L’info peut paraître anodine – du moins pour ceux qui ne connaissent pas l’horreur d’être une femme dans un lieu public, concert, festival ou aire d’autoroute, où le nombre de toilettes est systématiquement sous-évalué –, mais elle reflète une inadaptation de nos sociétés face à une féminisation croissante. Au Japon, des députées japonaises de tous bords, dont la nouvelle Première ministre de droite Sanae Takaichi, se sont associées pour dénoncer le manque de toilettes pour femmes dans le bâtiment du Parlement : en l’occurrence, seulement deux cabines de toilettes se trouvent à proximité de la salle principale des séances plénières pour 73 élues.
Blog «Les 400 culs»
Près de 60 députées de la puissante, et très masculine, chambre basse du Parlement japonais ont signé, plus tôt en décembre, une pétition demandant d’augmenter le nombre de toilettes pour femmes à proximité de la salle principale des séances plénières, leur nombre s’avérant très insuffisant face à la féminisation graduelle de l’institution.
De longues files d’attente avant les séances
Elles déplorent notamment le fait qu’avant «le début des séances plénières, énormément de députées doivent faire de longues files devant les toilettes», a expliqué Yasuko Komiyama, du Parti démocrate constitutionnel du Japon (centre gauche), à des journalistes, après avoir remis la pétition au président de la commission de la chambre basse chargée du règlement et de l’administration, Yasukazu Hamada.
Le bâtiment de la Diète, qui accueille l’instance, a été achevé en 1936, près d’une décennie avant l’instauration du droit de vote aux femmes au Japon en décembre 1945, quelques mois après la défaite de Tokyo lors de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, l’ensemble des locaux de la chambre basse du Parlement comptent 12 espaces de toilettes pour hommes, totalisant 67 cabines individuelles, contre neuf espaces de toilettes pour femmes avec 22 cabines, selon le quotidien Yomiuri Shimbun.
Une féminisation lente
La féminisation du Parlement, elle, progresse lentement mais sûrement : lors des législatives de 2021 au Japon, 45 femmes seulement avaient été élues à la chambre basse. Après le dernier scrutin en 2024, on en compte aujourd’hui 72 – sur 465 députés (15 % du total).
Par ailleurs, 74 des 248 membres de la chambre haute sont des femmes, même si ces chiffres sont encore loin de l’objectif du gouvernement, visant à ce que les femmes occupent au moins 30 % des sièges législatifs.
Et si Sanae Takaichi, issue de l’aile conservatrice du Parti libéral-démocrate (PLD) et devenue en novembre la première femme à la tête du gouvernement nippon, avait promis un gouvernement paritaire avec une proportion «scandinave» de femmes, elle n’en a finalement nommé que deux ministres sur 19. Dans le rapport 2025 du Forum économique mondial sur l’écart entre les sexes, le Japon est classé 118e sur 148.




