardant des séries américaines comme Friends ou The Big Bang Theory. Alors que le président américain faisait part de son agacement à l’égard d’une reproduction, par Nicolás Maduro, d’une de ses danses, l’imitation de Ryan Chen, elle n’a, semble-t-il, pas indisposé l’administration Trump, puisqu’il a obtenu un visa pour les Etats-Unis, où il est actuellement en voyage.

L’idée d’une rencontre avec sa muse ne lui déplairait pas. Car Donald Trump a pris une telle place dans la vie de l’influenceur chinois qu’il dit éprouver une certaine familiarité, comme à l’égard d’un «voisin de palier». Un voisin qui ne brille pas par sa discrétion.

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique