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En résumé

Attentat en Australie : suspects, idéologie de l’Etat islamique, victimes… Ce qu’il faut savoir de l’attaque antisémite sur une plage de Sydney

Deux hommes ont ouvert le feu dimanche sur la célèbre plage de Bondi, fauchant des personnes rassemblées pour la fête juive de Hanoukka. Le bilan provisoire s’élève à 15 morts et plus de 40 blessés. Le gouvernement évoque «l’idéologie de l’Etat islamique».

A Sydney, en Australie, ce lundi 15 décembre 2025. (Alasdair Pal/REUTERS)
Publié le 15/12/2025 à 7h41, mis à jour le 17/12/2025 à 11h21

Au lendemain d’un attentat antisémite sur une plage de Sydney, l’Australie est en deuil ce lundi 15 décembre, Le pays océanien, qui n’avait pas été frappé par une telle tuerie depuis 1996, a mis tous ses drapeaux en berne sur ordre de son Premier ministre. L’attaque a fait au moins 15 morts, dont un Français de 27 ans, et plus de 40 blessés. Elle a été perpétrée par un père et son fils, qui pourraient avoir été en lien avec le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Libé fait le point sur les assaillants, leurs victimes ainsi que les réactions.

Les faits

Les services d’urgence ont répondu à de premiers appels vers 18 h 47 (8 h 47 heure de Paris), signalant des coups de feu sur la plage de Bondi, la plus célèbre d’Australie, habituellement très fréquentée pendant le week-end par des milliers de promeneurs, nageurs et surfeurs.

Les tirs se sont produits alors que la plage accueillait une célébration de Hanoukka, fête juive des «lumières», à laquelle, d’après les autorités, environ 1 000 personnes participaient.

Deux hommes, tout de noir vêtus, ont ouvert le feu à au moins 40 reprises, pendant une dizaine de minutes. Ils ont fini par être abattus par la police – le père a succombé à ses blessures, le fils et toujours hospitalisé en état critique -, dans des circonstances qu’on ignore encore.

Les tireurs

Les deux assaillants étaient un père et son fils, prénommés Sajid et Naveed Akram, selon la police de l’Etat de Nouvelle-Galles-du-Sud, dont Sydney est la capitale, et ont utilisé «des armes à longue portée pour tirer sur la foule». Le premier, 50 ans, est mort sous les balles des policiers, le second, 24 ans, est blessé et hospitalisé dans un état critique.

Naveed Akram est un citoyen australien de naissance, selon le ministère de l’Intérieur.

De son côté, son père était arrivé pour la première fois en Australie avec un visa étudiant en 1998, a déclaré lundi le ministre de l’Intérieur Tony Burke aux journalistes. En 2001, il a obtenu un visa accordé aux partenaires de citoyens australiens ou résidents permanents. Les autorités indiennes ont déclaré ce mardi que Sajid Akram était originaire de la ville d’Hyderabad, dans le sud du pays. Mais elles ont affirmé que le quinquagénaire avait peu de relation avec sa famille et que la radicalisation du père et son fils «n’avaient aucun lien avec l’Inde». L’homme était para ailleurs titulaire d’un permis australien pour six armes à feu, qui, selon la police, auraient toutes été utilisées dimanche.

Un véhicule retrouvé près de la plage de Bondi immatriculé au nom du fils contenait deux drapeaux de l’Etat islamique et des engins explosifs improvisés, a déclaré plus tard Mal Lanyon, responsable de la police de Nouvelle-Galles-du-Sud. Il a également précisé que la police enquêtait sur un récent voyage aux Philippines effectué par le père et le fils.

Le Bureau de l’Immigration des Philippines a confirmé mardi que le père et le fils s’étaient rendus dans le pays entre le 1er et le 28 novembre, respectivement avec un passeport indien et australien, et que leur finale était la région de Davao, sur l’île méridionale de Mindanao. De petits groupes de combattants islamistes ayant prêté allégeance à l’Etat islamique (EI) subsistent sur l’île de Mindanao, en dépit de la signature d’un pacte de paix en 2014 entre le gouvernement et le Front islamique de libération Moro.

Le conseiller à la sécurité nationale des Philippines a néanmoins déclaré ce mercredi qu’il n’existait aucune preuve indiquant que les deux suspects aient reçu une quelconque formation militaire pendant leur séjour dans le pays. Dans un communiqué, Eduardo Ano a déclaré qu’une simple visite dans le pays ne suffisait pas à étayer les allégations de formation terroriste et que la durée de leur séjour n’aurait pas permis une formation significative ou structurée.

L’enquête

L’attaque a été qualifiée d’acte «terroriste» par la police et les autorités australiennes dès dimanche soir et lundi le Premier ministre Anthony Albanese a dénoncé de nouveau un «acte purement maléfique, antisémite et terroriste».

Mardi, Anthony Albanese a évoqué une radicalisation des deux assaillants avant l’attentat. «Il semblerait que cela ait été motivé par l’idéologie de l’Etat islamique» (EI), a déclaré le chef du gouvernement à la chaîne nationale ABC.

Le fils, grièvement blessé, avait fait l’objet d’une enquête du renseignement australien en 2019 pour des liens avec le groupe jihadiste Etat islamique (EI), a révélé la chaîne publique australienne ABC dimanche soir. Naveed Akram était soupçonné d’être étroitement lié à un membre du groupe EI arrêté en juillet 2019 et condamné pour avoir préparé un acte terroriste en Australie, selon la même source.

Si les autorités ne pensent pas que d’autres personnes soient impliquées, des enquêteurs antiterroristes estiment que les deux tireurs avaient prêté allégeance à l’organisation jihadiste, selon la chaîne publique ABC. Des hauts responsables ont déclaré à ABC que deux drapeaux de l’EI avaient été trouvés dans la voiture des auteurs de l’attaque sur la plage.

Le Parquet national antiterroriste français (Pnat) a par ailleurs annoncé ce lundi l’ouverture d’une enquête en France, parallèle à celle des autorités australiennes. L’enquête est ouverte pour «assassinat en relation avec une entreprise terroriste» et «tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste», précise le Pnat. Elle a été confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la Direction nationale de la police judiciaire.

«Le principal objectif poursuivi par cette enquête est de permettre aux victimes et à leurs proches qui résideraient en France d’avoir accès aux informations relatives à l’avancement des investigations conduites par les autorités judiciaires françaises et australiennes et, d’autre part, de fournir un support, un appui, ou une expertise technique aux autorités judiciaires australiennes», explique le Pnat. Elle doit également faciliter l’accès des victimes et de leurs proches aux dispositifs d’aide.

Les victimes

Selon la police, les deux assaillants ont tué 15 personnes sur cette plage de Sydney, âgées de 10 à 87 ans. La fillette de 10 ans est morte à l’hôpital.

Un jeune ingénieur informatique français de 27 ans, Dan Elkayam, a été tué dans l’attaque contre des juifs perpétrée à Sydney, en Australie, où il travaillait depuis tout juste un an. Il était originaire du Bourget (Seine-Saint-Denis), en région parisienne.

Les organisations juives locales ont par ailleurs identifié parmi les victimes un rabbin né à Londres, Eli Schlanger, 41 ans, pleurant la perte d’un représentant de la communauté qui avait contribué à l’organisation du rassemblement.

L’organisation juive hassidique Chabad a également déclaré qu’Alex Kleytman, survivant de l’Holocauste, avait également été tué. «Originaire d’Ukraine, il accompagnait sa femme Larisa. Il est mort en la protégeant des balles du tireur», a déclaré l’organisation dans un communiqué.

En outre, 42 personnes ont été blessées et hospitalisées pendant la nuit, dont 5 dans un état critique. Parmi elles, se trouvent deux policiers blessés lors d’un échange de coups de feu avec les tireurs.

Les «héros»

Une vidéo partagée sur les réseaux sociaux montre un homme qui avance avec audace vers l’un des tireurs qui lui tourne le dos, l’agrippe par le cou, le maîtrise et lui arrache son fusil. Cet homme s’appelle Ahmed al Ahmed, il a 43 ans et est vendeur de fruits près de Sydney, selon le média 7News. Il a été salué en «héros» par les dirigeants australiens et étrangers, du Premier ministre australien Anthony Albanese à Donald Trump.

Sur la plage de Bondi, des sauveteurs en mer qui n’étaient pas en service ont également surgi pour tenter de sauver des enfants. D’autres sauveteurs ont prodigué les premiers soins à des blessés, a témoigné Steven Pearce, du club Surf Life Saving New South Wales. Une femme enceinte, qui avait ses premières contractions, après s’être réfugiée dans le club de surf, a été emmenée à l’hôpital pour accoucher, selon lui.

Les réactions

L’attentat a provoqué une onde de choc dans cet immense pays d’Océanie et à l’international. Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a dénoncé «une attaque ciblée contre les juifs australiens» mais qui visait «tous les Australiens». Il a également convoqué ce lundi une réunion des chefs des Etats et territoires du pays en deuil pour convenir du renforcement de la «législation sur les armes à feu», étudier comment améliorer la vérification des antécédents des détenteurs, réfléchir à une interdiction aux étrangers d’obtenir un permis de port d’armes ou encore limiter les types d’armes légales.

Le Conseil national des imams australien a pour sa part appelé «tous les Australiens, y compris la communauté musulmane australienne, à se serrer les coudes dans l’unité, la compassion et la solidarité».

A l’international, Donald Trump a fustigé un attentat «purement antisémite», tandis que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré que «l’Europe se tenait aux côtés de l’Australie et des communautés juives partout dans le monde».

En Israël, le président Isaac Herzog a parlé d’une «attaque très cruelle contre des juifs» perpétrée par «d’ignobles terroristes». Son Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, qui dénonce la résurgence de l’antisémitisme dans le monde depuis le massacre du 7 octobre 2023 et la guerre dans la bande de Gaza, a fustigé un «cancer qui se propage lorsque les dirigeants restent silencieux et n’agissent pas».

Le président de la République Emmanuel Macron a fait part de leur solidarité. Dans l’Hexagone, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a demandé dimanche aux préfets de «renforcer la présence» des forces de l’ordre autour des lieux de culte juifs.

Le pape Léon XIV a lui aussi réagi ce lundi dans un discours au Vatican : «Je confie au Seigneur les victimes de l’attentat terroriste perpétré hier contre la communauté juive de Sydney. Assez de ces formes de violence antisémite ! Nous devons extirper la haine de nos cœurs.»

Les précédents

Une série d’attaques antisémites a semé la peur chez les juifs d’Australie depuis plus de deux ans. Deux incendies volontaires ont notamment frappé un restaurant casher à Sydney en octobre 2024 puis une synagogue à Melbourne en décembre 2024. Un membre du personnel de l’édifice religieux a été blessé et d’importants dommages constatés sur le bâtiment.

L’Australie a accusé Téhéran d’être à l’origine de deux de ces actes et a expulsé il y a quatre mois l’ambassadeur iranien.

Mise à jour ce mardi 16 décembre à 12 h 30, avec l’ajout des déclarations des autorités indiennes sur l’origine de Sajid Akram.

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