Un inspecteur général de la police va être nommé en Nouvelle-Zélande. Le poste est nouveau. Il vient d’être décidé par le gouvernement du Premier ministre conservateur Christopher Luxon, en raison d’un scandale retentissant au sein des forces de l’ordre du pays. L’Autorité indépendante chargée de la déontologie policière (IPCA) a publié mardi 11 novembre un rapport accablant, long de 135 pages, qui détaille les accusations de viols et agressions sexuelles visant Jevon McSkimming, l’ancien chef adjoint de l’institution sur l’archipel océanien.
Il révèle aussi les «lacunes importantes» dans la manière dont les plaintes le visant ont été traitées. De graves dysfonctionnements sont mis en évidence dans la prise de décision, le jugement et les actions de la police, y compris des anciens dirigeants, notamment caractérisées par l’inaction et «l’acceptation sans réserve du récit des événements de M. McSkimming».
Le patron aurait tenté «d’influencer» l’enquête
Derrière les plaintes en question dans le rapport, figure une relation sexuelle qui aurait débuté en 2016 entre Jevon McSkimming, alors âgé de 40 ans, et «Mme Z», une employée non assermentée de la police âgée de 21 ans au moment des faits, anonymisée dans le rapport. Leur relation aurait pris fin en 2018. Jevon McSkimming informe alors ses supérieurs hiérarchiques de leur liaison et leur fait part de menaces et de chantages qu’il affirme subir de la part de «Mme Z».
A partir de 2018, la plaignante aurait envoyé des centaines d’e-mails à Jevon McSkimming et à d’autres membres du personnel de l’institution policière, publié divers messages sur les réseaux sociaux et déposé des plaintes sur la hotline de la police, détaillant ses accusations contre le haut gradé, notamment des relations sexuelles non consenties et des menaces de publier des enregistrements vidéo intimes.
Le rapport conclut que le patron de la police de l’époque, Andrew Coster – en poste jusqu’en novembre 2024 avant de prendre la tête d’une agence gouvernementale –, «avait tenté d’influencer la nature et l’étendue de l’enquête» interne. Il aurait aussi caché ce qu’il savait des accusations visant son bras droit lors du processus pour choisir son successeur à la tête de l’institution… dans lequel était pressenti Jevon McSkimming.
«Inexcusable»
Les répercussions s’étendent désormais à l’échelon politique. A la suite de la publication du rapport, Andrew Coster vient d’être suspendu de son poste à la direction de l’Agence de l’investissement social. «C’est atroce à tous les niveaux», a reconnu ce mercredi le ministre de la Police, Mark Mitchell, au micro de la chaîne de télévision RNZ. Mais le New Zealand Herald se demande «comment le ministre de la Police pouvait-il ignorer l’existence des courriels». Et même plus, «le Premier ministre était-il au courant ?» titre le journal à tirage national.
L’actuel patron de police, Richard Chambers, a qualifié les actes et les attitudes décrites dans le document d’«inexcusables» et a présenté ses excuses à la victime. «Les ambitions d’un officier supérieur de police ont été placées au-dessus des intérêts d’une femme vulnérable», a-t-il cinglé. En ce sens, la nomination d’un inspecteur général doit permettre de garantir que la police néo-zélandaise suive les procédures appropriées et contribuer à restaurer la confiance des citoyens envers les forces de l’ordre.
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Car l’affaire McSkimming ne s’arrête pas là. L’ancien numéro 2 de la police de Nouvelle-Zélande a reconnu le 5 novembre devant un tribunal de Wellington avoir possédé des documents à caractère pédopornographique et zoophile stockés sur ses appareils professionnels. Il avait été arrêté et inculpé en juin de huit chefs d’accusation pour possession de contenu répréhensible, et a reconnu trois d’entre eux. L’un des chefs d’accusation précisait que les infractions avaient été commises entre juillet 2020 et décembre 2024.
Jevon McSkimming a été suspendu de ses fonctions avec maintien de son salaire en décembre 2024 lors de l’ouverture d’une enquête. Il a été écarté pendant six mois avant de démissionner en mai. Le jugement sera rendu en décembre.




